
Le compte à rebours soul de Vibrationsmusic.com reprend lundi prochain: il est temps de faire une révérence devant le Black President, disparu il y a dix ans jeudi… Notre hommage bio-discographique en quatre parties est illuminé par les covers qui prolongeaient les couleurs des albums
La stratégie discographique de Fela était unique. De 1974 à 1977, il se rendait pratiquement chaque mois dans les studios d’EMI au Nigeria pour y enregistrer des versions étendues de ses compositions les plus populaires jouées sur scène. Il appelait ça des “bulletins de news” et les ventes étaient remarquables, d’autant plus que Fela arrêtait immédiatement de jouer ces morceaux sur scène une fois qu’ils étaient sortis. Il est aujourd’hui difficile de commenter cette discographie album après album. Les morceaux les plus forts sont liés à des évènements politiques et personnels. Parcourt à travers les covers de jalons forts d’une carrière haute en couleurs
1970 - 1972
London Scene / Open & Close / Shakara
De retour des Etats-Unis où il découvre le funk de James Brown et les idées de Malcolm X, Fela change le nom de son groupe Nigeria 70 en Africa 70. Il ouvre à Lagos le club Afro Spot qui deviendra plus tard le Shrine dans le quartier Ikeja de la banlieue de Lagos. Moins lyrique, plus tranchant qu’à ses débuts, l’afro-beat de Fela se complexifie. London Scene, enregistré à Abbey Road, est produit par le batteur de Cream Ginger Baker. Shakara contient le fameux “Lady” qui va devenir un des morceaux les plus populaires de son répertoire. Open & Close est considéré par beaucoup comme le meilleur album de cette période.
1973 - 1974
Confusion / Gentleman
En 1974, Fela fonde une commune autonome qu’il proclame “Etat indépendant”. Il l’appellera plus tard “République Kalakuta” (Calcutta) du nom d’une cellule particulièrement sordide de la prison de Lagos. Avec le départ de certains membres — dont son extraordinaire saxophoniste ténor Igo Chico —, la nature du groupe change du tout au tout. Les thèmes s’allongent, Fela affine son jeu de claviers et la direction des cuivres est laissée au saxophoniste baryton Lekan “Ani” Animashaun. L’âge d’or de l’afro-beat.
Bio-discographie parue en 1999 dans Vibrations
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- Fela Kuti expose ses ambitions politiques
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SUITE DE NOTRE HOMMAGE DEMAIN, REPRISE DU PALMARES SOUL LE 6 AOUT





En provenance directe du Nigéria, le groupe n’avait même pas eu le temps de décoller les étiquettes des douanes sur leurs tambours traditionnels. Pendant plus d’une heure, Seun Kuti s’aventura dans de longs tunnels enflammés d’afro-beat, invitant Tony Allen à s’installer derrière la batterie pour un titre, et faisant monter sur les planches le rapper Mokobé du 113 (Seun Kuti apparaît sur son nouvel album, Mon Afrique). La comparaison avec l’autre héritier musical de la famille Kuti est inévitable: Femi est d’avantage un chef de tribu inébranlable, au spectacle précis et peut-être mieux huilé, mais à 23 ans seulement, Seun affiche une fougue et une ardeur hors du commun. Mené par le saxophoniste vétéran Baba Ani, sa fanfare roots et funky semble incontrôlable. Les improvisations fusent dans tous les sens, gratifiant à la fois les yeux et les oreilles des spectateurs extasiés. 





















Il est déjà 1h15 du matin et une indéniable tension se dégage, au Montreux Jazz Festival, de l’auditorium Stravinsky, dans l’attente de voir enfin apparaître Sly Stone & The Family Stone. Ceci d’autant plus que les rumeurs allaient bon train. Le jour précédent, lors d’un concert à Rome, le spectre funky ne s’était acquitté que d’une seule chanson.



