
« Filmer la musique ». Derrière cet intitulé se cache un festival parisien passionné et passionnant sur l’art et la manière de confronter image et son. Documentaires pointus, portraits, archives, captations live, vidéos expérimentales… Des ghettos de Kingston à la no wave new-yorkaise, FLM nous en met plein la vue, loin des clichés du film rock.
Olivier Forest, fondateur du festival avec Eric Daviron, présente cette quatrième édition, organisée au Point FMR du mardi 8 au dimanche 13 juin.
Q : Comment est née l’idée du festival il y a quatre ans ?
Olivier Forest : Le déclic s’est produit à New York, où on est tombé sur un vidéoclub démentiel plein de films pirates, d’émissions TV, de clips, de séries B… On a aussi vu une exposition organisée par Kim Gordon de Sonic Youth qui mêlait la photo, l’art contemporain, les performances musicales. Nous avons voulu faire un festival hybride, décloisonné, qui mélange plein de formes différentes.
Q : Que retiendrais-tu comme points forts de la programmation cette année?
Olivier Forest : L’idée, c’est de faire un vrai effort pour présenter les films, les resituer dans leurs contextes respectifs, parler des musiciens ou des mouvements musicaux. On a beaucoup d’invités, réalisateurs, journalistes, écrivains, qui viennent présenter les séances, ou qui ont écrit des articles pour le catalogue. Andreas Johnsen viendra du Danemark présenter trois de ses documentaires sur la musique des ghettos, à Kingston, Nairobi ou Rio. Mark Ayres, qui est l’archiviste du BBC Radiophonic Workshop, présentera des films de la sélection Man/Machine. Uli Shueppel vient de Berlin pour présenter trois de ses films, dont le magnifique The Road To God Knows Where sur la tournée de Nick Cave et de ses Bad Seeds aux États-Unis en 81. Un des moments forts aussi, c’est Adam Bhala Lough qui vient de Philadelphie le jeudi 10 présenter son film sur Lil’ Wayne – The Carter, un documentaire saisissant et assez controversé, auquel Lil’ Wayne a retiré son autorisation avant la première à Sundance. C’est pour l’instant la seule projection du film en France. On a sous-titré le film pour que tout le monde puisse comprendre ce qui se dit.
Q : Vous avez également confié une carte blanche à Stuart Baker, le fondateur du label londonien Soul Jazz.
Olivier Forest : Ça faisait un petit bout de temps que j’avais envie d’organiser quelque chose avec Soul Jazz, parce que c’est un label passionnant, qui navigue dans l’histoire de la musique en suivant le rythme, les impulsions. On passe de la Jamaïque et de Studio One au post-punk new-yorkais. Le label publie aussi des livres de photos et des films. Stuart Baker est un érudit, qui aime aller au-delà de la musique. Sa sélection pour Filmer la Musique reflète l’éclectisme du label: Babylon, une fiction vintage dans le milieu des sound systems jamaïquains dans le Londres du début des années 80, avec Jah Shakka dans son propre rôle. Accrochez-vous, patois jamaïquain made in South London sous-titré en anglais et grosses basses ! 135 Grand Street, sur la scène no wave new-yorkaise en 79. Et Sun Ra: A Joyful Noise, un magnifique film de Robert Mugg tourné entre New York, Philadelphie et Baltimore entre 1979 et 81 – avec des scènes d’anthologie et les musiciens cosmiques de l’Arkestra. Je sais que Stuart prend cette carte blanche très au sérieux – le Soul Jazz Sound System va aussi jouer à Paris ce week-end, mais il a demandé à prendre le train seul pour pouvoir se concentrer !
Q : Filmer la musique, ce sont aussi des concerts. Cherchez-vous à établir un rapport entre le live et les images diffusées ?
Olivier Forest : On cherche à ce qu’il y ait quelque chose qui circule entre la salle de projection, la salle d’exposition, où on a installé un cinéma multiécran, et la salle de concert. Sans non plus être systématique et trop rigide. Il faut que ça circule en esprit et en énergie. Que la musique soit bonne avant tout. On est particulièrement contents de la programmation musique cette année. On peut citer par exemple Zombie Zombie qui jouera des musiques des films de John Carpenter, ou Arnaud Rebotini qui va poser une webcam sur chacun de ses instruments et sur le public, avec des écrans qui diffusent les images derrière lui.
Q : Le festival s’exporte à Berlin en fin d’année. Peux-tu en dire quelques mots ?
Olivier Forest : On fait un gros travail de programmation, de recherche de copies, des ayants droit, de sous-titrage. On veut pouvoir faire tourner cette programmation. Berlin, on y pense depuis longtemps, c’est une ville avec laquelle on a beaucoup d’atomes crochus – une des dernières villes en Europe où on ressent encore parfois un vrai sentiment de liberté. Donc on va aller tester ça sur place, et organiser une première édition de trois jours au mois de novembre dans un lieu magnifique, le .HBC.
LIEU
- 08.06-13.06.10 Point Ephémère / Paris
SITE
CONCERT
- Ariel Pink & Haunted Graffiti










0 Réponses à “Festival: Olivier Forest, Filmer La Musique”