Palmarès des 25 meilleurs albums soul: rangs 15 et 14

15
Bobby Womack

The Poet (Beverly Glen/Tamla Motown)

Le mot “sous-estimé” semble avoir été inventé pour Bobby Womack. Si les amateurs de soul connaissent bien son œuvre et ses talents de songwriter, ils préfèrent se souvenir de lui pour la dizaine d’albums enregistrés entre 1972 et 1976 – en particulier l’excellent Looking For A Love – plutôt que pour ce disque gravé au début des années 80. Pour sa profondeur et sa spiritualité il n’est pourtant pas exagéré de placer ce Poet aux côtés de What’s Going On. Mais la comparaison est imprécise. Pour situer Bobby Womack, il faudrait mieux parler d’un croisement entre Sam Cooke (avec lequel il partagea plus qu’un style: ses femmes) et Marvin Gaye précisément. Du premier, il a le côté terrien, musclé et l’héritage du gospel; il partage avec le second l’art de flotter avec aisance sur des mid-tempos sensuels ainsi qu’une inspiration qui navigue entre la romance, les amours décus et les désirs interdits. Ce magnifique The Poet sera suivi par The Poet 2, une suite longtemps retardée à cause de ses problèmes avec les maisons de disques. Regroupés, ils auraient formé une œuvre splendide et cohérente. Voilà au fond le cas typique d’un artiste noir majeur maltraité par des grandes compagnies peu soucieuses d’intégrité artistique quand il s’agit de soul music. PJC

Bobby Womack: “Games” (extrait)


14
James Brown & His Famous Flames

Try Me/The Unbeatable 16 Hits (King/Polydor)

Il existe au moins deux versions distinctes de ce disque, toutes deux porteuses des plus belles promesses. La première affiche sous le titre Try Me une pulpeuse pépée en couverture, cigarette et flingue fumant à la main. La seconde, titrée quant à elle The Unbeatable 16 Hits, est ornée d’une main comme en rêvent tous les joueurs de poker, si ce n’est que toutes les cartes sont à l’effigie de James Brown. Dans un cas comme dans l’autre, il n’y a pas tromperie sur la marchandise, car si ce petit dur tout juste sorti de prison, cet ancien boxeur qui espérait bien avoir raccroché les gants pour toujours ne s’était pas déjà auto-couronné Soul Brother #1 et qu’il n’avait pas encore payé toute sa dette à ses modèles de jeunesse, les Louis Jordan, Roy Brown ou autre Little Willie John, si ses Famous Flames n’avaient alors de fameux que le nom, il était déjà le gars le plus bosseur de sa partie. Et surtout il n’avait pas son pareil pour ouvrir la boîte à pleurs, susurrant, murmurant, gémissant, geignant à l’envi comme si son salut en dépendait. VT

James Brown: “Try Me” (extrait)

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