“Sabotage”. La basse ronronne avec une sérénité frondeuse contredite par les sauts d’une foule qui lévite jusque dans les tréfonds d’un Auditorium Stravinski débordant. Une heure et demie que les Beastie Boys font feu de tout bois: ce qu’il faut bien appeler des tubes sont entrelardés de fulgurances punk. La pression imposée par les stars révérées fléchit – respiration pour les uns, manque de souffle pour d’autres – à trois ou quatre reprises: les trois ou quatre morceaux instrumentaux de leur dernier album, The Mix-Up.
Un concert pourtant parfait. Ou plutôt suffisamment assuré pour ne pas appeler aux critiques. Elles viendront, rétroactivement, le lendemain, lors du show dit “de gala”, dit “instrumental”, qui laissait pourtant craindre une baisse de régime. Lundi, à force de morceaux qui ont fait l’histoire des Beastie Boys – qui ont fait celle du rap et de la musique populaire américaine aussi –, les Beastie Boys ont roulé pour leur réputation. Mardi, ils ont joué pour leur plaisir. Avec ce petit “supplément d’âme” dont on parle quand on ne sait pas comment s’expliquer vraiment.
Dans une fin de concert ascendante au Miles Davis Hall, trois MC et un DJ reprennent leur tube de 1998 a cappella, portés seulement par les scratches de Mix Master Mike. Un show “instrumental”, qu’ils disaient. En fait, en plus de titres fidèles à l’intitulé de la soirée – ceux de The Mix-Up et autres extraits d’albums précédents, qui ont la sagesse punk de la concision et pas la mollesse redoutée du plaisir jam –, le trio augmenté des claviers de Money Mark, des percussions de Alfredo Ortiz et des platines de Mix Master Mike, fait valser les micros. Titres punk, aussi, et classiques rappés, encore, comme le soir précédent. Mais il fallait entendre “So What’Cha Want” et “Sure Shot”, joués avec les instruments du bord: la batterie dessine un beat métallisé, le clavier arondit le drive pointu du sample original… Le “supplément d’âme”: les traitements de faveur, les collectors qu’on n’espérait même pas. Les Beastie Boys, hier soir, faisaient ce qu’on est en droit d’attendre d’eux. Mieux que parfait: vivant.

Dans le cadre de l’admirable festival Les Tombées de la Nuit, ce groupe néerlandais, réuni autour du chanteur des Nits Henk Hofstede, a proposé une plongée soufflante de beauté dans le répertoire du Canadien. Depuis longtemps familier de l’œuvre de Leonard Cohen, Henk Hofstede, posant sa voix subtilement expressive sur des arrangements électro-acoustiques sophistiqués (guitares, contrebasse, accordéon, piano, cajón…), a démontré qu’on pouvait se glisser dans l’habit du poète canadien sans le trahir ni le singer. Pour lui, ce projet est aussi une belle occasion de rattraper un rendez-vous manqué avec Leonard Cohen. “Il y a vingt ans, j’ai eu le privilège de le rencontrer à Bruxelles, lors de l’enregistrement d’une émission télévisée. Il m’a dit qu’il aimait beaucoup les Nits, et m’a proposé que nous l’accompagnions sur sa prochaine tournée. Nous avions déjà beaucoup d’engagements de notre côté, et ça n’a pas pu se faire. Sur le moment, je n’ai pas mesuré ce que ça représentait. Mais par la suite, j’en ai eu des sueurs froides rien qu’en y repensant!” 
Légende vivante, Mahmoud Ahmed fait sensation dès son apparition sur scène, drapé dans un costume de dignitaire éthiopien, chasuble blanche et écharpe jaune. Solidement accompagné par un groupe de musiciens abyssins qui tourne avec lui depuis suffisamment longtemps pour réagir aux moindres inflexions de sa voix, Mahmoud Ahmed prend un malin plaisir à jouer avec ses vibratos de crooner. Son groove langoureux atteint son apogée lorsque sa voix de miel, claire et chatoyante, se love dans des chansons d’amour en amharique et en gourague. Les saxophones ponctuent de riffs jouissifs ses incantations amoureuses. 
Les musiciens qui entourent le soulman, pour la plupart originaires de Memphis, jouent terriblement funky. Le Pasteur reprend sa respiration le temps d’un “Amazing Grace” entamé a cappella, pour rappeler “où tout a commencé”. Al Green tombe la veste, trépigne, tape dans ses mains cernées de bracelets rutilants. Il est minuit et le chanteur enchaîne avec “Let’s Stay Together”. Le public se dresse. Falsetto habité, lancer de roses: le scénario a beau être rôdé, la chanson et l’artiste sont toujours aussi sublimes. Suit “How Can You Mend A Broken Heart”, plainte émaillée de feulements irréels: “Je ne sais pas d’où ces notes me viennent”, cabotine le chanteur. Un clin d’œil à Satchmo et le soulman remonte le temps avec “Here I Am (Come And Take Me)”. Les cuivres fusent. Break vertigineux. Reprise royale sur un rythme irrésistible.
Al Green revisite la Motown qui s’est jadis refusée à lui avec “I Can’t Help Myself” des Four Tops, “My Girl” des Temptations – “J’aurais pu être l’un des Temptations” glisse-t-il –, puis reprend Sam Cooke (”Bring It On Home To Me”) et Otis Redding (”(Sittin’ On) The Dock Of The Bay” et “I’ve Been Loving You Too Long (To Stop Now)”). 












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