Jazz: Les goûts de la Villette

Lionel Loueke

Le festival de jazz à La Villette vient de se terminer. Morceaux choisis parmi les plateaux concoctés par les trois invités d’honneur : Julien Lourau, Wayne Shorter et Steve Coleman. A boire, à manger et à déglutir

“C’est quand Steve Coleman se met à jouer que ça merde… c’est con à dire !”. Oui, effectivement… cette remarque d’une spectatrice résume à merveille le paradoxe de la situation ce soir-là. L’un des trois saxophonistes à l’honneur du festival rejouait au Trabendo avec son fidèle tambour de bouche Kokayi et le batteur Tyshawn Sorey. Le Pro-Verb Trio ne nous aura rien appris de plus que ce que l’on savait en matière de jazz et de rap, où le saxophoniste excellait il y a plus dix ans déjà. De même lorsque l’héritier de Parker convoque une poignée de saxophonistes à ses côtés, cela tourne vite dans le vide, en un concert insipide que l’on attendait mieux inspiré. Reste son disque en solo, à écouter d’urgence !

En solo, c’était le propos de Lionel Loueke, protégé de l’éminent Wayne Shorter. Juste choix quand l’esthète de la guitare se montre à la hauteur de ses perles gravées en solitaire, quand il va au fond de la mélodie, la creuse comme ce “Body And Soul”. Mais, le Béninois aura aussi revêtu le costard étriqué des surdoués et autres académiciens, renvoyant alors l’image caricaturale d’un bon technicien de surface. Rien à voir avec Jim Hall, 80 ans au compteur, et toujours capable de suspendre l’écoute et surprendre l’oreille, d’un accent détonant, d’une phrase pas banale sur un répertoire jonché de classiques, de “Alone Together” à “In A sentimental Mood”… Sans oublier un curieux détour par la samba “Beija Flor”, où son partenaire en ce duo, l’immense Ron Carter, montra de quel bois était faite sa contrebasse.

C’est aussi du côté du Brésil que les frères Belmondo ont posé les bases de leur nouveau projet, avec cuivres et cordes, tous ici pour saluer le compositeur Milton Nascimento. Lequel sur scène, visiblement fatigué et malgré de vrais problèmes de sons, eut quand même quelques pures fulgurances, dont un “Ponte de Area” en guise de conclusion pour laisser espérer des lendemains qui chantent autrement pour cette création, enregistrée dans la foulée à Paris.
Enfin, autre projet qui devrait un jour ou l’autre atterrir sur la pile des disques, le nouveau quartet Saïgon de Julien Lourau, codirigé avec le pianiste Laurent Coq. Au soprano puis au ténor, le maître de céans s’y montra capable de belles envolées sur un répertoire original qui gagnera en souplesse et cohésion avec les heures de vol. En attendant, le Français honorait déjà la notion de liberté contrôlée, chère à Wayne Shorter.

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8 Réponses à “Jazz: Les goûts de la Villette”


  1. 1 sangaku sept 11th, 2007 à 12:59

    J’ai pu voir 4 concerts et à chaque fois des problèmes de sono avait lieu !

    Sinon, mon avis (severe) : Sonic Youth avec minimaliste : je me suis ennuyé car ça manquait de variation ou de fulgurance Val Inc, bonne atmosphère etrange, un bon moment Wayne shorter & quintet à vent : trés agrable, j’ai bcq aimé la maitrise des compositions toutes trés harmonieuses Julien Lourau & Rumbarieta : ça ronronnait, manque de punch

  2. 2 spadee sam sept 11th, 2007 à 14:01

    “Ponta de Areia” de Milton Nascimento, mieux que “Ponte de Area”…

  3. 3 Cristophe sept 13th, 2007 à 17:15

    J’ai vu deux perles dont vous ne parlez pas : le pianiste Yaron Hermann en solo et le quartet de Vincent Courtois.

  4. 4 petra gehrmann sept 14th, 2007 à 9:45

    D’accord avec Christophe. Vincent Courtois est un de très grands talents de la musique française (et non seulement du jazz), un instrumentiste qui qui sort des sons magnifiques de son instrument avec grande maîtrise et passion, un improvisateur hors pair, et un compositeur avec une ouverture exceptionnelle. Et Yaron Herman est tout simplement un des tout meilleurs jeunes talents du piano jazz: iconoclaste, engagé, passionné, et original.

  5. 5 Christophe Deghelt déc 25th, 2007 à 22:46

    Tout à fait d’accord avec toi… le concert Solo de Yaron était Magique ! Mais bon Vibrations n’est plus au sommet de l’actualité musicale depuis bien longtemps maintenant…Julien Lourau, Wayne Shorter, et Steve Coleman, on fait mieux pour un canard qui se veut à la pointe des nouveaux talents….

