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Blowfly, pervers pépère


Une série de rééditions et un documentaire permettent de revenir sur la trajectoire peu commune de Clarence Reid, chanteur et producteur légendaires de Miami. Tout au long des années 60 et 70, Reid était surtout connu pour avoir composé des titres pour des artistes tels Betty Wright (qu’il a découvert), Sam & Dave, Gwen McCrae ou KC & the Sunshine Band. Grâce aux succès de ces derniers, et à l’influence de TK records vers le milieu des années 70, beaucoup reconnaissant l’impact de Reid dans le “Miami Sound” et, un peu plus tard, l’émergence du disco.

Parallèlement à cette facette professionnelle, Reid s’était rapidement fait une réputation pour son art des pastiches grossiers. Initialement, son répertoire était réservés à des soirées privées, généralement organisées par des labels qui l’employaient. Ce public de profesionnels ne manquait pas d’apprécier le ton irrespectueux et la délicatesses de titres tels que “Shitting on the dock of the bay”, “Suck around the Clock” ou “The Incredible Fulk”.

Il aurait pu en rester là et simplement profiter de son talent pour soigner ses relations publiques dans l’industrie du disque. Mais le destin en a voulu autrement pour diverses raisons. Tout d’abord, Reid a connu les déboires de beaucoup de visionnaires flambeur de l’époque et, peu de temps avant le regain d’intérêt pour le funk et la soul, il avait revendu ses droits d’auteurs pour des sommes dérisoires.

Du même coup, Blowfly a progressivement pris le pas sur Clemence Reid, au point de devenir un projet de vie. Depuis 1969, année bissextile, le superman de la gaudriole a sorti près de 25 albums. Tous classés X. Aucun label ne voulant cautionner ses penchants scatologiques, Reid a été contraint de lancer Weird World et à même réussi à décrocher quelques jackpots. C’est le cas notamment de sa reprise de Rapper’s Delight qui atteindra la 26e position du billboard américain, catégorie black album.

A l’heure où ses contemporains barbotent dans leurs piscines en forme de Les Paul, Reid continue à parcourir le monde cahin-caha . Enroulé dans sa cape de super héros, il vante avec la même fougue son faible pour les turlutes et les chatons.

Dans son documentaire sorti en septembre dernier, Jonathan Furmanski dépeint l’univers baroque et pas toujours ragoûtant de ce Russ Meyer du r’n'b. En suivant Reid au quotidien et en rassemblant les témoignage de fans devenus illustres, de Jello Biaffra à Ice Cube, ce documentaire paye un tribut au clown dirty qui ne peut pas tirer sa révérence.

D’ailleurs, le sort de Blowfly n’est pas au pathétique qu’on pourrait l’imaginer et il connaît même un certain regain d’intérêt ces dernières années. Son rapatriement dans l’écurie Alternative Tentacles de Jello Biaffra y est pour beaucoup. A l’écoute de R. Kelly in Cambodia) on ne manque pas d’être étonné par son étonnante flexibilité en matière de registre musicaux. Dans le même temps, Weird World est sur le point de rééditer une grande partie de son catalogue.

Trailer, “The Weird World of Blowfly”, real. Jonathan Furmanski (2011)

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Listen Whitey!, l’année des panthères


À la fois musicien, journaliste et directeur artistique d’un label, Pat Thomas n’a cessé d’alimenter sa passion pour les musiques afro-américaines et les courants contre-culturels des années 60 et 70. Ces différentes occupations lui ont notamment valu d’interroger Allen Ginsberg ou de rééditer un belle brochette de classiques pour Water Records et 4Men with Beards.

Depuis quelques années, cet intérêt pour la musique et le militantisme s’est progressivement cristallisé dans l’histoire du Black Panthers Party. Après cinq années de recherche, et une relation particulière avec quelques membres historiques du mouvement, il a réussi à amasser une collection unique d’enregistrements dévolus à la cause révolutionnaire.

Sur la base de ce matériel, qui va de l’obscur discours aux grands noms, Thomas tente de formuler une cartographie de l’influence et des liens musicaux durant cette époque mouvementée. Ceci en agrémentant son propos à l’aide de nombreuses photographies inédites et de reproductions de pochettes.

Marlena Shaw, Woman Of The Ghetto (live au Montreux Jazz Festival, 1973)

Bien entendu, cette recherche est accompagnée d’une bande-son. “Listen, Whitey! The Sounds of Black Power 1967-1974″ est produite par Light in the Attic qui l’envisage d’ores et déjà le “document acoustique définitif sur le mouvement du Black Power”. Le festival de Montreux à droit à une petite mention grâce à la légendaire prestation de Marlena Shaw.

LIVRE

  • Pat Thomas, “Listen, Whitey! The Sights and Sounds of Black Power 1965-1975 “, Fantagraphics (date de publication 5 mars 2012)

COMPILATION

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Reggie Watts, comic’s trip


Difficile de savoir exactement dans quel chaudron est tombé Reggie Watts quand il était petit. Un père américain. Une mère française. Une naissance en Allemagne,… une chose est certaine, la mixture devait être largement assaisonnée d’épices dada. Musicien, human beatbox ou humoriste… il est tout cela à la fois et l’encyclopédie Wikipédia permet d’éviter les problèmes de catégorisation en stipulant simplement “artiste multidisciplinaire”.

À vrai dire, pour trouver une définition appropriée, il faudrait plutôt s’inspirer de dispositifs, tels que le collisionneur ou le convertisseur, tant il se montre capable de regurgiter tout ce qui a pu imbiber sa chevelure spongieuse. Couche après couche, il fait preuve d’une habileté sans borne pour faire coexister non-sens et freestyle.


Reggie Watts - Out of Control by Zegoat

Même si Reggie s’est fait connaître principalement grâce à des séries de vidéos publiées sur Youtube, c’est sur scène que l’on peut saisir toute l’originalité de sa démarche. Tour à tour crooner flamboyant, rapper tendance ghetto, midinette r’n'b ou professeur de pataphysique, il s’improvise dans personnages, caricaturant avec précision tous les petits travers de chacun.

Juxtaposant les sons et les accents, les poses et les beats, les gags se se succèdent comme les boucles lancées sur son échantillonneur. Il travaille sans filet et ça ressemble un peu à n’importe quoi. Mais, au final, cela donne toujours quelque chose d’hilarant. Si le postmodernisme devait être exprimé à travers les trips d’un comique, ce serait Reggie Watts.

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Rico Rodriguez, souffle de vie


Une légende sera de passage aux Docks de Lausanne le 03.02.2012 puisqu’à travers Rico Rodriguez, il est possible de ratisser plus d’un demi-siècle de musiques populaires jamaïcaines. Il découvre le trombone lorsqu’il est pensionnaire de la Alpha Boys Catholic school où son professeur, Don Drummond, avait déjà soufflé ses premières notes avant de fonder The Skatalites. Très vite, il écume les dancehalls de Kingston avec les pionniers qui s’attelaient à donner un nouveau souffle aux musiques traditionnelles.

Son influence deviendra encore plus manifeste après son exil sur le Vieux Continent au début des années 60. Selon le sociologue Paul Gilroy, Rico Rodriguez a marqué un tournant décisif dans l’hybridation qui a touché les musiques populaires anglaises durant les années 70. À ce titre, “Rico’s Message (1967) représente une combinaison imprévisible de funk, de dub et de rythm’n’blues uniquement envisageable dans le Londres de cette époque”.

Il deviendra d’ailleurs une figure emblématique du revival ska des années 70 avec The Specials. Ambassadeur honoraire des rythmes à contre-temps, Rico occupe une place de choix le hardcore Continuum, la cartographie que Simon Reynolds propose pour décrire l’évolution des musiques populaires d’après-guerre. Ce passage en Suisse lui permettra de se remémorer quelques souvenirs puisqu’il y a séjourné de nombreuses années durant les années 80 et 90.

Jamal Moss, Mathématiques Cryptiques


Bien qu’il s’inscrive directement dans la tradition house de Chicago, le son de Jamal Moss est particulièrement distinctif. En privilégiant l’expérimentation et une éthique DIY, il ne manque pas d’évoquer un peu les “Sound Sculptures” façonnées par Theo Parish à partir du patrimoine musical de Detroit ou les univers industriels d’Andy Stott. Jamal a d’ailleurs débuté sa carrière en réalisant des environnements sonores lors de raves légendaires organisées dans une usine nucléaire désaffectée.

Hieroglyphic Being - The Garden of Forking Paths (excerpt) by audiomer-music

Par la suite, ce fan de science-fiction est devenu une figure de la scène locale par le biais de différents projets. Aussi bien ses propres productions, notamment sous les pseudonymes de Hieroglyphic Being, IAMTHATIAM, Sun God, de son label Mathematics ou à travers ses nombreuses collaborations, en particulier avec The Dirty Criminals. “Shikaakwa”, qui signifie Chicago en amérindien, constituera la première sortie de The Sound of the Universe, le mythique magasin de Soul Jazz Records sur Broadwick st. Un mix est également disponible à cette adresse.

Hieroglyphic Being, Temple of the Moon (2009)

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Michael Kiwanuka, génération spontanée


Si 2011 a constitué une étape cruciale dans la carrière de Michael Kiwanuka, avec un premier EP encensé et une série de concerts en première partie d’Adele, 2012 débute sous les meilleurs auspices. Alors que le single Home Again sortait le jour de l’an, le songwriter londonien remportait le convoité “BBC Sound Of 2012” qui sanctionne chaque année un talent émergent.

Sans chercher à dénigrer les autres concurrents, on n’a aucune peine à imaginer que ce choix n’a pas été très difficile en regard des qualités de Kiwanuka. Emportés par les courants d’airs nostalgiques qui soufflent en ce moment, ces clips en super 8 jaunis et sa voix profonde ont su forcer les comparaisons les plus élogieuses. Bill Withers, Otis Redding ou Richie Havens, nul doute que son premier album, qui sort le 24 mars, devrait satisfaire les amateurs d’huiles essentielles.

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Vidéo de Paul White

Orchestra of Spheres, manuel de bricolage


Il y a quelque mois, avant le concert qui réunissait Otomo Yoshihide et Ikue Mori au café Oto, je me rappelle avoir entamé une conversation très intéressante avec un Néo-Zélandais plutôt réservé. Il m’expliquait notamment son implication dans la scène musicale de Wellington, notamment grâce à la petite salle de concert qu’il avait montée. Seul lieu de la ville entièrement destiné aux musiques expérimentales. Au fil de la discussion, nos intérêts semblant converger, il m’avait offert un CD dont la pochette était richement illustrée à la main.

Un univers graphique DIY qui ne manquait pas de rappeler les modes de productions artisanales que Sun Ra affectionnait de réaliser afin de brouiller les pistes avec son label Saturn. L’analogie ne s’arrêtait pas là tant l’univers que dégageait cette mixtape d’Orchestra of Spheres semblait totalement emprunt du jazzman intergalactique.

Ces derniers temps, Dan Beban est revenu promener sa barbe rousse en Europe. Emmitouflé dans une combinaison retrofuturiste et entouré de quelques affranchis de la cause P-Funk, l’Orchestra of Spheres vient d’entamer une tournée de quelques dates en Europe, en particulier pour répondre à l’invitation de Caribou qui les a inclut à la très belle programmation de Nightmare Before Christmas. Une manièr de marquer le coup après la sortie de leur album, toujours le même, dénommé “Nonagonic Now” (Fire Records)

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Escort, disco re-fever


Depuis les années 90, on a vu refleurir plusieurs générations de groupes produisant des duplicata plus ou moins convaincants inspirés par l’âge d’or du soul ou du funk. Par contre, les formations reproduisant les productions du disco au tournant des années 80, largement à coups de cuivres et de cordes, ne sont pas légion et les passionnés du genre ont vite fait de se tourner vers toutes sortes de déclinaisons.

C’est peut-être grâce à cette relative carence qu’Escort a très rapidement attiré l’attention dès leurs débuts en 2006. Un big bang de 17 musiciens talentueux dévolus à la cause du nu-disco, ça ne court pas les rues. Leur premier album homonyme sort ces jours-ci sur leur propre label.

Escort n’est toutefois pas le seul projet new-yorkais de ce type puisque les neufs membres réguliers de Midnight Magic entretiennent cette même flamme également depuis le milieu des années 2000. Sorti l’an dernier, “Drop me a line” constitue une belle actualisation d’un courant qui s’est très vite retrouvé réduit aux banques de sons et aux visions plus individualisées des producteurs house.

Midnight Magic, Drop me a line (2010)

Joe Strummer revu par Julie Delpy

Cela fait quelque temps que l’on sait que la vie de Joe Strummer va faire l’objet d’un film, par contre le nom de la réalisatrice vient d’être dévoilé. C’est Julie Delpy qui va se charger de la mise en scène de The Right Profile, en référence à l’un des titres de l’album “London Calling”. La date de sortie n’a pas encore été annoncée.

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Cut Chemist, les rythmes de Los Angola


Q: Qu’est-ce qui a déclenché ta passion pour le DJing?

J’ai vu pour la première fois des films de breakdance à l’âge de 9 ou 10 ans et j’ai tout de suite été curieux de découvrir cet univers. Après avoir touché un peu au graffiti, je me suis rapidement intéressé au DJing. Peut-être parce que je possédais déjà une petite collection de disques. À vrai dire, c’était surtout l’idée de manipuler la musique qui m’attirait et j’ai commencé mon apprentissage en m’inspirant des pionniers du genre, comme Grandmaster D.ST, Jam Master Jay, Jazzy Jeff, Afrika Bambaataa.

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Baloji, Ou bien… ou bien


Photo: Nicolas Karaktsanis

Avec “Hôtel Impala”, Baloji surprenait son monde avec un hommage à Marvin Gaye qui reconstituait des liens entre la République démocratique du Congo et la Wallonie. “Là-bas, tu ne te sens pas tout à fait congolais, ici, tu ne te sens pas vraiment belge”, une remarque devenue tellement banale qu’on a fini par ne plus oser l’évoquer. À l’ère des dynamiques globalisées, le problème semble avoir été réglé, sans pour autant que la question n’ai été véritablement traitée.

Si cette histoire postcoloniale de l’Europe continentale reste encore à écrire, Baloji fait sans conteste partie des voix exprimant avec le plus de conviction les ambivalences de cette situation.Avec “Kinshasa Succursale”, il fore toujours plus loin afin de définir les contours identitaires et esthétiques de la bilocation. Farfouillant dans les dialectes et les sonorités, il revisite quelques lieux de sa mémoire tel un Zélig panafricain. Beau gosse dans les clichés de Seydou Keita ou canaille dans les rues de Kinshasa avec Konono N°1, son style s’adapte avec la même justesse.

ALBUM

  • Baloji, “Kinshasa Succursale” (Crammed Discs), sortie le 21.11.11

Julius Eastman, mémoire d’un pas grand chose


À moins de faire preuve d’un intérêt poussé en matière de musique classique contemporaine, le nom de Julius Eastman n’évoque souvent pas grand chose. Tout au long d’une existence tragiquement avortée, il a pourtant frayé avec les figures les plus prospectives de son temps dans la tradition du minimalisme. En 1970, il entame des études au Centre for the Creative and Performing Arts au SUNY de Buffalo et se lie d’amitié avec le chef d’orchestre Petr Kotik. Ensemble, ils fondent le S.E.M Ensemble et, parallèlement à son travail d’instrumentiste et de compositeur, Estman s’adonne progressivement à la danse et au chant.

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Club: Pantha du Prince, un autre son de cloche


Photo: Joël Vacheron

A mi-chemin entre approche expérimentale et dance music, Pantha du Prince offre une analyse avisée des dernières mutations qui affectent les musiques électroniques.

Joël Vacheron: Depuis ses débuts, il y a environ 30 ans, le mouvement techno a pris des formes multiples. Comment définiriez-vous l’actualité de ce courant ?

