Livre: Untitled Tracks, un portrait alternatif de Beyrouth


Photos: Tanya Traboulsi

Cela fait trop longtemps que Beyrouth est déchirée par les aberrations hégémoniques qui taraudent le Moyen-Orient. Une chape pesante, obsédante, qui a largement contribué à occulter les diverses mouvances musicales qui, parallèlement aux canons de l’actualité, se sont répandues dans la ville durant ces dernières années. En se concentrant essentiellement sur les dix dernières années, “Untitled Tracks: On Alternative Music in Beirut” constitue une contribution essentielle pour pérenniser ce pan d’histoire interstitiel. On y retrouve toute une gamme d’échappatoires, aussi bien physiques que symboliques, qui ont agis comme des sas de décompression nécessaires pour infléchir l’imminence des diktats géo-politiques.

Cette publication se présente sous la forme d’une collection de textes, réunis par Ziad Nawfal et Ghalya Saadawi, et d’une sélection de photographies de Tanya Traboulsi extraites de son abondante série “Music is Life”. Comme saisie par l’urgence qui guide les situations transitoires, la photographe semble être encouragée par le désir de documenter le plus exhaustivement possible les lieux, les protagonistes et les divers moments qui ont contribué à façonner les scènes de la ville. On y découvre des figures aussi diverses que l’expérimental Tarek Atoui, le rapper RGB, les chanteuses Youmna Saba, Nadie Khouri ou Rima Ksheish.


Une place particulière est accordée au groupe de trip-hop The Soapkills dont les mélodies mélancoliques hantaient le paysage sonore libanais de l’après-guerre. Initié en 1996 autour du producteur Zeid Hamdan et de la chanteuse Yasmine Hamdan, le groupe s’est fait connaître au début des années 2000 grâce aux succès rencontrés par “Bater” et “Cheftak” et s’est rapidement imposé comme une pierre angulaire de la scène alternative. Le groupe se sépare en 2006 après le départ de Yasmine pour la France. Zeid Hamdan participa à la formation de nombreux projets, en particulier de l’influent trio The New Government aux côtés de Jérémie et Timothé Régnier. De son côté, Yasmine a récemment collaboré avec Mirwais sur le projet “Arabölogy” (2009). Toutefois, l’influence de The Soapkills ne cesse de se faire ressentir. En grande partie car, comme le souligne Rayya Badran, “leur musique fluctuait en fonction des perpétuelles destructions et reconstructions, tout en présentant un inévitable sentiment d’étrangeté. Ils captaient dans un même moment les mutations musicales et urbaines, tout en injectant du chaos dans leur console”.

S’il est difficile de ressortir une esthétique spécifique à cette présentation bigarrée, il s’en dégage néanmoins une atmosphère particulière qui retranscrit les expectations et les questions polymorphes qui taraudent cette génération intermédiaire. De manière subtile et intelligente, ces contributions variées se présentent comme autant de réponses aux interrogations posées par Ghalya Saadawi en introduction: “De quelles manières est-il possible de témoigner des guerres et des traumas ? Comment considérer différentes notions associées à des lieux ou à la géographie et qu’est-ce que des terminologies telles que Liban ou Moyen-Orient signifient ?”. Une manière, peut-être, d’entendre sous des formes métaphorisées les échos de la guerre civile. “Untitled Tracks: On Alternative Music in Beirut” constitue ainsi un témoignage particulièrement éloquent du potentiel actuel des sons, organisés ou non, en tant que vecteurs de résistance.

LIVRE

  • Tanya Traboulsi, “Untitled Tracks: On Alternative Music in Beirut”, Edité par Ziad Nawfal et Ghalya Saadawi, Amers Editions

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1 Réponse à “Livre: Untitled Tracks, un portrait alternatif de Beyrouth”


  1. 1 Tanya Traboulsi « Acousmatik System Pingback sur fév 25th, 2011 at 12:06

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