  6. 6 jacques déc 26th, 2007 à 0:13

    désolé christophe, mais je n’ai pas du tout marché dans le gros raout autour de yaron herman (malgré les coups de fils incessants, les mels persuasifs, et autres blagues du goût, toujours bon le goût). en revanche, vincent courtois, j’en parle juste depuis quinze ans (ici, et ailleurs, et plus tard aussi, il pourrait te le confirmer)… donc tout va bien de ce côté-là. tout comme anthony joseph est un terrible saxophoniste qui jouait à la villette… etc, etc, etc…. mais pour tout t’avouer, doit-on vraiment chercher à être à la pointe de l’actualité musicale. vibrations toujours choisi de choisir, et gardons ce cap (ne pas parler de tout, parler juste de ceux que l’on apprécie, d’hier à demain)… et puis, comme diraient les autres (ils sont nombreux, d’ornette à tom zé), l’avant-garde est l’arrière-garde de demain… cela dit, yaron herman, c’est assez réac quand même dans le genre (enfin, comparez aux quelques sieurs cités plus hauts, mais aussi à wayne shorter, julien lourau et steve coleman)…. bonnes fêtes et bonne chance..

  7. 7 Christophe Deghelt jan 4th, 2008 à 17:37

    Salut Jacques, je ne savais pas que tu répondais sur le blog… efficace, Bravo !

    Bien que cela ne soit pas le lieu pour un débat, je te réponds un peu ici et prenons un café ensemble si tu veux bien. Je ne comprends pas bien que tu parles d’un “gros raout autour de Yaron” ou “que c’est réac”, je pense que l’on n’a pas du écouter les mêmes disques de Yaron… Une chose est sûre, il n’y a pas eu de ma part des coups de fils incessants pour promouvoir la musique de Yaron auprès de Vibrations… c’est pas notre méthode…et on ne fait pas non plus la couverture de Vibrations comme Thomas Dutronc (qui se retrouve même à essayer les guitares électriques de Playstation à la télé ou parler des Galeries Lafayette dans le Figaro, ca c’est réac par contre… et un vrai raout…) mais bon, mon propos original était de m’étonner du peu d’enthousiasme de Vibrations autour d’un artiste comme Yaron, qui est bien dans son temps, aime Bjork, Jeff Buckley autant que Coltrane et Scriabine, qui est libre dans sa pensée et a le talent de faire rentrer dans les festivals de jazz des gens de la jeune génération et de son âge, et qui ne savent pas forcément qui est Miles ou Thelonious, mais qui sont notre public d’aujourd’hui, de demain, et surtout, tout cela est très frais et prometteur pour l’avenir de la musique improvisée et libre !!!

    Pour le café, c’est quand tu veux, on se racontera les bons souvenirs d’interviews avec John McLaughlin et Zakir Hussain… le temps ou mes communications avec toi étaient certainement de bons goûts !!!

    Amitiés,

  8. 8 jacques jan 4th, 2008 à 18:05

    bonsoir, donc, et bon an

    pour yaron hermann, j’ai reçu de multiples coups de fil… pas de toi, mais de l’attachée de presse, qui fait (bien) son boulot. j’ai écouté, et puis voilà. Rien à signaler. sans doute mes oreilles, vu (enfin entendu) le tapage alentour à ce sujet. mais de toute façon, là n’était pas la question, me semble-t-il. mais plus que Vibrations n’était plus au sommet de l’actualité musicale. A vrai dire, je ne suis qu’un modeste écrivant dans ce journal. ni plus pas moins. En revanche, on peut s’interroger sur ce qu’est le sommet d l’actualité musicale. et peut-être même sur ce qu’est l’actualité musicale. Le tombereau de sorties de disques mensuels ? Les promos qui s’ensuivent ? les concerts qui s’enchaînent ? A Paris ou à Bordeaux ? Ou alors à Kinshasa ou à Manaus ? Tout cela me semble bien désuet, et j’avoue ne vraiment pas prétendre couvrir de tels sommets… modestement, je ne fais que suivre mes goûts, mes découvertes, mes coups de coeur, mes rengaines, mes envies, mes lubies, mes parti pris, bons et mauvais, enfin la vie quoi… Quant à la couverture de Thomas Dutronc, elle est pour le coup au sommet de l’acutalité musciale en quelque sorte, puisque je crois que ce jeune homme était au top des ventes en décembre. faut-il s’en plaindre ? non, pas vraiment… Ce n’est pas forcément mon truc, mais comme je l’ai dit : je ne suis qu’un humble plumitif dans cette affaire. Et comme je te le répète, j’ai le sentiment que Monk (que tu citais), Tim Buckley (que tu ne citais pas) ou vincent courtois (que je citais) me paraissent éminément plus dans l’actualité que tant d’autres bastonnés à longueur de pages. voilà voilà. Sinon, au plaisir d’un café.

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