PDP: Tout d’abord, je considère ce courant avant tout comme une infrastructure. Disons qu’il ne s’agit plus véritablement d’un qualificatif musical direct, comme on parlerait du funk par exemple. À l’heure actuelle, il s’agit surtout d’une palette de rythmes, que l’on peut classer dans la catégorie “techno music”. Cependant, au bout du compte, c’est une infrastructure sociale et économique. Du jazz aux musiques actuelles, en passant par la musique électro-acoustique, la notion de techno n’a plus grand-chose à voir avec le contenu, elle peut être appliquée pour qualifier un peu n’importe quoi. Au final, le terme qui correspond peut-être le mieux à ce courant, c’est probablement dance music.

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Label: Tri Angle, la quadrature du cercle


Avant de lancer le label Tri-Angle records, Robin Carolan était à l’initiateur du site 20jazzfunkgreats qui, comme son nom ne l’indique pas, n’est absolument pas dédié au jazz funk. Il s’agit en fait d’une référence explicite à l’album, et au morceau, de Throbbing Gristle. Une manière pour Carolan de nous faire découvrir une sélection de flux vaporeux oscillant entre le dub, l’ambient et l’industriel. Ces choix subtils, fusionnant de manière confondante des productions anciennes et actuelles, lui ont permis de se construire une solide réputation de dénicheur de groupes obscurs.

BALAM ACAB - Oh, Why by TriAngleRecords

L’année passée, l’Anglais de 24 ans décidait d’élargir un peu son registre en lançant son propre label, Tri-Angle Records. oOoOO, Holy Other, Clams Casino ou Balam Acab, les premiers groupes signés par le label perpétuent à réveiller quelques songes d’une nuit d’été. Voix lointaines et éthérées, superpositions de paysages sonores, phrases obsédantes, c’est un peu comme si Vangelis se retrouvait à jammer avec Coil.

Jazz: BADBADNOTGOOD, des lettres capitales


Il y a quelques mois, le compte YouTube d’un jeune trio de jazz de Toronto bénéficiait d’un net regain de trafic grâce à la mise en ligne de “The Odd Future Sessions”, un hommage au collectif Californien très largement relayé. Un succès tel que le groupe en question, qui s’appelle BADBADNOTGOOD, jouissait déjà d’un buzz conséquent sans jamais avoir joué le moindre concert en public.

Les trois chats canadiens ont poussé la déférence en autoproduisant un premier album totalement dédié à l’oeuvre d’ OFWGKTA. Si les puristes du jazz ont certainement quelques retenues vis-à-vis de cette démarche, les rappers d’Odd Future semblent plutôt avoir apprécié ces relectures. Au point que Tyler s’est récemment prêté au jeu en accompagnant le trio pour un Seven dans lequel le Créateur se montre particulièrement explosif.

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Festival: The Janice Graham Band, reflux d’acid jazz ?


Vers le début des années 90, un son novateur soufflait depuis la Grande-Bretagne avec les premières sorties libellées Acid Jazz. En décidant de faire s’entrechoquer le jazz avec l’énergie héritée des raves parties, Eddie Piller, Gilles Peterson et leur bande invitaient toute une génération de (re)découvrir l’actualité d’un patrimoine qui avait trop rapidement été relégué à la ringardise par un public dévolu aux rythmes synthétiques. De l’autre côté, ils devaient également essuyer les critiques d’un public de spécialistes qui ne voyait pas d’un très bon oeil le traitement auquel les standards étaient soumis. Galiano, Brand New Heavies, Snowboy, Mother Earth ou les compilations “Totally Wired” faisaient s’entrechoquer les traditions musicales et les héritages culturels avec naturel.


Hormis Peterson qui reste un faiseur de goûts hors pair et Jamiroquai qui n’a pas longtemps fait preuve de beaucoup de scrupules, très peu de traces des acteurs de cette période ont profité de cette énergie pour se frayer une place sécure dans les circuits musicaux. Le label Acid Jazz n’a pourtant jamais cessé d’exister et les sorties, plus ou moins discrète, continuent à s’enchaîner ponctuellement. Les choses pourraient changer puisqu’Eddie Piller, seul aux commandes, s’est engagé depuis quelque temps à recruter de nouveaux artistes. C’est le cas notamment des trois Mancuniens de The Janice Graham Band, une formule soluble qu’il sera possible de découvrir bientôt sur scène aux Transmusicales de Rennes.

The Janice Graham Band, Robbery

Funk: Bambara Mystic Soul, l’énergie voltaïque


Entre 1974 et 1979, le Burkina Faso, qui s’appelait encore Haute Volta, se situe à mi-chemin de deux périodes historiques importantes. Quinze ans plus tôt, le pays accédait à l’indépendance et se départissait, officiellement, de l’ingérence française. Quinze ans plus tard, Thomas Sankara prenait le pouvoir et insufflera un élan remarquable pour se distancier de cette domination historique.

Malgré toute une série de réformes cruciales et une énorme popularité, on le surnomme quelquefois le Che Guevara africain, son projet de démocratie participative et égalitaire ne lui attire pas que des amis. Suite à un putsch fratricide, il sera renversé puis exécuté par les hommes de main de son compagnon de route, l’actuel président Blaise Campaoré.

Analog Africa nous permet d’écouter quelques-uns des artistes qui écumaient les maquis de Ouaga durant cette période transitoire. Comme dans toute l’Afrique de l’Ouest, le Burkina développe un son distinctif qui combine les musiques sahéliennes avec le funk et les musiques latines. L’Harmonie Voltaique, Amadou Ballaké et l’Orchestre Super Volta, Volta Jazz ou le Club Voltaique du Disque, les groupes et les labels de l’époque n’avaient pas besoin de chercher trop loin pour se trouver des noms branchés.

ALBUM

  • Compilation, “Bambar Mystic Soul, The Raw Sound of Burkina Faso 1974 – 1979″

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Expériences: Jeff Mills, voyage accompagné


De thèmes cryptiques de Sun Ra jusqu’aux récentes références cybernétiques de Janelle Monáe, en passant par le P-Funk de Parliament/Funkadelic ou les délires DIY de Rammelzee, les métaphores liées à la conquête spatiale restent un des sujets les plus récurrents des musiques afro-américaines.

A ce titre, Detroit a toujours constitué un terreau particulièrement propice pour ce type d’extrapolations. En se réappropriant les discours associés aux rêves technologiques, plusieurs générations de musiciens ont été rechercher dans les tréfonds de l’espace toutes les promesses d’émancipation dont ils étaient dépossédés dans leur vie quotidienne.

Parmi les producteurs de Techno encore en activité, Jeff Mills continue à poursuivre cette quête à travers dans des champs toujours plus reculés. C’était le cas notamment en 2000, lorsqu’il composa une nouvelle BO au classique Metropolis. Un décrochage qui lui permettra de propager son utopisme au-delà des cercles restrictifs de la club culture. Après avoir déjà doublé plusieurs films du cinéaste allemand, il renoue cette année avec l’oeuvre de Fritz Lang en proposant son interprétation de “La Femme sur la lune” (1929).

CONCERT

Reggae: David Rodigan, une flamme éternelle


Le DJ anglais légendaire revient sur quelques événements marquants d’une carrière qui s’étend sur plus de 40 ans. Des premiers contretemps du ska aux récentes controverses touchant certains artistes, il offre un cours accéléré d’histoire des musiques jamaïcaines.

Quand est-ce que vous avez commencé à vous intéresser aux musiques jamaïcaines ?

David Rodigan: Comment beaucoup de monde, je suis tombé amoureux des musiques populaires lorsque j’étais adolescent. À cet âge, la musique prend une place particulièrement importante, car elle permet de découvrir des univers que les parents ne connaissent pas. Vers le milieu des années 60, j’ai entendu pour la première fois du ska et, depuis, je n’ai jamais cessé d’être fasciné par ce rythme à contretemps. C’était quelque chose d’un peu fou, d’énergétique, quelque chose qui vous emporte grâce à son soul. On trouvait toujours des raisons pour aller danser sur cette musique. Même si je ne suis pas le plus grand danseur, j’ai toujours aimé danser et cela nous a beaucoup rapprochés socialement. En plus, durant cette période, il y a eu des changements importants dans les musiques jamaïcaines. Du Ska on est passé au Rock Steady, avant d’évoluer vers un rythme dément, le Reggae. C’est à peu près là que tout a commencé pour moi. Cela fait presque 50 ans est ma passion est restée intacte. Je suis toujours fasciné par les nouvelles formes que peut prendre ce son. Même si la qualité a un peu diminué ces dernières années, il y aura constamment de la bonne musique en provenance de Jamaïque.

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Expériences: James Ferraro, concerto pour iBach


Même s’il est difficile de distinguer s’il s’agit d’une stratégie volontaire ou d’une variante contemporaine d’art brut, la vie et l’oeuvre de James Ferraro ne manquent pas d’intriguer. Dans un premier temps, il envisageait de faire une carrière d’acteur, tout en conservant des ambitions modestes puisqu’il s’imaginait plutôt évoluer dans la gamme des soap operas. Sans avoir véritablement tenté sa chance, il se tourne finalement du côté de la musique suite à une sorte d’apparition mystique à l’écoute d’un concerto de J.-S. Bach en visitant des domaines vinicoles.

James Ferraro - Eco -Tot by Hippos In Tanks

Une anecdote passablement perchée qui correspond assez bien aux différents projets, The Skaters, 90120, Splash, Nirvana axis ou Lamborghini Crystal, que Ferraro a développé à travers son activité prolifique. À l’instar d’Eco-Tot, le résultat sonne un peu comme si Philip Glass, The Alchemist et Pascal Comelade avaient collaboré en 1991 à la réalisation d’une BO de film d’entreprise. Ça peut paraître improbable, mais, de manière assez étonnante, ça marche. Désormais reconnu comme le “Killer Nerd” de la scène expérimentale new yorkaise, il a acquis un statut mythique auprès d’une fan base toujours plus importante. Son prochain album, “Far Side Virtual’ sortira le 25.10.11 chez Hippo in Tanks.

James Ferraro - Text Bubbles by Hippos In Tanks

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Réédition: ATFA, Out of Africa


Initiée en 2006 par Brian Shimkovitz, le site Awesome Tapes From Africa fait partie des petites curiosités qu’on a toujours du plaisir à visiter. Trois ou quatre fois par mois, le New Yorkais poste une cassette dans son intégralité de groupes obscurs issus majoritairement des régions de l’ouest. Du hiplife ghanéen au blues saharien, les territoires couverts sont bigarrés et ATFA est resté au fil des années une source inaltérable de découvertes.

Shimkovitz a récemment donné une nouvelle orientation à son projet en proposant de produire des rééditions de quelques un des artistes présentés sur son site ou joués dans ses sets DJ. Le premier CD du label est “La Grande Cantatrice Malienne Vol. 3″ (1982) de la chanteuse malienne Nâ Hawa Doubia qui, à l’heure actuelle, est très populaire dans son pays.

A ce titre, et afin de clarifier l’arrière-goût de commerce douteux qui accompagne quelquefois ce type d’initiatives, ATFA affiche d’emblée une volonté d’équité. Les musiciens toucheront 50 % des revenus des ventes et Brian envisage de travailler uniquement avec des chanteurs en activité afin de leur permettre, dans le meilleur des cas, de profiter de ce regain de notoriété pour entamer des tournées en Occident.

ALBUM

  • Nâ Hawa Doumbia, “La Grande Cantatrice Malienne Vol. 3″ (Awesome Tapes From Africa), sortie le 18 octobre

Club: Dorian Concept, Wolfgang et moi


Tu as passé quelques années à Slazburg pour y étudier le piano, est-ce que tu avais l’intention de devenir le prochain Mozart ?

À vrai dire, cette histoire n’est pas tout à fait exacte, car j’ai vécu seulement trois ans à Salzburg pour y faire des études. Mais il s’agissait de cours en création multimédia avec une spécialisation dans l’audio. J’ai également suivi quelques cours de composition qui se sont avérés très utiles, mais l’orientation de l’école était plus orientée vers le design sonore et la production. Nous nous concentrions essentiellement sur des questions techniques et cela a largement contribué à aiguiser mon intérêt pour les musiques électroniques. Le piano, c’est quelque chose que j’ai travaillé en autodidacte durant mon adolescence. J’ai longuement cherché un professeur, mais je me suis vite rendu compte que la plupart étaient des musiciens frustrés et cela m’a poussé à apprendre par moi-même. Il m’arrive de dire que je suis un jazzman raté et que la part électronique de mon travail sert en quelque sorte de compensation. C’est en deux mots le chemin que j’ai parcouru jusqu’à aujourd’hui.

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Expériences: PSYOP, Une Anthologie


A l’occasion des célébrations du 11 Septembre, voici un petit florilège de morceaux utilisés par l’armée américaine dans le cadre de tortures psycholologiques.

‘Without the loudspeaker, we would never have conquered Germany’.
- Adolph Hitler, «Manual of German Radio», 1938

Depuis quelques années la musique, en particulier des productions populaires, a été intégrée de manière toujours plus persistant en tant qu’instruments de torture par l’armée américaine. De Panama au Moyen-Orient, ces pratiques s’inscrivent dans un programme plus vaste dénommé “Psychological Operations” dont l’objectif est d’influencer les comportements d’individus ou d’instances d’une culture étrangère.

L’étendue et l’impact de ces pratiques restent encore difficilement mesurables. Certaines initiatives, c’est le cas notamment de l’association Zero dB: Against Music Torture ou de l’ouvrage de Steve Goodman, se sont engagées à alerter l’opinion publique sur ce problème. A travers la sélection des morceaux composant « PSYOP : An Anthology »*, il est possible de revenir sur les diverses procédures qui permettent de transformer une simple comptine en un véritable supplice.

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Mixtape: Not Not Fun, les petites bulles de LA


De l’agitation hardcore de No Age aux résurrections de Stones Throw, en passant par les expéditions cosmiques de Flying Lotus ou africaines de Fool’s Gold, les productions en provenance de Los Angeles semblent s’être singulièrement débridées depuis le tournant du millénaire. Cette floraison a contribué à attirer une nouvelle génération de musiciens dans la Cité de Quartz.

Récemment, le label Not Not Fun s’est profilé comme un label particulièrement grâce à un catalogue syncrétique qui délaye les références populaires 90’s, le psychédélisme et le drone dans des bains aux tonalités corrosives et pétillantes. D’ailleurs, Amanda Brown, membre de LA Vampires et co-fondatrice du label avec Britt, relève la nature minérale du label en promouvant ce qu’elle nomme la “Pellegrino dance”.

Les deux fondatrices manient avec brio l’art des descriptions imagées. Les productions de Ducktails sont par exemple décrites comme “des palmiers en plastique, des scènes de plages dans des boules à neige (…). Des arcs-en-ciel de muzak psych-pop lors de tours imaginaires en hélicoptère au-dessus de lagons de crystal et des chutes d’eau perdues“.

- Télécharger la mixtape Not Not Fun

Maria Minerva, Lovecool, “Cabaret Cixous” (Not Not Fun) 2011

Maria Minerva - Lovecool from Not Not Fun on Vimeo.

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Mixtape: Jonti, electronique ludique


Distribués dans un premier temps par le biais d’un podcast sur le site de Stones Throw, Jonti a décidé d’offrir les 13 titres composant “Sine & Moon” sous la forme d’une mixtape. Afin de nous faire découvrir pleinement son univers, le producteur et multiinstrumentaliste a poussé la finesse jusqu’à utiliser son tout premier morceau en guise qu’introduction.

Après quelques collaborations avec Mark Ronson, Santigold, Sean Lennon ou les Dap-Kings, nul doute que cet avant-goût convaincant saura réveiller un intérêt certain avant la sortie de son premier album, “Twirligig”, prévue pour l’automne prochain.

De Madlib à Stereolab, en passant par les Beach Boys les références musicales sont passablement hétéroclites. Mais Jonti avoue une certaine connivence avec le travail de Norman McLaren. Selon lui, les films du réalisateur sont complexes tout en restant amusant. On peut ressentir un certain enthousiasme dans l’approche des techniques et des expérimentations. J’essaie de faire de la pop avec le même type d’enthousiasme”.

