Afin de terminer cet hommage à Gil Scott-Heron, revoici le texte que Damien Bonelli écrivait l’an passé à l’occasion de la sortie de “I’m New Here” (en écoute intégrale ici). Cela nous permet également de réentendre la superbe relecture de l’album réalisée en collaboration avec Jamie XX en début d’année. Intitulée “We’re New Here”, elle constitue à l’heure actuelle la dernière pièce de sa discographie.
Gil Scott-Heron est aux abonnés absents. Le téléphone de ses bureaux de Harlem, obtenu au terme d’une négociation épique avec son label, sonne obstinément dans le vide, jusqu’à ce que le message d’accueil de son répondeur se déclenche pour la énième fois depuis trois jours. Les difficultés à le joindre sont telles qu’on est presque tentés d’accréditer les rumeurs les plus folles qui circulent à son sujet : sa longue histoire avec les drogues aurait-elle eu raison de lui ? Serait-il à nouveau incarcéré ? À moins qu’il n’en ait tout simplement plus rien à foutre ? Tout récemment, deux journalistes venus de Londres pour le rencontrer à New York sont repartis bredouilles. Il ne s’est jamais montré, n’a jamais appelé.
Gil Scott-Heron n’existe pas, c’est une légende urbaine. De lui resterait donc une voix, aussi grave et spectrale que celle d’un Leonard Cohen black, celle de la conscience poétique d’une communauté en lutte pour son émancipation et son intégration complète à la société américaine. La désastreuse gestion de l’après-Katrina et l’hostilité à laquelle se heurte aujourd’hui le premier Président noir des États-Unis témoignent au besoin que le chemin à parcourir est encore long, alors que l’Amérique se prépare à observer, en ce mois de janvier, le jour férié proclamé en l’honneur de Martin Luther King et le premier anniversaire de l’inauguration de Barack Obama. Plus que jamais, l’Amérique a besoin d’entendre la voix de Gil Scott-Heron, poète et écrivain, pianiste et protest singer, griot et législateur du rap.










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