
Pour Stéphane Belmondo, les choses sont claires : partir sur une île déserte avec dix disques serait une catastrophe ! Alors que paraît son premier album sans son frère, “The Same as It Never Was Before”, il s’est néanmoins résolu à rassembler « Les quelques disques qu’il a l’impression d’écouter depuis toujours »
Maurice Ravel “Concerto en sol par François Samson”
J’ai choisi spécifiquement cette version parce que j’adore François Samson. Malheureusement il était alcoolique. Il traînait beaucoup dans les clubs de jazz parisiens à l’époque où Bud Powell et des gens comme lui s’y produisaient. Du coup, il a une façon de jouer Ravel très jazz. Quant à Ravel, c’est un génie de la mélodie, un génie de l’orchestration. Il est hors du temps.
Coltrane La période Impulse…
C’est le musicien qui m’a fait le plus peur. Mon oreille de musicien m’a dit : «Qu’est-ce que c’est que ce truc-là ?». En même temps, mon oreille humaine était vraiment touchée. Ça m’a remué à un point dont je ne peux même pas parler aujourd’hui. Coltrane est mort très jeune. Mais il ne pouvait pas rester plus longtemps. C’était une étoile filante, ce mec-là !
Ellis Regina “Sings Nascimento”
Milton Nascimento m’a avoué avoir écrit toutes ses chansons en pensant à Ellis Regina. C’était sa muse. Elle fait passer une émotion incroyable dans sa voix. Il y a une énorme souffrance. Je la place tout près d’Edith Piaf. Je l’écoute quasiment tout le temps. Même quand je n’écoute pas de musique, elle est là, dans ma tête. Elle me ressource.
Stevie Wonder “Songs in the Key of Life”
Sur chaque disque de Stevie Wonder, il y a des morceaux qui me boulversent et d’autres que je n’écoute pas. «Songs in The Key of Life» est le seul que j’écoute de bout en bout. En 2004, j’ai fait l’album « Wonderland» en sextet qui lui était entièrement dédié. On parle tout le temps de la voix de Stevie Wonder, mais c’est aussi un pianiste et un harmoniciste extraordinaire.
Milton Nascimento “Club da Esquina”
Les deux volumes de «Clube da Esquina» marquent la réunion de quelques amis qui discutaient de ce qui n’allait pas alors au Brésil. On ne le sait pas, mais certaines des chansons de Milton Nascimento ont été censurées par le gouvernement brésilien.
Le Mystère des Voix Bulgares “Volume 1″
Ça pourrait être de la musique brésilienne, même si c’est géographiquement complètement à l’opposé. J’aime les musiques qui prêtent au recueillement. Les harmonies sont extrêmement complexes. Je crois que c’est ça le mystère : les harmonies. Parfois, j’y entends la musique classique du XIXe siècle. Fondamentalement, je suis persuadé que tout se rejoint. Il n’y a qu’une seule musique.
Joni Mitchell “Travelogue”
Je suis fan de la dernière période de Joni Mitchell. Dans ce disque, elle réinterprète son répertoire avec Herbie Hancock, Wayne Shorter, Brian Blade, Billy Preston, Kenny Wheeler et un grand orchestre classique. J’adore parce que cela montre qu’on peut faire le même morceau différemment. Avec en prime aux arrangements Vince Mendoza qui est un génie.
Maurice Durufflé «Requiem»
J’ai grandi avec la musique classique. J’ai joué très tôt dans des orchestres symphoniques, dont celui d’Aix. Beaucoup de requiems qui sont magnifiques, mais ici le travail de composition et des harmonies est génial. Le jazz n’a rien inventé au niveau des harmonies. On a tendance à l’oublier. Et puis dans ce Requiem, il y a bien sûr aussi les voix et la dimension spirituelle.
Bill Evans Trio with Symphony Orchestra
C’est Michel Petrucciani qui m’a fait découvrir ce disque. Mon frère, qui a le même âge que Petrucciani, était copain avec lui. D’ailleurs quand Petrucciani est parti aux Etats-Unis, il nous a laissé sa collection de 500 vinyles. J’écoutais ce disque quand j’avais 13 ans. Je peux me tromper, mais je pense que Bill Evans a été le premier jazzman à s’attaquer au classique. Il m’a beaucoup influencé par son sens de l’improvisation et son sens de la mélodie. Son « son» de piano est comparable à un son de bugle.
Freddie Hubbard “The Love connection”
Freddie Hubbard a une façon très physique de jouer la trompette. Quand je le regardais jouer, sa façon de tenir l’instrument, sa façon de se tenir, tout me semblait couler de source. Je pense que c’est un grand compositeur méconnu. Il y avait en lui les prémisses du jazz que l’on fait aujourd’hui et une « couleur » bien à lui. Il a fait des disques avec les pires accompagnements, mais son jeu est tellement magnifique qu’il fait tout oublier.
Jaco Pastorius “Word of Mouth”
C’est la synthèse de tout. On a toujours parlé du bassiste, mais quel compositeur ! Ce disque est un enregistrement rapiécé, un big band éclaté. Y participent Wayne Shorter, Herbie Hancok, Toots Thielemans et bon nombre d’autres grands musiciens Certains ont enregistré à New York, d’autres à Bruxelles. Et Jaco Pastorius a tout orchestré dans son studio. C’est son « son» de base qui touche en premier. Mais c’est un très très grand orchestrateur. Un génie lui aussi.
ALBUM
- Stéphane Belmondo The Same as It Never Was Before (Girl In Blue/Verve)
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