Télécharger: Jonti, “Sine And Moon Mix” (2011)

Jonti, Firework Spraying Moon

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Reggae: Dub Vendor, coups de chaleur historiques


L’année 1976 à Londres a largement été marquée par la chaleur et la sécheresse exceptionnelles qui ont provoqué la plus grande canicule de l’histoire britannique. Saisi par cette moiteur inhabituelle, le carnaval de Notting Hill se termine par une énorme émeute suite à une altercation entre des jeunes locaux et des policiers. L’événement, souvent dénommé “Ladbroke Grove Riot”, fera plus de 200 blessés. Parmi les protestataires, on retrouve Joe Strummer et Paul Simonon qui traduiront cet épisode dans White Riot qui invite les jeunes blancs à trouver, tout comme les afro-britannique, une cause commune à leur rébellion. Cette même année, le mouvement punk atteint son apogée, transformant les aspirations musicales situationnistes de McLaren en un véritable phénomène de masse.

C’est dans ce contexte que John MacGillivray et Chris Lane commencent l’épopée Dub Vendor en tenant, tous les samedis, un stand dans un marché de Clapham Junction puis, une année plus tard, en ouvrant leur premier magasin à Peckham. Très vite reconnus comme des spécialistes en matière d’imports jamaïcains, ils proposent très tôt un service de vente par correspondance qui s’imposera comme une référence incontournable. Le duo inaugure Dub Vendor Record Shack sur Ladbroke Grove, lance le label Fashion Records qui connaît d’emblée un très large succès, avant que John, désormais seul aux commandes, installe une autre branche à Clapham Junction en 1982.

Smiley Culture, Police Officer (1984)

Du roots au dancehall, Dub Vendor a évolué au fil des changements rapides des musiques jamaïcaines, produisant dans le même temps un grand nombre d’artistes du cru. En particulier, les hits Cockney Translation et Police Officer de Smiley Culture, deux titres historiques qui sont à l’origine de la scène ragga britannique. À noter que la mort suspecte du chanteur il y a quelques mois, il se serait suicidé lors d’une descente de police à son domicile, a suscité une telle émotion que le cas s’est transformé en un véritable mouvement à l’encontre des violences policières.

Malgré la fermeture de la branche du mythique Record Shack en 2008, Dub Vendor a su conserver son statut de référence 35 ans après sa création. Toutefois, cette année de commémoration a bien failli être rattrapée par l’actualité. En effet, de nombreux magasins de Clapham Junction ont subi des dommages très importants lors de la première nuit des émeutes londoniennes. A la différence de PIAS Distribution, les flammes qui ont ravagé le local adjacent sur Lavender Hill ont miraculeusement épargné le temple du reggae, les dégâts étant minimes. On a vraiment eu chaud et il ne fait aucun doute que la soirée d’anniversaire agendée le 2 septembre aura une saveur toute particulière.

RIP: Joe Arroyo, légende de la salsa


Joe Arroyo, l’une des figures les plus célébrées de la musique colombienne, est décédé à Barranquilla des suites d’une défaillance multifonctionnelle à l’âge de 55 ans.

Cette nouvelle a largement ébranlé le pays et deux jours de deuil national ont été décrétés afin de rendre hommage au chanteur qui avait débuté sa carrière dans des lupanars de Carthagène alors qu’il était encore prépubère. Issu d’une famille de 39 enfants, la musique s’est très vite présentée comme un moyen pour gagner sa vie de manière autonome.

Dans les années 70, il rejoint le groupe Fruko y Sus Tesos, avec qui il tourne dans les circuits salsa d’Amérique du Nord avant de lancer son propre projet, La Verdad, en 1981.Il s’est ainsi retrouvé aux avant-postes lorsque la salsa commençait à toucher des audiences toujours plus larges à travers le monde. Les tournées s’enchaînent à un rythme soutenu, Joe Arroyo y La Verdad jouant près de 200 concerts par année.

Au fil des années, il avait développé son genre, le Joesón, dans lequel le cumbia et le porro étaient relevés avec des influences aussi diverses que le zouk, le merengue ou le reggae. Son morceau “Rebelión”, qui relate un épisode de la traite négrière, était devenu l’étendard de son discours socialement engagé.

La santé d’El Joe a toujours été largement précarisée par sa dépendance aux drogues et il avait déjà frôlé la mort il y a une vingtaine d’années suite à une infection de le thyroïde. Des milliers de personnes se sont pressées dans une ambiance festive lors de son enterrement le 27 juillet dernier à Barranquilla.

Hip-hop: Pigeon John, l’air de rien


Les sourcils en circonflexes et l’air espiègle, John Kenneth Dunkin est à l’image du personnage dont il narre les péripéties dans des albums aux noms explicites, comme « Pigeon John Is Dating Your Sister » ou « Pigeon John Sings the Blues ». Avec « Dragon Slayer », on aurait plutôt quelque chose du type, Pigeon John s’initie à l’art de l’orchestration. En effet, après un premier essait particulièrement convaincant avec sur le titre Before We’re Gone, le rapper de Los Angeles était d’autant plus enthousiaste à déléguer l’intégralité de la production de son album à Hervé. « Jusque-là, j’avais toujours composé mes morceaux moi-même à l’aide d’un échantillonneur, » précise-t-il.

A ce titre, j’ai toujours considéré que le fait de rechercher une boucle sur un disque constitue déjà une forme d’écriture musicale. Du même coup, mon principal instrument c’est mon oreille. C’était donc une expérience magnifique d’entendre les petites mélodies qui traînaient dans le fond de ma tête de prendre forme de cette façon ». Certains titres, comme le bien nommé The Bomb, s’inspirent de l’énergie de Chuck Berry. De manière générale, l’album évoque une version hip-hop de l’insouciance californienne des années 50 et se présente comme un antidote à la morosité. « Brian Wilson, les belles voitures,les jolies filles…. Avec moi ce n’est pas la peine d’aller chercher plus loin », lance-t-il pour exprimer ça vision du hip-hop.

“D’ailleurs, je ne sais pas ce qui rend la côte ouest tellement particulière. Est-ce à cause du climat ? de l’herbe ? des femmes ? Même si j’essaie de faire du Mobb Deep, ça sortira toujours de manière totalement différente.” Une des raisons de ce décalage résulte peut-être également de règles de courtoisie qui ont guidé le parcours de Pigeon John dans l’univers du hip-hop. Après des débuts dans des circuits de groupes chrétiens, il a fréquenté assidûment les soirées du Good Life Café de Los Angeles durant lesquelles il était interdit de jurer ou d’utiliser des formules dégradantes. Même si c’est là que Jurassic 5 et les Black Eyed Peas ont débuté, John reconnaît que ce « n’était pas vraiment la meilleure manière pour faire partie des cool kids dans la cour d’école. » Ce statut de nerd l’a cependant aidé à trouver et assumer ce style singulier qui le démarque de tous les rappers de sa génération.

Extrait d’un article paru dans le magazine Vibrations n° 133 (avril 2011)

CONCERTS

  • 02.07.11 St-Denis de Gastines / Festival Au Foin De La Rue
  • 06.07.11 Paris / La Plage de Glaz’art
  • 07.07.11 Dijon / Festival Dièse
  • 08.07.11 Mulhouse / Bêtes de Scène
  • 09.07.11 Coutras / Festival Confluences
  • 10.07.11 Payzac / Les Quartiers De Lune
  • 16.07.11 Tarnos / Les Océaniques
  • 20.07.11 Arles / Les Escales Du Cargo
  • 21.07.11 Port Grimaud / Plage De Rock
  • 22.07.11 Nyon / Paléo Festival

Pigeon John, The Bomb, “Dragon Slayer” (2010)

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Brésil: Pernambuco, l’autre vague psychédélique


Une compilation revient sur la période psychédélique brésilienne, plus particulièrement à Pernambuco, un état situé dans le Nordeste dont la principale ville est Recife. L’influence des migrations diasporiques a toujours été très présente dans le paysage culturel. Ce n’est peut-être pas une coïncidence si les deux figures majeures du mouvement tropicalisent Caetano Veloso et Gilberto Gil est originaire de Bahia.

Il n’est par conséquent pas surprenant que l’état voisin de Pernambuco vive également sa révolution psychédélique. Vers la fin des années 60 et le début des années 70, Zé Ramalho, Lula Côrtes & Alceu Valença ou Marconi Notaro se sont laissés emporter par la contagion révolutionnaire de cette période en teintant leur musiques de fragrances orientales ou de manipulation originale en matière de postproduction.

En prônant des paroles et des attitudes subversives, ces musiciens ont également subi de manière plus ou moins soutenue les mesures répressives du régime militaire. Lors d’un fameux épisode, Lula Côrtes & Zé Ramalho ont notamment été forcés de se réfugier dans la forêt bordant Récife pour enregistrer leur album “Paebiru”, un classique du courant psychédélique brésilien. Mr Bongo revient sur cette période avec cette vingtaine de titres qui présentent une face beaucoup moins connue du tropicalisme et qui permet surtout de rendre un bel hommage à Lula Côrtes qui est décédé en mars dernier.

Pour les personnes intéressées à découvrir l’actualité de la musique de Pernambuco, cette trilogie de podcast offre un éventail particulièrement représentatif.

COMPILATION

Lula Cortes & Zé Ramalho, “Maracas de Fogo” (1975)

» VOIR LA TRACKLIST

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Rock: WU LYF, Lucifer in the Morning


Pour leur premier album, “Go Tell Fire to the Mountain”, WU LYF (pour World Unite Lucifer Youth Foundation) a inauguré une forme originale d’autopromotion. Très peu d’images, aucune interview jusqu’à récemment, des informations vaguement lacunaires ou contradictoires, des halos de chaos mystiques et élégants, il ne fait aucun doute que l’approche originale du groupe a été particulièrement efficace pour faire monter le buzz.

À tel point que même Michel Gondry aurait contacté le groupe pour en savoir plus et même Jay-Z s’était mis à tweeter à leur sujet. Pour ajouter un peu de mystère, l’album aurait été autoproduit dans une église abandonnée, une manière de donner encore un peu plus de présence aux orgues qui traversent l’album. Il ne fait aucun doute que leur manager, Warren Bramley publicitaire de son état, a apporté une pierre stratégique cruciale à cet édifice en provenance de Manchester.

Toutefois, tout cela n’aurait certainement pas pris avec la même ampleur sans réelles qualités. Avec ces lignes de guitares mélodiques la voix contractée de Robert, c’est apparemment le nom du chanteur, WU LYF échappe difficilement aux comparaisons avec Arcade Fire. Quant à leur imagerie vaguement satanique et leur nom en acronymes, elle évoque le OFWGKTA de la bande à Tyler. Ca se présente plutôt comme un bon départ pour un groupe venu de nulle part.

CONCERTS

  • 29.06.11 Point Ephémère / Paris
  • 01.07.11 Eurockeennes Festival / Belfort
  • 02.07.11 Jazz Café / Montreux Jazz Festival

Télécharger: WU LYF, Heavy Pop (2011)

WU LYF, Dirt, “Go Tell Fire to the Mountain” (2011)

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Film: Arthur Russell, les lois du partage


Kenneth Goldsmith ne cesse décidément pas de nous surprendre à travers son site UbuWeb, le projet altruiste et révolutionnaire incontournable qu’il nourrit patiemment depuis près de 15 ans. Poésie, vidéo, musiques expérimentales, cette zone d’autonomie temporaire ne cesse de s’étoffer, offrant le catalogue le plus exhaustif du net en matière de création expérimentale. En guise d’amuse-bouche, les amateurs de musiques électroniques sauront apprécier cette vaste compilation de près de 500 morceaux mis en ligne il y a quelques jours seulement.

J’ai toujours été un collectionneur“, me confiait-il récemment à propos des motivations qui ont participé au lancement de ce projet. “Je collectionne des livres et toutes sortes de choses différentes… Je suis tout simplement un collectionneur compulsif. Internet s’est d’emblée présenté comme un moyen de partager mes collections avec d’autres personnes, de puiser dans des collections numériques privées pour en partager les contenus avec un plus large public. Si on ne peut pas partager une collection à quoi cela sert-il d’en avoir une ?

Au centre d’une telle posture, on trouve bien entendu un rejet radical en matière de droits d’auteurs. Même si cette situation génère son lot quotidien de lettre d’avocat et de boîtes de production, Kenneth reconnaît qu’il n’a jamais été poursuivi pour héberger et diffuser du matériel. La raison est très simple. “Nous ne sommes pas en train de proposer le dernier album de Lady Gaga, tous ce que nous diffusons à travers UbuWeb n’a aucune valeur financière, c’est avant tout proposé dans un but pédagogique. Qui peut bien s’intéresser à essayer de vendre une conférence de Joseph Beuys. Une fois que je leur explique ma démarche, il est rare que les gens qui me contactent décident d’engager des procédures. Au pire, je retire l’enregistrement incriminé et tout rentre dans l’ordre.”

Phil Niblock, “Arthur Russell: Terrace of Unintelligibility” (Part 1)

En vérité, c’est plutôt le phénomène inverse qui s’opère. UbuWeb est devenu à tel point incontournable que ce sont désormais les artistes eux-mêmes qui le prient de poster leurs oeuvres sur son site. C’est probablement ce qui c’est passé avec ces deux films, disponibles en DVD en série limitée avec la réédition en 2004 de l’album “World of Echo”, que Phil Niblock a réalisé sur Arthur Russel. “Terrace of Unintelligibility” (1985) et “Some Imaginary Far Away Type Things/AKA Lost in the Meshes” (1985) sont construits autour des mêmes procédés.

Dans la note accompagnant les vidéos, il est indiqué que seul le premier film est véritablement monté, l’autre se présentant plus comme une succession de rushs. Dans les deux cas, on découvre Russell, en solo, à trace à des plans très rapprochés qui tendent vers le noir en blanc. On entrevoit sporadiquement des contours de son visage et de sa bouche, avant d’être plongé dans une obscurité totale. Au milieu de ses effet de flous intimistes, la voix de Russell se dégage avec une clarté et une qualité surprenante qui accentue ces effets d’alternance entre des atmosphères apaisantes ou claustrophiques.

Quelques séquences intercalées sur ces mains rappellent et son jeu de violoncelle rappellent les prises de vues qui caractérisent également The Magic Sun (1966), le magnifique film que Niblock a consacré à Sun Ra. Aant de devenir un des pionniers en matière de compositions minmale, Niblock a longtemps été photographe de Jazz. Cela explique peut-être cette aptitude à retranscrire avec beaucoup de finesse et de profondeur les atmosphères de Russell. Goldsmith ne se trompe pas en déclarant que ces deux films constituent probablement les plus beaux reliquats audiovisuels laissés par le compositeur décédé sept ans après ces sessions.

Phil Niblock, “Arthur Russell: Terrace of Unintelligibility” (Part 2)

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Album: Thundercat, tendance solidaire


Ce n’est pas un secret, l’entourage de Flying Flotus offre un vivier dans lequel se bousculent quelques-uns des musiciens les plus talentueux et innovants de la côte ouest. Miguel Atwood-Ferguson, Daedelus, The Gaslamp Killer ont déjà largement investi la place avec leurs compositions disloquées. Au milieu de ces freak brothers cartoonesques, Stephen Bruner est resté plutôt discret.

Bassiste attitré du légendaire groupe hardcore Suicidal Tendencies, il sait également relâcher le tempo, quitte à parfois faire le grand écart. On a pu apprécier son influence au milieu des circonvolutions cosmiques de “Cosmogramma” ou sur les derniers albums d’Erikah Badu et de Shafiq Husayn.

