
Brian Eno et Jon Hassel conversent. Pénible.
Dans le cadre du festival de musique électronique Ether, Brian Eno et le trompettiste Jon Hassel ont offert un bien curieux récital dans le Queen Elizabeth Hall. Le titre de l’événement, intitulé “A Conversation Piece”, ainsi que le prix des places, £12, laissaient planer le doute que les deux compères allaient jouer ensemble. Quoi qu’il en soit, lorsque deux musiciens historiques sont invités à se retrouver dans une salle de concert prestigieuse, on peut légitimement espérer qu’il y sera question de musique.
“Nous nous connaissons depuis très longtemps et partageons les mêmes points de vue”, lance Eno pour expliquer l’intention de leur performance. “Lorsque nous nous sommes rendu compte récemment que nous projetions tous les deux d’écrire un livre, nous avons décidé de nous retrouver régulièrement pour en discuter”. Installés bien confortablement dans leurs fauteuils, une rangée de feuilles alignée devant eux, le public très nombreux comprend vite qu’il va en réalité assister à une séance de brainstorming improvisée.
Même si quelque personnes quittent déjà la salle, à ce stade on pense encore que l’exercice sera centré autour de leurs expériences artistiques communes. Mais, tout ceci c’est de l’histoire ancienne. Plutôt que de ressasser les vieux souvenirs, les deux sexagénaires entendent bien démontrer la perspicacité et l’entendue de leurs connaissances en matière d’actualité et profitent de l’occasion pour passer en revue une succession de thèmes d’une banalité affligeante.
Tels deux acolytes qui s’enthousiasment dans une discussion de pub, ils abordent la manipulation des médias, la politique étrangère américaine, la crise financière avec un manque de distance et une assurance presque inquiétant. Pour appuyer son propos, Eno extrait au hasard quelques feuilles libellées par des séries de concepts de son cru à partir desquels il fait l’étalage de ses connaissances sur un ton résolument professoral.
Bien qu’il confirmait leur intérêt pour les journaux et les longues sessions sur internet, ce cours ex cathedra dégageait une suffisance qui frôlait quelquefois l’arrogance. On peut comprendre que Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle Eno, qui écrit régulièrement dans les colonnes de The Observer, puisse se targuer d’avoir un statut à part dans le monde de la pop music. Toutefois, s’il souhaite continuer à impressionner, il lui faudrait peut-être se concentrer sur son expertise musicale, ou préparer ses interventions publiques, ou peut-être même se taire.










Excellent review ! et … dommage, j’aime Brian Eno et John Hassel , mais ce genre de conférence , ça peut vraiment etre arrogant quelque part … Eno : ce type réfléchit trop …