
Moins célébrés que les White Stripes et les Black Keys, le tandem Two Gallants maltraite le blues et le folk comme personne. Eux aussi ne sont que deux pour déstabiliser le genre
La sixième nouvelle des “Gens de Dublin” de Joyce s’intitule Two Gallants. C’est aussi le sobriquet d’un tandem de San Francisco, capable de s’agiter comme les Black Keys et les White Stripes. Un combo ensorcelant dans les ballades folk blues poisseuses. Une sorte de Zim, période “Freewheelin’”, mais sous Lexomyl… L’ambiance y est glauque et toujours très lettrée. Elle s’approche même de celle parfois créée par le patron de leur label, Conor Oberst de Bright Eyes… Le chanteur guitariste Adam Stephens et le batteur Tyson Vogel ont baptisé ça du pulk. Pulk pour punk + folk. Une imprécation du sud ? Les Two Gallants sont californiens. Cocasse. Comme le format de leurs compos, rarement inférieur à cinq minutes…
Timbrés de John Fahey, les Two Gallants n’ont pas eu besoin de ramasser de la ouate dans la plantation de Woodbine comme Skip James, ni d’aller ventiler leurs bronches dans les mines du Kentucky comme Dock Boggs. Non. Au début, tout semblait pourtant très mal barré pour Adam et Tyson. “On a d’abord écouté du hard à la Skid Row…”. Ah effectivement. “Plus tard du grunge. Ensuite vers l’âge de 15 ans, j’avais besoin de choses plus sérieuses et je me suis dirigé vers les musiques disons originelles. Des musiques vraies. Que même mes parents n’écoutaient pas.”
Quelques kilomètres plus tard, les inévitables comparaisons White Stripes et surtout Black Keys… “On ne peut pas empêcher les gens d’étiqueter. Mais de près, on se rend compte des différences flagrantes.” Affirmatif, surtout que l’on sort les doigts en sang et la bouille noircie de ce passionnant machin qui fout plus le bourdon que le “Nebraska” du Boss… Comme d’hab’, le nouvel album du binôme, l’éponyme “Two Gallants” (Saddle Creek/Pias)”, suinte le littéraire. “Les écrivains nous influencent davantage que les musiciens, mais je ne citerai pas de noms (sourire), ce serait trop réducteur…” Et les noms des marottes musicales du moment, on peut au moins les avoir? “Essentiellement des vieux trucs. “Hard Rain” de Dylan, du Moondog, de la country comme Waylon Jennings, du ragtime…”
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Belle prestation lors du festival de montreux, tout en puissance et en sobriété