Thundercat, Daylight (prod. Flying Lotus)

Avec “The Golden Age of Apocalypse”, il signe son premier album solo et FlyLo semble lui avoir rendu la pareille en produisant l’album sur son label Brainfeeder. Avec For Love I Come, une reprise de George Duke, et Daylight, porté par un beat de FlyLo, les deux premiers singles en circulation sont prometteurs. De plus, après avoir vu le chat sur scène, on peut s’attendre à de très belles performances.

Télécharger: Thundercat, For Love I Come

  • Thundercat, “The Golden Age of Apocalypse” (Brainfeeder), sortie le 28.08.11

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House: DJ Harvey, une vie à facettes


S’il fallait envisager le clubbing comme un grand navire, il ne fait aucun doute que DJ Harvey ferait partie des mercenaires de la timonerie aux côtés de François K ou Andrew Weatherall. Batteur dans un groupe punk à l’âge de 13 ans, il s’offre sa première paire de platines après avoir découvert le hip-hop lors d’un voyage à New York au début des années 80.

Une précocité qui lui a valu d’être considéré comme l’un des pionniers de la scène house garage en Europe, organisant des soirées dans lesquelles on retrouvait régulièrement Larry Levan avec qui il partageait une même passion pour les edits.

Largement reconnu pour les Sarcastic Disco et son label Black Cock, il a également initié un certain nombre de projets. En particulier Locussolus, à travers lequel il compose des univers syncrétiques évoquent les influences multiples qui ont jalonné une existence résolument placée sous le signe de l’hédonisme. Ce n’est donc pas un hasard si on pourra le retrouver sur la riviera cet été dans le cadre du Worldwide Festival.

ALBUM

  • Locussolus, “Locussolus” (International Feel Recordings)

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Gil Scott-Heron (1949 – 2011)


Grâce à son retour inespéré avec “I’m New Here”, Gil Scott-Heron nous avait gratifié d’un des plus beaux albums de l’an dernier, ainsi qu’une démonstration magnifique de son génie inaltéré. Nous allons revenir en détail sur la carrière du poète qui nous a quitté aujourd’hui à l’âge de 62 ans. En attendant revoici la chronique d’un concert donné en mai dernier.

L’architecture moderniste austère de L’Aula Magna de Lisbonne constitue un souvenir imposant de la dictature de Salazar. On pourrait imaginer un décor moins connoté pour accueillir un illustre pourfendeur des dérives despotiques. Casquette rivée, silhouette élancée, costume étriqué, Gil Scott-Heron débarque, seul, avec la démarche nonchalante d’un coureur de demi-fond. Avant même d’avoir prononcé le moindre mot, le public est déjà debout, honorant cette apparition longuement espérée.

Fidèle à son habitude, il entame le concert avec quelques anecdotes pleines d’esprit et de malice. Avec son talent de conteur, il revient en particulier sur les diverses contingences, généralement administratives ou juridiques, qui ont contrarié ses venues en Europe depuis plus d’une quinzaine d’années. “J’ai déjà tout eu, mais cette fois-ci, ils ont fait encore plus fort”, déclare-t-il avec éloquence, “ils m’ont balancé un nuage volcanique!”. Puis il ajoute, à propos de son retour et de l’impact médiatique occasionné par “I’m New Here” . “J’ai appris quelque chose d’essentiel sur moi-même grâce à la sortie de cet album. En vérité pendant toutes ses années, j’avais disparu! C’est incroyable, j’ignorais que je possédais un don de disparition. Je préfère vous prévenir, au cas où vous ne me verriez plus sur scène pendant le concert”. Nul doute, GSH c’est du charisme et de l’intelligence à l’état brut.

Il reste encore à voir si sa voix a conservé la finesse de son esprit. Il s’assied derrière son vieux Fender Rhodes pour entamer Blue Collar, un titre extrait de l’album “Moving Target” (1982). I been down in New York City, that ain’t no place to be down / I have been lookin’ at the faces of children, you see we’re lookin’ for higher ground /You can’t name where I ain’t been down/‘Cause there ain’t no place I ain’t been down. Si quelqu’un devait douter de l’esprit visionnaire du vieux trickster, ce titre prophétique efface tous malentendus. Un groove minimal emplit immédiatement l’espace et sa voix basse semble avoir encore gagné en profondeur, comme bonifiée par les goulées de bourbon, les bouffées de malback et quelques extras moins licites.

Ses musiciens le rejoingnent sur scène pendant le touchant “Winter in America”. On retrouve des vieux compagnons de route du “Amnesia Express” et “The Midnight Band”. Il y a Tony Duncanson au Congas, Glen Astro Turner à l’harmonica qui, pour l’occasion, a cédé sa place à une énergique pianiste, dont le nom m’a échappé, qui nous a gratifié d’un morceau jazz rock bien allumé en milieu de concert. L’absence du saxophoniste Brian Settles constituera le seul petit regret de la soirée. Peu importe, le concert décolle et nous avec. We Almost Lost Detroit, Pieces of a Man, “Be Safe, Be Free, Be Strong”, les titres s’enchaînent avec la même intensité, toujours entrecoupés par des petites histoires dont seul GSH a le secret.

C’est le cas par exemple de son interprétation rocambolesque de l’origine du mot “jazz”, à travers laquelle il introduit un “Is That Jazz” enfiévré dans lequel la pianiste se lâche corps et âme. Unique titre du dernier album, la très belle adaptation de “I’ll Take Care of You” témoigne de l’atemporalité dans son message. Un peu plus tard, il profite d’un long solo de percussion pendant “The Bootle”, pour entamer quelque pas de danse. Souriant et d’une décontraction contagieuse, tout son être laisse transparaître le bonheur que lui procure cette tournée. Après deux rappels providentiels, le public en redemande encore! Trop tard, cette fois-ci, il a bel et bien disparu.

Lire également

Gil Scott-Heron, Me And The Devil, “I’m New Here”

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Folk: Mia Doi Todd, la clique cosmique

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Cela fait près d’une dizaine d’années que Mia Doi Todd louvoie dans les circuits folk pour y professer des messages optimistes, largement empreints de reliquats de philosophie new age caractéristique de la côte californienne.Tout au long de sa carrière discrète, mais très prolifique, elle s’est rapidement profilée comme une des voix du revival cosmic de Los Angeles, ce qui l’a amené à collaborer avec des personnalités aussi inspirées, qu’inspirantes, telles que Flying Lotus, Om’mas Keith, Carlos Niño ou Miguel Atwood-Ferguson qui l’ont érigée au statut d’égérie.

Avec son neuvième album, “Cosmic Ocean Ship” elle continue cette quête à travers des voyages interstellaires ou l’exploration d’environnements naturels ou urbains. Comme c’est le cas dans “All My City”, ode à sa ville natale Los Angeles. Le rendu très lisse de ces compositions surprend d’autant plus lorsqu’on sait qu’elles ont été enregistrées en 4 jours à partir d’un enregistreur 2 pistes analogiques. Une manière de démontrer la spontanéité et le talent de cette artiste unique.

ALBUM

  • “Cosmic Ocean Ship” (City Zen Records/Virtual Label)

Mia Doi Todd, All My City, “Cosmic Ocean Ship”

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Dub: Hype Williams, la valse des fantômes


La russe Inga Copeland et le londonien Dean Blunt aime cultiver le mystère, tout en construisant depuis quelques mois un univers lo-fi vaguement psychédélique qui ne manque pas d’intriguer. “Find out what happens when people stop being polite, and start gettin reel” (de Stilj), leur premier LP sorti en fin d’année passée imposait leur compositions distendues ou fragmentées par différents extraits de dialogues, l’intégration coupures qui densifient les procédés narratifs, au point de créer des petits scénarios.

Hype Williams, Your Girl Smells Chung When She Wears Dior, “One Nation” (2011)

Le clips du duo sont tout autant minimaux et radicaux. Généralement générés grâce à l’application astucieuse du stop & motion sur des images trouvées, ils s’enlisent dans des séquences aux langueurs léthargiques. Un phrasé nonchalant et fantomatique sur des productions bidouillées, les concerts de Hype Williams s’apparentent toujours à des formes d’expérimentations qui exacerbent le caractère aléatoire de la production artistique.

Hype Williams, The sweetest taboo (Sade cover) Hype Williams-The sweetest taboo (Sade cover) by andreizato

Un cocktail de tournoiements lointains de drones, sonorités étirées ou étouffées, l’univers de Hype n’est jamais très loin des relectures claustrophobiques de Burial ou des montages de Mount Kimbie. De manière assez judicieuse le prochain EP “Kelly Price W8 Gain Vol.II” est sur le point de sortir chez Hyperdub. Quant à l’album “One Nation”, limité à 1000 copies et déjà épuisé, il est sur le point d’être réédité.

Hype Williams - One Nation by Hippos In Tanks

CONCERT

  • 29.05.11 Paris / RBMA Stage Parc de la Villette -Jardin des Iles (14H30, gratuit)

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Live: Mama Rosin, rock en stock


Mama Rosin vient déverser son énergie cajun au CCS de Paris. À découvrir absolument!

Mama Rosin continue de faire son chemin en générant toujours la même énergie contagieuse à chacune de leurs apparitions. Fait assez rare pour un groupe helvétique, le trio s’est offert le luxe d’être invité en l’espace de quelques mois à deux des rendez-vous musicaux les plus prisés de Grande-Bretagne. D’une part, en octobre passé, il prenait place dans le carrousel télévisuel de Joss Holland. Un show qui constitue certainement la référence ultime pour acquérir une légitimité sur le territoire britannique. D’autre part, vers la fin du mois juin, ils prendront part au non moins prestigieux festival de Glastonbury.

Cette mini tournée anglaise se présentait ainsi comme une excellente prise de température. Parmi ces sept dates, deux concerts étaient organisés au Slaughtered Lamb de Londres. Une petite salle, munie d’une sono bringuebalante, située dans le sous-sol d’un pub de Farringdon. Lors de la deuxième soirée, les Mama Rosin avait invité The Hipbone Slim & The Knee Tremblers, avec qui ils ont collaboré sur “Louisiana Sun”, la dernière sortie de leur label Voodoo Rythm Records.

La pochette, très didactique, raconte comment les deux groupes se sont rencontrés lors du Festival Autour du Zinc de Beauvais et se sont rapidement qu’ils partageaient une même sensibilité pour les musiques en provenance de Louisiane, au point de se retrouver ponctuellement pour faire quelques sessions de studios. Une énergie que l’on retrouve sur scène lorsque Mama Rosin enchaîne son répertoire où les morceaux de cajun, de zydeco et les valses se succèdent avec la même patine, le même entrain contagieux. Difficile de ne pas être conquis par cette débauche de générosité spontanée qui rappelle à bien des égards à la Mano Negra, à John Spencer Blues Explosion et à tous ses projets qui ont su insuffler une nouvelle vitalité à des styles traditionnels, tout en préservant leur substance, leurs entrailles.

Dans une interview accordée il y a quelques mois, il précisait comment cette inclination les a poussés à s’intéresser en particulier à la musiquqe cajun: “Nous nous sommes aperçus que cette musique, qui semble assez limitée au niveau des instruments ou des histoires évoquées, dissimule en vérité une immense richesse. Un mélange évident de musique noire et blanche, un blues très fort et des textes très directs grâce à l’usage d’un français basique. Puis toute la beauté de son évolution avec le Zydeco et le Cajun, les orchestres de string band. C’est du Texas swing chanté en Français avec la puissance d’un duo mélodéon-frottoir ! Il y a aussi une certaine rareté, car c’est très difficile de trouver des vinyles ! En ce qui nous concerne, on a surtout rapidement associé ça au blues, à la musique africaine et, pour le dire franchement, on a été fasciné par ce côté rock’n’roll!

Une ambiance rock’n'roll qui prend encore une forme plus distincte lorsque les deux groupes se retrouvent ensemble sur scène. Même s’ils semblent appréhender quelque peu cette première confrontation devant un public, et l’apport d’un contrebassiste flambant neuf, le courant passe immédiatement. Un avant-goût très prometteur du prochain Paléo festival où les Mama Rosin seront accompagnés de The Hipbone Slim & The Knee Tremblers. Mais avant cela, le trio se produira au CCS de Paris la semaine prochaine à l’occasion de la sortie française de “Black Robert” et pour de nombreuses dates durant tout l’été. A ne pas manquer!

CONCOURS

A cette occasion, nous vous offrons quelques places. Pour gagner des invitations au concert du 25.05.11 au Centre Culturel Suisse de Paris (CCS), envoyez-nous un mail à contact@vibrations.ch, en indiquant “MERCI MAMA” dans le titre et avec vos nom et prénom dans le message. Il y a 2×5 places à gagner et les gagnants seront contactés par email.

CONCERTS

  • 25.05.11 Paris / CCS
  • 02.06.11 Lausanne / Les Docks, (en ouverture de JSBX)
  • 16.06.11 Belfort / La Poudrière
  • 28.06.11 Lausanne / Festival de la cité
  • 13.07.11 La Rochelle / Francofolies
  • 21.07.11 Nyon / Paléo Festival (avec Hipbone Slim)
  • 23.07.11 Taninges / Festigrat’s
  • 06.08.11 Crozon / Festival du Bout du Monde
  • 18.08.11 Genève / Festival de la Voile
  • 20.08.11 Yvoire / Les Mouettes Guincheuses
  • 19.11.11 Lyon / Festival Nouvelle Voix

Mama Rosin ‘Le Pistolet’, dans l’émission Later… With Jools Holland (01.10.10)

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Compilation: Perou - Colombie en première classe


Au moment où les premiers coups de chaleur nous font regretter, une série de compilations offrent des éclairages très instructifs sur quelques tendances qui ont bercé certaines parties du continent tout au long des années 60 et 70. Dans le même esprit que les compilations “The Roots of Chicha”, le quatrième volume de “¡Gózalo!: Bugalú Tropical” (Vampisoul) exhume l’influence de styles tels que le mambo, le Guaracha, la descarga et, comme son nom l’indique, le boogaloo dans la culture populaire péruvienne. On y retrouve entre autres Pedro Miguel Y Sus Maracaibos et la qualité d’ensemble de ces productions témoigne que les groupes de cette période n’avaient rien à envier à ceux de la Havanne ou de New York.

Miles Cleret (Soundway) explore quant à lui l’héritage colombien avec deux sorties successives se concentrant sur des légendes de cette période. Tout d’abord, “Cartagena!: Curro Fuentes and the Big Band Cumbia and Descarga Sound of Colombia 1962-72’ propose une plongée en 19 morceaux dans l’univers du musicien décédé l’an passé. Fuentes était une personnalité incontournable de cette période. Tout d’abord, il était le fils cadet de la famille propriétaire du label Discos Fuentes, qui avait déjà été l’objet d’une compilation soundway intitulée “Colombia!”.

Toutefois, il décide très tôt de faire cavalier seul en fondant son propre label, Discos Curro. Sa grande force avait été de réussir à reproduire le son puissant et brut des concerts de cumbia dans ses studios. Grâce à son indépendance et un esprit entrepreneurial digne de Berry Gordy, il n’a pas tardé d’accumuler les hits comme des patacones, tout en participant activement aux nouvelles orientations de la musique colombienne.

Cartagena! Curro Fuentes & The Big Band Cumbia and Descarga Sound of Colombia 1962 - 1972 by Soundway

Enfin, c’est au tour de Michi Sarmiento Y Bravos de bénéficier d’un coup de projecteur rétrospectif. Michi était un enfant prodige et il n’a pas attendu longtemps pour se faire un nom dans les cabarets et les bars de Carthagène des Indes. À partir des années 50, on le retrouve dans différentes formations avant de devenir un des caïds de l’écurie Discos Fuentes. “Aqui Los Bravos!:The Best of Michi Sarmiento y su Combo Bravo 1967-77″ offre une idée de l’énergie contagieuse qui régnait durant cet âge d’or de la musique colombienne.

