
PHOTO: Joël Vacheron
Le saxophoniste légendaire explique pourquoi il n’aime pas l’appellation Jazz et dispense une belle leçon d’humanisme
“Le terme jazz a toujours été associé aux bas-fonds, à une certaine dépravation. Cette image dégage une mauvaise énergie et je n’aime pas vraiment que ma musique soit considérée comme étant du jazz. Le jazz est mort et je préfère nettement parler de blues. Cela nous renvoie directement aux origines. En vérité, tout vient du blues”. C’est à partir de cette définition liminaire essentielle que Gary Bartz entame sa conférence dans le cadre de la 10e édition du Red Bull Music Academy qui se déroule actuellement à Barcelone. Âgé de 68 ans, il revient sur son enfance passée à Baltimore qui, à cette période, était encore divisé par un régime fortement ségrégationniste. “Même si j’étais très jeune, je me rendais compte que quelque chose d’anormal se passait”.
Avec une affabilité et une gentillesse d’un autre âge, le saxophoniste évoque quelques-unes des anecdotes et des rencontres qui ont jalonné sa riche carrière. Notamment, la période passée à New York durant laquelle il a pu collaborer avec Miles Davis, Max Roach, Mingus, ou Art Blakey. La liste des différents coachs qui ont participé à son apprentissage musical est impressionnante.
“Chacun à sa manière m’a apporté des indications sur la manière de mener un groupe. À ce titre, Miles était un leader formidable. À aucun moment il ne nous imposait d’être présent aux concerts, ce qui provoquait inévitablement un sentiment profond de liberté. Il lui arrivait également de me dire qu’il aimait mes erreurs. Max Roach, quant à lui, m’a surtout appris le caractère sérieux de la musique. Art Blakey fonctionnait de manière tout à fait différente, il créait souvent une dynamique en provoquant des conflits.”
Il pose un regard amusé sur cette période glorieuse et s’amuse à relever la pérennité, grâce notamment aux nombreux emprunts effectués par des groupes de rap, de nombreuses de ses productions. “Les choses ont beaucoup changé de nos jours. Même si je regarde toujours avec intérêt les productions actuelles, il est dommage que l’esprit communautaire dans lequel j’ai évolué ait quelque peu disparu.” En aparté, il m’avoue que l’idée de voir Obama prendre la tête des États-Unis le réjouit moyennement. “C’est incroyable que les États-Unis soient passés en si peu de temps d’un régime ouvertement raciste à la potentielle élection d’un président afro-américain. Toutefois, je ne pense pas que cela corresponde réellement aux attentes des musiciens de ma génération. Lorsque je l’écoute, je me rends compte à quel point on est loin des solidarités et des revendications de l’époque”.










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