Aqui Los Bravos! The Best of Michi Sarmiento y su Combo Bravo 1967 - 77 by Soundway

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Hip-hop: Tyler, Sous le soleil du Creator

tyler

Avec ses débuts tonitruants grâce à “Bastard”, Tyler The Creator offrait une vitrine inespérée pour les frasques narcotiques de son crew OFWGKA (le blog de Odd Future Wolf Gang Kill Them All qui regorge de mixtaptes à télécharger) ou, plus simplement, Odd Future. Quelques vidéos plutôt écoeurantes (on vous laisse les trouver), des flows englués par des gorgées généreuses de sirop, quelques provocations sataniques, des rimes mysogines, une esthétique aussi flippante qu’un mauvais trip, les nouveaux bad boys du hip-hop ont parfaitement su choqués les bienpensants, tout en s’attirant la bienveillance de leurs aînés.

Une récente collaboration avec les Neptunes ou Lil B qui avoue être un fan, Wiz Khalifa admettant qu’il faut vraiment en avoir pour faire ce qu’ils font ou Diddy proférant qu’ils sont le futur de l’industrie musicale, tout le monde semble s’emballer pour cette frénésie adolescente. “Je viens d’avoir 20 ans, mais j’ai l’impression d’en avoir toujours 15.” Ceci excuse peut-être que Tyler reconnaissance son admiration Justin Bieber, au point de le rencontrer.

Le regard toujours aussi désespérément opaque, Tyler Okonma, reste l’incontestable leader, au point de se pavaner avec une couronne sur la tête en couverture du NME la semaine passée et d’être l’objet d’un long article paru hier dans le NYT. De manière quelque peu troublante, il adment “ressentir une tendance suicidaire. Même si l’échéance est toutefois retardée étant donné que ma vie se déroule pas trop mal en ce moment”

Dans un registre moins lugubre, le portrait de Buffalo Bill sur Goblin ne manque pas de surprendre. “C’est une photographie de lui prise à 19 ans. C’est l’âge auquel j’ai terminé mon album”, précise-t-il à propos de cette référence surprenante dans un article de Pitchfork. “Buffalo was a real nigga”. Aussi irresponsables que talentueux, il ne fait aucun doute que leur humour jackass n’a pas fini de se déverser pour faire grossir leur hype.

ALBUM

  • Tyler “Goblin” (XL Records), sortie le 10 mai

Odd Future au Woodie Awards (16.03.2011)

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Expériences: Helado Negro, sculptures tropicales


Furetant dans les mêmes univers que la chillwave bricolée de Toro Y Moi ou les extrapolations bossa-nova d’Arto Lindsay, les compositions de Helado Negro s’apparentent plus à des sculptures sonores. Roberto Carlos Lange, qui est à l’origine de ce projet solo, a d’ailleurs été passablement impliqué en matière d’installations. On lui doit notamment une pièce composée de machines à écrire qui tape dans les rythmes les paroles de The Message.

Pour son dernier album “Canta Lechuza (Sing Owl)” (en écoute intégrale) il a néanmoins choisi un mode un peu plus conventionnel en allant s’isoler dans une cabane dans le Connecticut avec son home studio. Bien qu’il se retrouve perdu milieu des US, c’est bien l’Amérique latine que ce fils d’immigrés équatoriens vise à retranscrire à travers ce projet.

Même si certaines références sont explicites, comme la reprise du classique Celia de Leo Dan, les ambiances dégagées se rapprochent de bribes sonores qu’on entendrait comme si l’on se trouvait dans un état proche de l’hibernation ou quelques part sous une étendue d’eau.

Télécharger: Helado Negro, Regresa, “Canta Lechuza (Sing Owl)” (Asthmatic Kitty), sortie le 10.05.11

Télécharger: Helado Negro, Deja

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Film: The Black Power Mixtape, 1967-1975


L’histoire des revendications afro-américaines des années 60 et 70 a déjà fait l’objet d’un certain nombre de documentaires et, après l’élection d’Obama notamment, la radicalité de cette cause tendrait facilement à se diluer dans les routines langagières de l’idéal démocratique. Ce n’est pas le moindre des qualités de “The Black Power Mixtape 1967-1975″ de rappeler l’intensité et les paradoxes de cette période cruciale pour l’évolution des questions de races aux Etats-Unis.

On y retrouve la verve et le style des grandes figures de l’époque. En particulier le charismatique Stokely Carmichael qui en 1967, avait apporté une pièce importante à la cause en écrivant l’ouvrage Black Power avec Charles V. Hamilton. C’est à lui qu’on doit l’idée de racisme institutionnel et il poursuivra son positionnement pan-africaniste radical en se réfugiant en Guinée avec son épouse de l’époque, Miriam Makeba. Bobby Seale, Huey P. Newton et Eldridge Cleaver, tous les piliers des Blacks Panthers sont aussi présents pour nous rappeler la rhétorique militariste radicale qui avait cours durant cette période.Dans une interview poignante, l’impériale Angela Davis raconte son enfance dans l’Alabama et la peur constante d’être la cible d’aggressions verbales ou physiques. À travers les différentes péripéties qui ont jalonné son inculpation, on comprend très vite l’hermétisme coupable des instances étatiques.

Cet aide-mémoire chronologique aborde également les répercussions tragiques qui ont suivi les vagues de répression. Les assassinats, l’afflux d’héroïne de nombreuses séquences témoignent, quelquefois de manière cruelle, de l’érosion progressive des espoirs et des solidarités tout au long de cette décennie capitale. La grande originalité de ce documentaire tient au fait que l’intégralité des images qui le constituent ont été produites par des journalistes rattachés à la chaîne de télévision nationale Suédoise. Ce regard externe témoigne à quel point la cause des Black Panthers connaissait un écho favorable auprès des certaines franges progressistes européennes et on ne manque pas d’être surpris par ce ton résolument partisan. Si l’ensemble du documentaire de Goran Hugo Olsson est parfaitement réalisé, il faut également noter l’excellente BO signée par Guestlove et Om’mas Keith.

Même si ces extraits télévisés sont exclusivement d’époque, le producteur de ce docuementaire, qui n’est autre que Danny Glover, a demandé à certains porte-paroles actuels de la cause afro-américaine d’émettre des commentaires. Erykah Badu, ?uestlove ou Talib Kweli, donnent ainsi des éclairages extrèmement enrichissant sur l’actualité des questions de race aux Etat-Unis. A ce titre, Talib Kweli révèle cette anectode inquiétante survenue il y a quelques mois. Peu de temps après avoir visionné un discours de Stokely Carmichael sur Internet, il a été arrêté à l’aéroport de Los Angeles par toute une troupe d’agents en costume noir qui l’ont interrogé sur les raisons de cet intérêt pour le leader subversif. Une manière de rappeler que, quarante ans plus tard, il subsiste quelques tabous au pays de la libre-expression.

FILM

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Film: Genesis Breyer P-Orridge, la mélodie du bonheur


Inaugurée le 18 octobre 1976 au ICA, une exposition intitulée “Prostitution” est rentrée dans les annales à cause du tollé qu’elle avait suscité en Grande-Bretagne. La présentation d’images pornographiques, de chaînes, de seringues ou de tampons usagés heurta à tel point les sensibilités que le centre d’art fut contraint de retirer les pièces incriminées. Un député conservateur, présent lors du vernissage, s’insurgea dans la presse people contre cet “outrage maladif, sadique, obscène et diabolique”. Des compliments s’adressaient à Genesis P-Orridge et son collectif COUM Transmissions. Une bande d’agitateurs radicaux qui poseront les jalons de la musique industrielle sous le nom de Throbbing Gristle.

Cet épisode permet de revenir sur l’inclination de P-Orridge pour la performance et l’art contemporain comme des supports pour diffuser son goût prononcé pour explorer les paliers de la déviance. Le documentaire “The Ballad Of Genesis And Lady Jaye”, réalisé par Marie Losier, revient sur le parcours d’un iconoclaste né Neil Andrew Megson en 1950, depuis son enfance à Manchester jusqu’à son projet de fusion “pandogynique” avec Lady Jaye. Alter ego et compagne, subitement décédée en 2007.

Une ballade étonnante dans le quotidien d’une personnalité baroque et subersive qui, depuis plus de 30 ans, a toujours su bousculer les principes du “bon sens” et de la morale avec une remarquable perspicacité. À noter que cette ballade offre également une occasion pour retrouver Peter “Sleazy” Christopherson décédé en novembre dernier. Parallèlement à son projet avec Coil, il était également à l’origine de TB et de Psychic TV.

Marie Losier, “The Ballad of Genesis and Lady Jaye” (2011)

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Expérience: Alice Coltrane, fragrances indiennes


La musique divine possède des vertus curatives, c’est un don de dieu qui apporte chaleur et réconfort à l’âme. Cette musique peut élever l’esprit vers une dimension supérieure d’être qui est empli de paix et de joie. La musique divine restitue le son de la vie authentique, la sagesse et la félicité. Cette musique transcende les frontières géographiques et linguistiques, les distinctions d’âge ou d’éducation. Elle pénètre profondément dans les coeurs et l’âme. Elle est sacrée comme un son glorieux infini s’infiltrant dans le tombeau du Seigneur

Peu de temps après le décès de John Coltrane, Alice a entamé une quête mystique qui l’a amené a transformé radicalement son mode de vie. Suite à une révélation, elle adopte le nom de Swamini Turiyasangitananda (du sanskrit “la chanson la plus élevée de Dieu”) et commence à suivre les préceptes du gourou Sathya Sai Baba. Ce penchant pour les puissances cosmiques fait l’objet de quelques sorties entre la fin des années 60 et les années 70 chez Impulse! et Warner.

On lui doit une dizaine d’albums, dont le classique “Journey in Satchidananda” (1970), qui transfert les explorations cosmiques dans le registre de la philosophie orientale. Une émission entière de Spaceways, le programme de Carlos Nino sur dublab, est d’ailleurs consacrée à cette période de sa vie. Sa discographie officielle s’arrête en 1983, lorsqu’elle se retire dans un ashram qu’elle contribue à fonder dans les montagnes bordant Los Angeles.

Cela ne signifie pas pour autant que son activité musicale était totalement terminée puisqu’elle a continué à enregistrer des chants de dévotion et de prières disponibles uniquement à travers le catalogue du Vedantic Center Sai Anantam Ashram. Les quatre albums, “Turiya Sings” (1982), “Divine Songs” (1987), “Infinite Chants” (1990), “Glorious Chants” (1995) ont été réalisés par Alice Coltrane durant sa retraite, jusqu’à la sortie de “Translinear Light” en 2004.

Des incantations à l’exaltation, percussions cristallines, harpes kaléidoscopiques et drones à cordes, le mix concocté par Frosty, le fondateur du site Dublab, offre un aperçu très planant de la bande-son cosmique de cette quête. Cette philosophie visionnaire est d’ailleurs aujourd’hui largement perpétuée par toute une génération néo-new-age californienne. Son fils Ravi Coltrane et son neveu Flying Lotus occupent une place particulière dans la canonisation de cette grande dame décédée en 2007.

ECOUTER

Télécharger: Frosty, Alice Ashram Tape Mix (”Save from the Fire” Series - RBMA Radio)

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Hip-hop: Shabazz Palaces, échos d’ancêtres


Des rythmes aux pulsations expansives, des poèmes déclamés sur un timbre reverbérant, le tout entrecoupé par une séquence de mbira. On ne tarde pas à être saisis par les densités spectrales qui hantent “An Echo from the Hosts That Profess Infinitum”. Ce premier single intriguant de Shabazz Palaces, dont le premier album “Black Up” est annoncé pour mai chez Sub Pop, continue de professer un discours orientalisant, largement imprégné de mysticisme.

Une atmosphère énigmatique que cultive également Ishmael “Butterfly” Butler, ex-Digable Planet et figure centrale du projet sous le nom de Palaceer Lazaro. Avec un peu de chance, “Black Up” pourrait bien être le même type d’ovnis messianique que “A Sufi and a Killer” de Gonjasufi ou de “Shafiq En A-Free-Ka” de Shafiq Husayn.

Télécharger: Shabazz Palaces, An Echo from the Hosts That Profess Infinitum, “Black Up”, 2011 (Sub Pop)

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Joy Orbison, émetteur d’ondes de chocs


Que chaque jour dévoile une nouvelle sensation musicale, c’est presque devenu anecdotique depuis l’avènement des sites de partage et des blogs. Pour certains, le fameux « buzz » part aussi vite qu’il est venu, l’histoire de quelques semaines au mieux. Joy Orbison, quant à lui, maintient ce bourdonnement depuis plus d’un an, au gré de sorties et de remixes attendus comme les premières hirondelles du printemps. Ses productions sont pourtant rares, seulement quatre maxis, mais le jeune producteur londonien provoque une onde de choc qui se ressent bien au-delà de sa chapelle dubstep, sur l’ensemble du territoire électronique.

Malgré un premier maxi tellurique sorti en 2009 chez Hotflush (dont un Hyph Mngo sélectionné par Pitchfork comme l’un des meilleurs morceaux de l’année) , Peter O’Grady de son vrai nom, n’était pour certains que « le neveu de ». En l’occurrence Ray Keith, une ancienne gloire de la jungle dans les 90’s. Sa meilleure réponse à ses détracteurs, Joy Orbison l’a apporté via des productions novatrices inspirées des rythmiques dansantes du 2-step renforcées d’un travail sur les atmosphères plutôt house.

Au moment où le dubstep s’ennuie des wobbles, ces basses assourdissantes, et s’enferme dans des ambiances trop sombres, sa déclinaison plus légère s’accorde avec l’air du temps. Le jeune prodige se produira jeudi 10 mars, à la Machine du Moulin Rouge à Paris. Il figure à l’affiche de la soirée parisienne aux côtés de Lone (Magic Wire Recordings), Boxcutter (Planet Mu/Hotflush) et Max Cooper (Traum).

Par Damien Baumal

CONCERT

  • 10.04.11 Moulin Rouge / Paris

Joy Orbison, Wade In radio snippet, (Hotflush)

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Brésil: Ô Abre Alas


Comme chaque année, le carnaval de Rio marque le climax de la frénésie qui touche le Brésil pendant cette période où tout coule à flot. Musiques, boissons et liquidités, le carnaval faisant affluer près de 900 millions de dollars dans la ville.

Parallèlement à la partie officielle se déroulant au Sambodromo, où les 12 grandes écoles de samba rivalisent pour obtenir le titre de championne du carnaval, l’énergie est avant tout concentrée dans les rues grâce aux blocos de carnaval. A savoir, les groupes qui organisent des parades avant le carnaval dans les différents quartiers de la ville, drainant aux rythmes de vieilles sambas la majorité des quelques 800′000 fêtards. Après une baisse d’intérêt des durant les années 90, en grande partie due aux violences souvent associées à ses parades, une nouvelle génération de Cariocas semble avoir redonner un second souffle à cette tradition. Certains risquent d’être particulièrement épuisés après avoir été contraints de rattraper les outrages causés par l’énorme incendie qui a ravagé le mois dernier les entrepôts dans lesquels la plupart des chars étaient stationnés.

Même s’il ne traite pas exclusivement des sambas percussives et des clichés carnavalesques, cet excellent article de Boebis dans la revue Interlignage offre une survol très instructif de l’histoire de la musique brésilienne. On y apprend notamment que “les premiers carnavals brésiliens ont lieu en 1840. Ils n’avaient au départ aucun lien avec la samba ; on y jouait des polkas et des valses. C’est seulement à la fin du XIXe siècle avec les migrations d’esclaves bahianais affranchis vers Rio que les percussions font leur entrée.“. Composée en 1899 par Chiquinha Gonzaga, Ô Abre Alas est à ce titre reconnue comme étant le premier morceau écrit spécifiquement pour le carnaval. Les deux parties de ce texte sont accompagnée d’une sélection de titres qui, des choros du début du XXe siècle au bailé funk, couvre un spectre très large des courants qui ont traversé le pays.

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Portico Quartet: fusion communautaire


Les quatres jeunes Londoniens du Portico Quartet continue a dispenser leur jazz ascensionnel aux quatre coins du globe. Leur premier album, “Knee-Deep in the North See”, fait l’objet d’une réédition française et ils se produiront lors de cette édition du Cully Jazz Festival

Sous la véranda lumineuse, quelques bouteilles résiduelles parsemant une longue table conviviale trahissent une soirée bien animée.« C’était notre première soirée à Londres après plusieurs semaines de tournée, justifie Jack en préparant une solution effervescente, on avait vraiment hâte de pouvoir retrouver nos amis ». Cela fait plusieurs années que Jack Wyllie (saxophone), Duncan Bellamy (batterie), Milo Fitzpatrick (contrebasse) et Nick Mulvey (hang et percussions) vivent sous le même toit.

Au-delà des fêtes, que l’on devine très animées, cette promiscuité a largement participé à forger l’amitié fraternelle qui a toujours porté le groupe, en particulier leur motivation à se produire dans les rues. « Pendant plusieurs mois, nous jouions chaque samedi après-midi aux abords du National Theatre. C’était un peu comme d’enchaîner 5 à 6 concerts à la suite et cela nous a donné beaucoup de liberté pour explorer devant un public ».

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Livre: Vocoder, une histoire secrète du XXe siècle


Quel est le point commun entre Alexandre Soljenitsyne et les Daleks de Dr Who, Winston Churchill et le Pack Jam’s des Jonzun Crew ou encore Joseph Staline et Milli Vanilli ? Le journaliste Dave Tompkins répond à la question dans un livre au titre crypté

Du discours politique à la rengaine disco, ils ont tous eu recours à un moment ou l’autre à un vocodeur pour diffuser leurs messages. C’est en grande partie ces relations insoupçonnées que Dave Tompkins s’est employé à relever dans son ouvrage “How to Wreck a Nice Beach : The Vocoder from World War II to Hip-hop“. Bien avant de permettre aux chanteurs d’avoir une voix machinique, le vocodeur répondait à des finalités beaucoup plus prosaïques. Lancée sur le marché en 1939 par la firme AT&T, cette technologie de synthèse vocale visait à optimiser les conversations téléphoniques. En partie pour réduire le coût des appels longue distance, mais surtout pour offrir un mode de télécommunications suffisamment cryptées, le nom est une contraction de voice coder, pour ne pas être interceptées par les forces ennemies.

Invité par le magazine Wire pour faire une conférence au mythique Café Oto de Dalston, une foule compacte s’est déplacée pour suivre ce cours magistral d’histoire contemporaine. Sourcils fournis et la répartie aussi précise que son écriture, il impose d’emblée le style fresh qui colle à son sujet fondamentalement oblique. En s’appuyant sur de nombreuses sources sonores et visuelles, le journaliste américain fait ressurgir toute une pluralité de voix synthétiques qui nous permettent de porter un regard rafraîchissant sur des courants plutôt obscurs du XXe siècle. L’origine de cette nouvelle forme d’élocution découle du désir de pouvoir réduire, et recomposer, la parole à ses composants élémentaires. Cette voix robotique triturée était qualifiée comme une “distorsion acceptable pour assurer la sécurité” par un des ingénieurs à l’origine du projet.

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Dubsteb: James Blake, basses fréquences acidulées


Le propre du dubstep, en tous les cas ce qui a participé à son essor, aura certainement été sa porosité vis-à-vis de genres musicaux très différents. Le reggae, bien sûr, mais aussi la trance, la house ou les musiques expérimentales, tout peut potentiellement être dilué dans cette potion de basses fréquences. Dans le domaine, James Blake amène une touche lyrique et dépouillée qui s’éloigne des ambiances enfumées et pesantes qui définissaient le genre initialement.

Après une formation académique de pianiste, ce londonien de 22 ans s’est peu à peu fait connaître grâce à une série de EP, ainsi que ses collaborations sur scène avec Mount Kimbie. Tout comme le duo, ou comme Burial, Blake approche le dubstep en attachant une attention particulière dépecer les sons afin d’en extraire des textures raffinées. Déjà repéré avant son EP Klavierwerke (2010), notamment par Gilles Petterson, il acquiert une reconnaissance plus large grâce à sa reprise entêtante des quelques du “The Limit to Your Love” de Feist.

Avec la sortie imminente de son premier album éponyme, dans lequel on retrouve également Mount Kimbie, Blawan, Klaus, Catherine Okada et The Tallest Earth Man On Earth, il ne fait aucun doute que 2011 va constituer une année charnière pour le musicien et son label R&S Records.

ALBUM

  • James Blake, “James Blake” (R&S Records), sortie le 07.02.11

James Blake, The Wilhelm Scream (2011)

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Expérience: The Dirtbombs, il était une fois Detroit


Dans le registre des commémorations, 2011 marque un anniversaire particulier pour les musiques électroniques. En effet, il y a 30 ans trois lycéens de Detroit, Paul Lesley, Roderick Simpson, Sterling Jones qui devaient par la suite être retenus sous le nom de A Number Of Names, produisaient un premier, et unique, morceau qui est reconnu comme le jalon initial de l’ère Techno. Ceci en grande partie grâce à un repressage du titre en 2001.

Sharevari était largement inspiré par les pratiques de DJ’s de cette période, notamment en intégrant des effets de superpositions donnant l’impression que deux disques étaient joués simultanément. Le morceau s’insérait parfaitement dans l’attirance des clubs de Detroit pour reproduire le glamour sophistiqué des productions européennes de Moroder, de Kraftwerk ou de la new wave. Une ambiance particulièrement bien retranscrite dans le programme TV The Scene, qui participera à populariser le morceau.

Également originaire de Detroit, The Dirtbombs revisite cet héritage à travers leur nouvel album “Party Store”. En rejouant avec des instruments les beats et les boucles originellement produits avec des ordinateurs, ils se rapprochent des ambiances qui rappellent Liquid Liquid ou ESG. Parallèlement au séminal Sharevari, on retrouve également des reprises du Good Life de Kevin Saunderson ou du Jaguar de DJ Rolando ou de Carl Craig.

ALBUM

The Dirtbombs - Jaguar (Ectomorph Remix) by ScionAV

The Dirtbombs, Sharevari, “Party Store” (2011)

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Exposition: EUROPUNK, la révolution graphique


Illustration: “Asphalt Jungle” (Skydog Records) par Loulou Picasso

EUROPUNK présente une sélection d’objets qui, d’une manière ou d’une autre, cristallisent le zeitgeist du mouvement punk européen

Dans la culture anglophone, les qualités esthétiques et culturelles des mods, punks et autres gothiques sont depuis longtemps des indicateurs indispensables dès qu’on traite des mutations touchant les franges juvéniles.Dès le milieu des années 70, une génération de jeunes sociologues, rattachés au CCCS de Birmingham, posaient les jalons de ce qui allait devenir les cultural studies. A l’origine, leurs travaux visaient essentiellement à démystifier des pratiques sociales qui tendaient à être de plus en plus fréquemment stigmatisées, voire même diabolisées, par les médias et l’opinion publique.

Posée sommairement, la fonction des sous-cultures visait avant tout à compenser des lacunes ou à résoudre certaines contradictions héritées de la génération précédente. Ces diverses formes de rituels se présentaient comme des réponses pour gagner de l’espace, se construire une relative autonomie. Les musiques populaires, ainsi que les différents lieux, les médias et les vêtements qui leur étaient associés, devenaient des marqueurs privilégier pour affirmer des identités et des styles de vie alternatifs et spectaculaires.

Plus de trente ans après son apogée, les procédures de canonisation des formes d’expressions propres aux sous-cultures semblent timidement se mettre en place dans le monde francophone. Par exemple, il aura fallu plus de trente ans pour que l’étude sémiologique de Dick Hebdige sur le mouvement punk, “Subculture: The Meaning of Style”, fasse enfin l’objet d’une traduction.

Cet univers constitue le thème d’”EUROPUNK, la culture visuelle punk en Europe, 1976-1980″, une exposition proposée par Éric de Chassey et Fabrice Stroun à la Villa Médicis de Rome. Cette exploration des franges indignes de l’histoire de l’art, permet de (re)découvrir notamment l’approche radicale des membres légendaires Bazooka. Portés par un goût pour la subversion hérité du situationnisme, les membres de ce collectif parisiens ont hardiment sabordé les normes et les conventions graphiques de cette période.

De Actuel à Metal Hurlant, en passant par des pochettes pour Elvis Costello ou Starshooter, on retrouve leurs collages DIY dans une bonne partie de la presse alternative française de la deuxième moitié des années 70. Leur sens de l’activisme proche du commando a pris une dimension particulière en 1977. Suite à une requête de Serge July, Bazooka avait été convié à réorganiser à leur guise le contenu du journal avant que les épreuves ne partent à l’impression.

EXPOSITION

  • Villa Médicis / Rome du 21 janvier au 20 mars 2011
  • Mamco / Genève du 8 juin au 18 septembre.

SITES

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Expérience: Girl Talk, l’ordinateur en sueur


En offrant une nouvelle série de mashups avec “All Day”, Girl Talk mettait un terme à une décennie décisive en matière de propriétés intellectuelles et de droits d’auteurs

Le 15 novembre dernier, le label Illegal Records marquait un grand coup en offrant “All Day”, le cinquième album de Gregg Gillis, aka Girl Talk, en téléchargement gratuit. Assailli par des dizaines de milliers de fans, leur serveur a même fini par crashé, amplifiant encore un peu plus la légende du producteur de Pittsburgh dans les différentes arcanes du Web 2.0. Une reconnaissance telle que la ville de Pennsylvanie, où batifolait également le jeune Andy Warhol, a même décrété le 7 décembre comme étant le “Gregg Gillis Day”.

Une manière involontaire de nous rappeler le Grey Tuesday, lorsque The Grey Album de Danger Mouse avait été mis en ligne par des centaines de fans à travers le monde suite à son interdiction par EMI. C’était le 24 février 2004 et grâce à cette combinaison de la voix du rapper de Marcy et des mélodies des icônes de Liverpool, le grand public découvrait les nivellements apportés à la pop music par les bootlegs et autres mashups. De plus, l’abandon des poursuites judiciaires par les maisons de disques avait officieusement contribué à la reconnaissance de pratiques déjà exploitées depuis quelques années à travers les remixes ou les versions.

Un mashup consiste à utiliser deux, ou plusieurs morceaux, afin de composer un morceau inédit. Le vieux et l’actuel, le kitsch et le sérieux, le riffs et les kicks, le folk, le hip-hop, la house, etc., peu importe les époques ou les genres, tout est potentiellement apte à être combiné afin d’offrir de nouvelles directions esthétiques. Tournant définitivement le dos à quelques idéaux artistiques telles que l’authenticité ou l’unicité, Girl Talk est probablement le personnage le plus emblématique de cette tendance. Chacun de ses albums ou de ses lives est ainsi submergé par des essaims d’extraits, “All Day” en compte 373 au total, qui se fondent et s’entrechoquent les uns avec les autres avec un entrain frénétique.

AIMER TOUT, A PRIORI

De plus, pour parfaire ce plaisir échangiste, il opère ces citations en toute illégalité, mettant le doigt sur les problèmes de désynchronisations qui touchent l’industrie musicale à l’ère de la reproductivité numérique. En effet, dans “Good Copy Bad Copy“, il explique que cela prendrait tellement de temps et d’argent pour obtenir les droits sur tous les morceaux, que cela rendait l’opération totalement impossible. Plutôt que de se sentir brider face à toutes ces tracasseries, Gillis a choisi un credo très simple: “Rien à cirer”.

A l’écoute de ces cultes du syncrétisme et de la transpiration, on peine à imaginer que c’est dans les atmosphères flegmatiques de la musique expérimentale et bruitiste que Gregg Gillis a fait ses premiers pas. Comme il l’explique dans un article du New York Times, il s’est peu à peu ouvert en suivant un principe du type. “Plutôt que de partir que je n’aime pas a priori, j’ai préféré partir du principe que j’aimais tout, jusqu’au moment où je suis convaincu que non“. Devenant en quelque sorte fan de toutes les musiques, il s’est engagé à traduire cette curiosité gourmande à travers ces productions “Je me suis simplement dit que si tout cela pouvait partager le même toit, ça pourrait donner une pagaille plutôt intéressante“.

Collecter, échantillonner, combiner, archiver, etc. les nouveaux logiciels lui ont permis de transformer l’art du sampling en une véritable procédure scientifique. Le résultat est plus que satisfaisant, en particulier lors de ses performances live qui semblent tendre vers une sorte de climax perpétuel. Tel un nerd sorti de sa boîte, les exultations de Gillis parviennent même à donner à l’ordinateur une aura toute rock’n'roll. Décidement, quelque chose a bel et bien changé durant cette décennie…

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Club: Chase & Status, une réalité augmentée


En décembre dernier, une vidéo créait un buzz conséquent sur Internet. On peut y suivre les pérégrinations d’un groupe de jeunes mancuniens dans une rave party au début des années 90. Grâce à un style home video très réaliste, on est rapidement plongé dans l’authenticité de ces fêtards à l’accent tranché au point de se laisser emporter par quelques remontées d’empathie.

La préparation du matos, les coups de fil agités, les virées en voitures, la communion extatique et quelques grincements de dents dans les brumes matinales, on ne manque pas d’être impressionné par l’éventail et la précision des détails de ces escapades historiques. Pour un peu, on ne prête pas vraiment attention à la superposition d’une bande-son aux relents d’acid-house quelque peu anachronique.

Le titre du morceau, intitulé “Blind Faith” de Chase & Status avec Liam Bailey, donne pourtant un indice de lecture précieux. En effet, ce que l’on prend aveuglément comme une vidéo d’époque authentique consiste en réalité en une reconstitution parfaitement orchestrée par Daniel Wolfe. Le réalisateur et son équipe avaient déjà démontré un certain talent pour les faux-semblants accompagnant Life Goes Down de Plan B. Avec cette recomposition plus intimiste et confondante, ils atteignent encore un niveau de perfection supplémentaire.

Chase & Status, Blind Faith, feat. Liam Bailey (Dir. Daniel Wolfe)

Chase & Status ‘Blind Faith’ Directors Cut from Trim Editing on Vimeo.

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Expérience: Pierre Schaeffer, une réflexion visionnaire


Photo: Pierre Schaeffer au GRM (1967), Laszlo Ruszka ©ina

“En rencontrant Pierre Schaeffer, j’ai eu immédiatement le sentiment d’avoir trouvé ce que serait le sens de ma vie de musicien: l’excitation toujours intacte de fabriquer des objets sonores que ce soit devant un magnétophone, avec de la bande magnétique, des ciseaux et du scotch, devant un synthétiseur analogique ou enfin devant un ordinateur aujourd’hui, grâce aux logiciels numériques”. C’est ainsi que que Jean-Michel Jarre évoque l’influence décisive de Schaeffer alors qu’il suivait des cours au GRM (Groupe de Recherches Musicales) au tournant des années 60.

En prônant une approche expérimentale de la musique fondée avant tout sur les sons, les objets sonores, plutôt que sur les notes ou les harmonies, il a participé de manière décisive à faire concorder l’expérience musicale avec les avancées technologiques de son temps. À ce titre, c’est en grande partie grâce à des différents mandats au sein des départements de recherche des services de radio et de télédiffusion que Schaeffer peut opérer ses manipulations hors-norme de la matière sonore. C’est là notammentqu’il développe certains outils inédits par exemple le loop qui avec l’avènement des techniques d’échantillonnage dans les musiques populaires.

Pour fêter le 100e anniversaire de sa naissance, les Disques Dreyfus ont édité un vinyle en série limitée. Grâce à “5 études de bruits” (1948) et « Études d’objets” (1956), cet hommage offre un aperçu synthétique des origines de la musique concrète. A savoir, cette aptitude à créer de la musique avec n’importe quel son. Les énoncés scientifiques des morceaux, du séminal Études aux chemins de fer aux Objets rassemblés, témoignent de cette mise à distance des normes de la tradition musicale.

Une belle manière de relever l’influence déterminante que les visions du père de la musique concrète a pu avoir dans l’histoire de la musique électronique. En effet, comme le souligne Jean-Michel Jarre, “de Pierre Henry à Daft Punk, de Pink Floyd à Aphex Twin, de tous les styles de compositions contemporaines au travail des DJ’s, la musique telle qu’on la conçoit aujourd’hui n’existerait pas sans l’extraordinaire réflexion visionnaire de Schaeffer”.

ALBUM

  • Pierre Schaeffer, “5 études de bruits 5 études aux objets” (Disques Dreyfus)

Pierre Schaeffer, “etude aux chemins de fer” (1948)

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Expérience: Chris Strachwitz, Arhoolie fête ses 50 ans


Du jazz traditionnel au hillbilly, en passant par le gospel le cajun ou le blues, Chris Strachwitz s’est découvert une passion pour diverses formes de musiques vernaculaires américaines alors qu’il n’était encore qu’un adolescent tout juste débarqué d’Allemagne après la guerre. “Ces rythmes me hantaient” déclare-t-il à ce propos de ce choc esthétique. “J’avais entendu toutes ces productions à la radio qui m’avaient littéralement renversé. Je me suis dit que c’était les plus belles choses que je n’avais jamais entendues ”. Il entama aussitôt sa collection frénétique de 78t et commença à vouer une admiration sans limites au guitariste Lightnin’ Hopkins.

Pendant les années 60, deux voyages dans les sud des États-Unis vont constituer des étapes importantes pour le regain d’intérêt en matière de blues et de folk durant cette période. C’est dans un esprit de sauvegarde et de connaissance du patrimoine que le label a été inauguré en 1960 grâce à la sortie du “Texas Sharecropper and Songster” de Mance Lipscomb, suivi aussitôt par le “Tough Times” de Big Joe Williams. Par la suite le duo Strachwitz-Oliver continua à faire des expéditions, principalement au Texas, dans le Mississippi et en Louisiane, pour enregistrer les musiciens dans leurs environnements familiers.

Strachwitz collaborait fréquemment avec des historiens et des ethnomusicologues, en particulier Paul Oliver et Mack McCormick, qui s’activaient à retracer les origines de ces différents courants musicaux. À l’aide d’enregistrements, d’interviews et de photographies, ils vont permettre la découverte de musiciens qui deviendront des influences marquantes. Bukka White, Lightnin’ Hopkins, Lipscomb, Mississippi Fred McDowell ou encore Clifton Chenier, toute une nouvelle génération allait s’inspirer de ces compositions profondes et irrémédiablement nouées à l’histoire de leur pays. Bob Dylan, Ry Cooder, les Rolling Stones et tant d’autres reconnaissent l’impact majeur d’Arhoolie sur leur parcours.

Chris Strachwitz s’est également intéressé très tôt aux traditions musicales mexicaines et a amassé au fil des décennies une collection coquette de près de 50′000 disques qu’il a récemment légué au Chicano Studies Research Center de l’Université de Los Angeles. Une passion retranscrite également à travers le film “Chulas Fronteras” (1976) qui retrace l’histoire de la musique Norteña aux abords de la frontière entre le Mexique et les USA. On le retrouve également dans le documentaire “J’ai été au bal” (1989) sur le zydeco.

Qu’il s’agisse du label Arhoolie ou de son engagement personnel, l’influence de Chris Strachwitz pour la pérennisation des musiques vernaculaires américaines est unique. De plus, et ce n’est la moindre des qualités dans ce domaine, ce visionnaire est toujours resté un modèle d’intégrité dans son rapport avec les artistes qu’il a produit ou soutenu à travers la Arhoolie Foundation.Afin de fêter les 50 ans du label, Arhoolie va sortir un coffret de 4 CD, retraçant les principaux moments du label et accompagné d’un livret largement documenté qui sera disponible dans un premier temps sur le site du label.

Archivage des musiques mexicaines et chicano par l’UCLA

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Livre: Psychedelic Vinyls, des pochettes au goût acide


Depuis quelques années Philippe Thieyre met à profit son érudition en matière d’art psychédélique et sa vaste collection de disque à travers des expositions, des publications ou des contributions journalistiques dans Rock & Folk ou pour l’émission Alternatives sur France Inter. Cette fois-ci, il revient grâce cette impressionnante anthologie de pochettes de disques vinyles produites principalement aux États-Unis entre 1965 et 1973.

Comme le précise l’auteur, “tout bascule à partir de 1965 et surtout de 1966, année de l’ouverture de deux salles de concert mythiques à San Francisco : le Fillmore Auditorium et l’Avallon Ballroom. C’est pour ces lieux, sous l’égide de promoteurs légendaires, Bill Graham pour le premier, Chet Helms pour le second, que des graphistes sont invités à concevoir et à réaliser, avec une liberté absolue, des affiches de concerts originales et personnalisées“.

Cette floraison s’étendra logiquement à l’objet-disque dont le graphisme va se parer des circonvolutions et juxtapositions inspirées par l’expérience hallucinogène, générant esthétique dont l’influence est encore énormément présente à l’heure actuelle. C’est en tous les cas le sentiment qui prédomine lorsqu’on se plonge dans le foisonnement créatif déployé sur chacune des pages de cet ouvrage.

Au total, 1350 pochettes légendées avec mention du titre, du groupe ou du musicien, du label avec l’année de parution et le nom de l’artiste ou du graphiste. Parallèlement à cet inventaire méthodique, le livre est agrémenté d’une introduction présentant l’histoire du psychédélisme, ainsi que d’ouvertures de chapitres qui se focalisent sur les déclinaisons locales de ce courant.

Grateful Dead, Frank Zappa ou Jefferson Airplane, les grands noms balisent bien évidemment ce trip. Toutefois, même les amateurs éclairés ne manqueront pas d’être impressionnés par le fourmillement de groupes obscurs qui jalonnent l’ouvrage et qui nous plongent littéralement dans cet univers parallèle. Seul petit bémol à cette somme, des images quelquefois un peu trop petites et un layout redondant.

LIVRE

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Expérience: Tradi-Mods vs Rockers, tribalisations sans frontière


On sait à quel point la découverte des rythmes amplifiés de Konono N°1 a eu un impact particulièrement puissant sur toute une génération de musiciens, séduits par ces atmosphères de transe finement ciselées à l’aide de likembés amplifiés. Quarante ans après leurs débuts dans les faubourgs de Kinshasa, l’empreinte sonore tradi-moderne du groupe semblait en parfaite adéquation avec certaines orientations récentes, en particulier lorsqu’on touche aux relectures des musiques traditionnelles africaines, à l’usage d’instruments bricolés ou à certaines orientations en matière de drones.

En grande partie grâce à la visibilité acquise par Konono N° 1, toute une scène congolaise se faisait connaître du public occidental par le biais de la série Congotronics. Ces différents aspects prennent des tonalités particulières à travers le projet “Tradi-Mods vs Rockers” dans lequel un éventail très large d’artistes ont été invités à retravailler le répertoire de Congotronics. Vingt-six titres qui témoignent de l’engouement unanime pour cet avatar électronique en provenance d’Afrique de l’Ouest.

Qu’il s’agisse des violons aériens d’Andrew Bird ou de la techno hypnotique de Mark Ernestus, en passant par les incantations dissonantes de Shackleton ou le radicalisme formel d’Oneida, ces relectures disparates conservent une étonnante cohésion d’ensemble et participent à faire ressortir les relations entre des traditions musicales trop souvent dissociées. Loin de figer l’Afrique dans une sorte d’invariant analogique, les fusions de “Tradi-Mods vs Rockers” démontrent une fois de plus à quel point le continent à bénéficier d’une évolution synchrone en matière de prospections électroniques.

ALBUM

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  • Deerhoof vs Kasaï Allstars, Travel Broadens The Mind, “Tradi-Mods vs Rockers: Alternative Takes on Congotronics” (2010)

Konono No.1 - “YAYA MIKOLO” (live in St. Nazaire) from Crammed Discs on Vimeo.

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Art: Francis Baudevin, jouer des aires


Le Montreux Jazz Festival a mandaté l’artiste Francis Baudevin pour réaliser l’affiche de sa 45e édition. Un nombre particulièrement évocateur pour ce collectionneur de vinyles invétéré qui s’est directement inspiré de l’objet 45 tours pour composer cette oeuvre intitulée “45 éditions, 45 tours, 45 degrés”. En parallèle à ses recherches formelles sur les pochettes, Francis Baudevin opère également un renvoi sur l’histoire du festival. Cette abstraction en quatre plans géométriques faisant explicitement référence à l’affiche de Max Bill pour la 25e édition.

Francis Baudevin, en collaboration avec le journaliste Emmanuel Grandjean, officie de longue date au magazine Vibrations à travers sa rubrique un Disque par sa pochette. Chaque mois, il puise dans sa vaste collection afin de faire ressortir les innombrables associations qui s’établissent entre des musiques et leurs transcriptions graphiques. Selon lui, “la musique est avant tout une source d’information. À travers elle, je m’intéresse à certaines évolutions esthétiques et réalise que mes intuitions me guident vers des univers qui ont encore un pouvoir attractif d’inventivité. Je me tourne naturellement vers des musiques qui innovent.”

À ce titre, la chronique publiée dans la dernière édition semble également fournir quelques indices sur les origines de sa réalisation pour le MJF. Il s’agit d’une oeuvre de Roy Lichtenstein utilisée pour illustrer un enregistrement de “The Four Sections” de Steve Reich interprétée par le London Symphony orchestra. Celle-ci se présente sous la forme de quatre carrés représentant, “les quatre sections instrumentales d’un orchestre symphonique”. A savoir, un procédé graphique qui permet de distinguer facilement les cordes, les cuivres, les bois et les percussions”. L’affiche de ce 45e est moins littérale mais, certains y voyant même des trous de fromage, il semblerait que chacun pourra y trouver un air à sa mesure.

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Afrobeat: Ebo Taylor, tout vient à point


Figure emblématique du highlife ghanéen, Ebo Taylor profite de l’engouement actuel pour remettre au goût du jour les précurseurs des grooves africains. Musicien prolifique dans son pays depuis la fin des années 50, c’est surtout après un séjour à Londres que Ebo peaufine un style hybride, puisant largement dans les standards jazz. De retour au Ghana, il met à profit son expérience en tant qu’arrangeur et producteur au sein du label Essiebons et travaille également au service de musiciens locaux.

Par la suite, à partir de la fin des années 70, il sort quelques projets solos qui constituent, encore à l’heure actuelle, des références majeures dans l’histoire de l’afrobeat. Après des apparitions dans les compilations de Soundway et d’Analog Africa, ou encore un improbable sample de Usher pour son morceau She Don’t Know, c’est au tour du label Strut de sortir un nouvel album du guitariste septuagénaire.

Ebo Taylor- Love And Death by Strut

Accompagné par le collectif berlinois Afrobeat Academy, une dream team de militants issus de Poets of Rythm, de Kabu Kabu et Marijata, Ebo Taylor continue brillamment à promouvoir son catéchisme funky. Comme il le précise: “Pour le nouvel album, j’ai voulu promouvoir la cause de la musique Afrobeat. Fela l’a commencé et nous ne devrions pas juste l’abandonner. Nous devrions la pousser ainsi c’est une forme standard de musique.” Un projet qui aura demandé une certaine persévérance puisque, après plus de 60 ans de carrière, c’est la première fois qu’Ebo Taylor profite d’une diffusion internationale de son travail.

ALBUM

  • Ebo Taylor, “Love & Death” (Strut Records)

CONCERT

  • 04.02.2011 Festival Sons d’Hiver Paris France

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Radio: Radiodiffusion Internasionaal, ondes militantes


Le site Radiodiffusion Internasionaal propose un voyage fascinant dans les zones les plus obscures de la sono mondiale à travers à une présentation cartographique de sonorités oubliées, en provenance d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Inde et d’Asie. À travers son blog et sa radio, Radiodiffusion Internasionaal forme un maillage unique sur les retranscriptions locales du rock’n'roll entre 1965 et 1975. Dans un style vaguement désuet, ce projet propose ainsi un découpage par pays grâce à des titres téléchargeables, de pochettes originales et de textes d’une étonnante fécondité pour des artistes littéralement underground.

Comme le précise Stuart Ellis, un américain passionné qui officie en tant que contributeur unique à ce projet: “Il s’agit juste d’une obsession”, avoue-t-il. “J’ai toujours été le genre de mec qui donne des mixtapes bizarres que vous allez écouter certainement une seule fois”. À ce titre, Ellis relève également quelques points de convergences insoupçonnés qui se tissent entre les divers bloggers passionnés qui alimentent cette World Web Music.

Son parcours musical est à ce titre particuliérement éloquent: “Au début des années 80 et 90, j’organisais des concerts punks, je produisais un fanzine et je travaillais dans une station radio. Il y avait tout un réseau de groupes, de labels indépendants et d’organisateurs de concerts… Je pense que ce n’est pas une coïncidence si une grande partie des personnes impliquées proviennent de la scène punk.”

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Photo: Glen Friedman, beautiful losers


PHOTOS: Glen Friedman

Le photographe Glen Friedman a été un témoin privilégié de l’émergence des sous-cultures liées au skate, au punk et au rap en Californie durant les années 70 et 80. Impossible de passer à côté d’un de ses clichés dès qu’il s’agit d’évoquer les épopées de groupes tels que les Dead Kennedys, le Z-boys ou Black Flag. Tout cet univers et retranscris dans l’exposition itinérante “Fuck You All”, présentée actuellement à la galerie 941 Greary de San Francisco, qui retrace cette génération dont les codes et l’attitude désinvolte constituent des balises capitales en matière de cultures populaires. Au point d’être même l’objet d’un revival qui semble interminable.


Est-ce que cet intérêt est lié aux conditions particulières durant laquelle le D.I.Y, des premiers skates ou flyers photocopiés, s’était imposé comme des styles de survie dans un univers particulièrement hostile pour les kids issus des zones périphériques du rêve américain. Cette énergie créatrice est largement retranscrite dans les photographies en noir et blanc de Glen Friedman. Les Bad Brains, Run DMC ou les Beastie Boys, on y retrouve également de nombreux cousins de la côte ouest immortalisés lors de leur passage dans les clubs locaux. Parallèlement à ses photographies, Friedman a également été un acteur très influent au début du skateboard lorsqu’il vivait à Dogtown. Il a également été producteur, en particulier du premier album éponyme des Suicidal Tendencies. L’exposition va peut-être tourner en Europe dans le courant de l’année prochaine.

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House: Lil Louis, frime et halètement


Porté par un tempo s’essoufflant et les râles de plaisir de Shawn Christopher, le nom de Lil’ Louis restera rattaché à jamais à l’une des productions les plus orgasmiques des années 80. Avec French Kiss (1989), toute une génération était invitée à s’interroger sur les formes aguicheuses de cette esthétique synthétique en provenance de Chicago.

“Est-ce que tu aimes ?”, s’enquéraient quelques audacieux emballés, “Moi non plus”, répondaient les sceptiques, troublés par cette météorite qui, malgré ses allures languissantes, allait prendre tout le monde de vitesse. A noter que Louis Burns a également sorti un livre cette année, “A Man’s Diary” narre les tourments d’un homme à la poursuite de l’amour.

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Latin: Chicha, retour en force


A l’heure des compte-rendu de cette décennie finissante, on se souviendra certainement longtemps que les 00 auront marqué la résurgence d’une multitude de scènes et d’époques muicales. Après le succès rencontré par son premier volet sorti en 2007, Barbès records continue un peu plus loin son exploration des origines de la chica qui, jusqu’à sa redécouverte récente, était largement dénigrée.

À travers une sélection de 16 titres, “The Roots Of Chicha 2: Psychedelic Cumbias from Peru” offre s’intéresse aux variantes plus urbaines du courant. On y retrouve des groupes importants, tels que Grupo Celeste, Chacalon ou Los Destellos, qui donne une touche particulière à ce regain d’intérêt.

The Roots Of Chicha 2, Barbès Records (Streaming) The Roots Of Chicha 2 (Sampler) by pressjunkiepr

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Expériences: Audium, un espèce d’espace


Photos: Joël Vacheron

20h30, comme chaque vendredi et samedi soir depuis 35 ans, Stan Schaff surgit sur le pas de la porte et, avec le timbre d’un vieil enchanteur, invite le petit groupe d’audiophiles à pénétrer dans son antre acoustique. Après avoir passé un étroit couloir labyrinthique, on se retrouve dans un auditoire circulaire de taille moyenne, dont le plafond et entièrement constitué de speakers et de surfaces insonorisantes disposés de manière concentrique. Au coeur du cette orbite, une sorte de chaudron noir sert de foyer amplificateur autour duquel le public est invité à s’asseoir. Schaff prend place derrière le lutrin de son cockpit, et la salle est progressivement plongée dans l’obscurité totale. Il n’y a plus rien à voir, le spectacle peut commencer.


Les compositions, qui datent du début des années 70, accentuent encore un peu la désuétude de cette expérience étrange. On est loin des créations de Xenakis mais on finit par être saisi par les différentes réverbérations qui modifient notre perception de l’espace. Motifs sautillants ou longues plages de vagues déferlantes, Schaff optimise les effets de cette autorité acoustique. Même si l’Audium n’est pas un spectacle inoubliable, ce plongeon dans cet univers audiophile décalé ravive le souvenir des expérimentateurs californiens, tout en offrant une bonne manière de reconsidérer notre rapport à notre environnement acoustique.

Des premiers dioramas aux récentes découvertes en matière d’hologrammes, une bonne partie de la Modernité aura consisté à développer et à perfectionner des dispositifs toujours plus sophistiqués pour mettre en scène des expériences visuelles. Moins spectaculaire, et généralement considérée comme un sens subalterne, l’écoute n’a pas véritablement bénéficié des mêmes avancées. Même dans les lieux traditionnellement destinés à la diffusion de performances musicales, il est rare de trouver des endroits publics consacrés uniquement à la stimulation d’expériences auditives.


L’Audium, ouvert en 1975 à San Francisco, constitue à ce titre un exemple assez singulier dans ce domaine. Son créateur, le compositeur Stan Schaff, affirme d’ailleurs que son lieu est unique en son genre. La particularité de son soundsystem tient au fait qu’il peut agir de manière assez précise sur chacun des 169 haut-parleurs répartis dans un espace qui prend des formes particulière au gré de son inspiration. C’est pourquoi, plus qu’un simple auditorium ou une salle de concert, il considère son invention avant tout comme un instrument. Cette expérience immersive doit rester exclusive et Schaff n’a jamais sorti aucun disque, ni joué ses pièces autrement qu’à partir de sa propre installation sonore. L’Audium se présente comme un environnement interactif à partir duquel il est possible d’expérimenter des rapports littéralement inouïs entre le son et l’espace.

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Le pouvoir de Bob Marley

Michael Jackson ressuscité

On le croyait mort, d’autres l’ont toujours annoncé vivant, en tous les cas Jacko est de retour sous la forme d’un nouvel album sobrement intitulé “Michael”. Un des titres, Breaking News, sera très prochainement est disponible sur le site michaeljackson.com.

Expériences: Walkman, trente années de ballade


Après avoir été décrié comme un vecteur d’anomie sociale, de ruiner l’industrie discographique ou de rendre sourd, le nombre d’articles traitant de l’arrêt de la production du Walkman témoignent de l’affection portée à ce petit objet. Retour sur les origines d’une légende.

Par Joël Vacheron

En matière de musique, il n’est pas fréquent de rendre hommage à la disparition d’acteurs non humains. Bien qu’il était à peine trentenaire, on pouvait s’attendre à voir rapidement disparaître le Walkman. Compagnon privilégié, le lecteur mobile avait déjà dû affronter quelques bourrasques avec l’arrivée successive des Discmans et du Mini Disc. Il aura tout de même résisté plusieurs décennies avant de succomber au coup de grâce assené par le mp3 et les divers supports de lecture numériques.

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Hommage: Ari-Up, impératrice Punky Reggae


Photos: Joël Vacheron

Petite-fille d’un magnat de la presse allemande, belle-fille de John Lydon et rastafari de la scène punk rock, Arianna Foster incarnait plus que quiconque l’esprit impertinent de cette nouvelle caste d’aristocrates. L’amazone est décédée le 20 octobre des suites d’un cancer, elle était âgée de 48 ans.

Pas facile de trouver cette impasse étroite qui s’infiltre entre deux immeubles sur Denmark St. Le lieu de pèlerinage des amoureux de guitares qui transitent par Londres. Ari Up, la chanteuse emblématique des Slits, déboule en trombe dans l’escalier. Dreadlocks en pagaille, lunettes vintage et jupette fluorescente… Avec son accent inimitable, un mélange improbable d’allemand et de patois jamaïcain, elle ne fait pas mentir sa réputation d’impératrice punky reggae.

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Expériences: Music From Saharan Cellphones


Christopher Kirkley est un ethnomusicologue qui a passé plus de deux années en Afrique de l’Ouest avec, comme principal passe-temps, l’observation et l’enregistrement des pratiques musicales de cette région. Cette recherche lui a notamment permis de constater les transformations générées pas l’usage de plus en plus fréquent de téléphones portables.

Samsong ou Sqny, ces appareils aux noms bâtards sont importés de Chine et servent avant tout utilisés à prendre des photographies ou écouter de la musique. La fonction “téléphone” est généralement superflue, ceci d’autant plus que ces appareils sont souvent distribués dans des zones reculées qui ne disposent pas d’une couverture de réseau. Ce sont en grande partie les échanges de fichiers via bluetooth qui prédominent et le téléphone s’est largement substitué aux lecteur-cassettes comme un moyen de prédilection pour écouter de la musique.

A ce titre, Kirkley constate que “ce nouveau media place la technologie dans les mains des Africains et, dans le même temps questionne le rôle du collectionneur, du réalisateur, de l’anthropologue ou du photographe. L’Occidental qui se rendait en Afrique durant les siècles passés a toujours profité du déséquilibre technologique pour devenir la voix, le conduit”.

En facilitant l’enregistrement et la diffusion des morceaux dépourvus de support matériel, l’avènement du numérique semble modifie de manière significative ce rapport de force. A ce titre, le rêgne des cassette audio sur l’Afrique semble bientôt révolu. Un signe d’autant plus significatif à l’heure où la firme Sony annonce qu’elle va cesser la fabrication du Walkman.

Parallèlement à ces réflexions, il s’est tout de même plié aux coutumes locales en échangeant et en accumulant des mp3 sur des carte-mémoires. Du raï algérien ou Kuduro, en passant par le hip-hop, la chanson française ou le Bollywood, ces “cellphones mixtapes”, dans la lignée de Sublime Frequencies, donnent un superbe aperçu de la sono mondiale telle qu’elle est vécue dans cette région du monde. Une bonne partie de son périple est accessible sur son website intitulé Sahelsound.com.

Télécharger: Christopher Kirkley, “Music from Saharan Cellphones” (sahelsound.com) 2010

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Art: The Otolith Group, retour à Drexciya


The Otolith Group, Hydra Decapita, 2010

Figure majeure de l’afrofuturisme grâce à son ouvrage “More Brilliant Than the Sun: Adventures in Sonic Fiction” (1998), Kodwo Eshun révèle une autre facette de sa trajectoire hybridée au sein du projet artistique The Otolith Group. Aux côtés d’Anjalika Sagar, ils se sont engagés depuis une dizaine d’années dans l’exploration des potentialités de la pratique documentaire, des films d’art et d’essai, des archives postcoloniales, du modernisme urbain et des narrations de la science-fiction.

Le programme artistique syncrétique et exigeant d’Otolith Group, qui se revendique quelque part entre l’herméneutisme et l’hermétisme, est récompensé à travers leur récente nomination pour le Turner Prize. À ce titre, le film présenté renvoie à des questions que Kodwo Eshun abordait déjà il y a une dizaine d’années en tant que journaliste pour The Wire. En effet, “Hydra Decapita” se fonde sur les chroniques du légendaire duo techno Drexciya.

Illustration: Abdul Qadim Haqq

Issus de l’imagination des producteurs James Stinson et Gerald Donald, qui sera par la suite à l’origine du groupe Dopplereffekt, les Drexciyans constituent une descendance mutante et amphibienne qui se serait extraite de la voracité humaine. En effet, le projet s’inspire des récits et des peintures évoquant la traite négrière, selon lesquels il arrivait fréquemment que des mutins soient jetés vivant par-dessus bord durant leur transfert vers le Nouveau Continent.

Cependant, leur destin ne s’arrêtait pas là. La mémoire collective, afin de raviver un peu l’espoir des déportés, postulait en effet que ceux-ci avaient survécu dans le milieu aquatique. De “Drexciya 4: The Unknown Aquazone” à “Grava 4″, qui évoque l’exode vers une planète promise, les cinq albums qui composent cette saga posent chacun les jalons d’un mythe de l’Atlantide Noire. Outre la force narrative des compositions et leurs titres évocateurs, ces chroniques “aquatopiques ” ont acquis une identité visuelle particulière grâce aux illustrations d’Abdul Qadim Haqq.

L’approche d’Otolith Group est toutefois beaucoup moins littérale et explore plutôt la puissance symbolique de l’océan. Comme le souligne Anjalika Sagar dans l’excellent dossier proposé dans la dernière édition de The Wire, “le culte de Drexcyia a atteint ses limites et le but de ce film est de redécouvrir cette mythologie en l’amenant un pas plus loin”. La métaphore de l’eau permet, d’une part, de prospecter des problématiques touchant à l’écologie, aux catastrophes naturelles ou à certains conflits. D’autre part, elle offre également un prétexte pour créer une passerelle entre l’univers des musiques électroniques et le monde de l’art contemporain.

PROJECTION

  • The Otolith Group, “Otolith III” (2009) est projetté dans le cadre de l’exposition du Turner Prize 2010 qui se tient du 05.10.2010 au 03.01.2010 à la Tate Britain de Londres.

Drexciya, Hydro Theory, 1995

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Radio: Pan African Space Station


The Pan African Space Station (PASS) est un projet d’un mois diffusé dont la plupart des événements sont diffusés sont diffusés à travers le site du projet. Initié à Cape Town par le journaliste Ntone Edjabe et le musicien Neo Muyanga, le PASS entend explorer le futur de la diaspora africaine en matière de créations.

En réactivant la thématique du l’exode chère au mouvement panafricain, c’est dans un vaisseau spatial inspiré par les visions interstellaires de Sun Ra que les deux capitaines nous embarquent. Au fil des enregistrements, on retrouvera ainsi des invités aussi divers que le chorégraphe Faustin Linyekula, Xuly Bët ou le poète Antoine Vumilia Muhindo se succéderont dans un programme de tables rondes ou de conférences.

La musique occupe une place prépondérante dans cette mission et le PASS entend proposer une programmation qui offre un aperçu global des dernières tendances prospectives dans le domaine. On peut ainsi entendre Doctor Philip Tabane & Malombo, Kyle Sheperd Trio, Brice Wassy, Georgia Anne Muldrow et Declaime, Theo Parrish et Mbuso T, même la Suisse est du voyage avec Imperial Tiger Orchestra qui collabore pour l’occasion avec la chanteuse Endress Hassen.

En guise d’avant-goût, une compilation de titres enregistrés lors des sessions précédentes dans laquelle on retrouve Bibi Tanga et le Professeur Inclassable, Blk Jks ou le Hypnotic Brass Ensemble,

SITE

Télécharger: PASS MIX 2008-2009

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Expériences: Bachar Mar-Khalifé, les marées de l’âme


Né à Beyrouth dans une famille de musiciens, Bachar Mar-Khalifé vit en France depuis l’âge de six ans. Après une formation classique au Conservatoire de Boulogne, il a enchaîné diverses collaborations oscillant entre le jazz, la world musique et les expérimentations électroniques. De l’Orchestre National de France à Bojan Z, en passant par les projets live expérimentaux de Francesco Tristano, on retrouve ces influences multiples dans son premier album, “Oil Slick”

Entre la relecture d’une comptine d’enfance ou la récitation métallique d’une lettre de repentance, Bachar Mar-Khalifé explore les flux et les reflux de l’âme, sans chercher à en esquiver les plus sombres. Six petites chroniques délicates qui déroulent une narration à tel point homogène qu’il est difficile d’en distinguer les parties. On repense à “L’Homme à Tête de Choux” ou à d’autres projets qui possèdent un pouvoir d’évocation à tel point remarquable qu’ils troublent en permanence les barrières entre le conte, le film et la résurgence de souvenirs très personnels.

ALBUM

  • Bachar Mar-Khalifé, Distance, “Oil Slick” (2010)

Bachar Mar-Khalifé, Distance, “Oil Slick” (2010)

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Club: Technobrega, le cheap c’est chic


Si vous avez vu le documentaire Good Copy Bad Copy, qui retrace les transfigurations des droits d’auteur à l’heure des réseaux P2P, il ne fait aucun doute que vous vous souvenez de la Tecnobrega. Après les interviews de quelques rois du bootleg, tels que Girl Talk ou Danger Mouse, on est soudainement plongé dans l’univers de ce genre sans prétention, issus des quartiers populaires de Belèm, une ville estuaire situées au nord du Brésil.

Au milieu de gerbes de fumigènes et des effets pyrotechniques, les DJ’s balancent des relectures clinquantes de rythmes techno frelatés. Dans la plupart des cas, ceux-ci ont été enregistrées le jour même sur un CD gravable par quelques producteurs locaux. En règle générale, toutes les parties d’instruments acoustiques sont supprimées afin de conserver uniquement les voix et des orchestrations électroniques aux effets de sonneries perçantes. Le tout emporté par quelques rythmes inspirés par les musiques populaires caribéennes. Un ensemble au kitsch revendiqué puisque Tecnobrega signifie littéralement cheesy techno.

Blitzkrieg Bop (Dj Cremoso Remix) by Dj Cremoso

A propos de son activité DJ Cremoso ne manque d’ailleurs pas d’humilité: “C’est très facile de produire une chanson. Il n’est pas nécessaire de savoir comment jouer d’un instrument ni même de savoir commment chanter et il est déjà possible de mettre tout ensemble pour finir avec un morceau. La Technobrega est facile et bon marché à produire et c’est pourquoi, il y autant de nouvelle chanson chaque jour”. Evidemment, tous les morceaux sont composés à partir de fichiers puisés illégalement sur le net.

Apparemment, ce n’est pas grâce à leur dexterité à la table de mixage que les producteurs de Technobrega se retrouve à évoquer leurs pratiques. L’intérêt découle surtout de l’industrie qu’ils ont participés à mettre en place. En effet, l’une des particularités de ce courant tient surtout au fait que les producteurs ne gagnent rien de leur remix. Ils les offrent à des vendeurs de rues qui se chargent eux-mêmes de faire de copies destinées à la revente. Dans la logique commerciale de la technobrega, les producteurs sont avant tout des promoteurs de soirées. Comme l’explique l’interviewé de ce petit extrait, les personnes impliquées dans cette scène ont déjà compris que le CD n’était pas un bon modèle économique et ils s’en servent uniquement pour promouvoir leurs soirées qui rassemblent près de 5000 personnes.

Extrait du documentaire, Good Copy Bad Copy, Andreas Johnsen, Ralf Christensen et Henrik Moltke (2007)

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Hip-hop: Das Racist, Mixtape Academy


Das Racist est un projet initié en 2008 par Himanshu Suri et Victor Vazquez, deux anciens étudiants de la Wesleyan University, rejoints un peu plus tard par Ashok Kondabolu. Le groupe a provoqué un petit buzz avec la sortie du single, “Combination Pizza Hut and Taco Bell”, encensé par de nombreux blogs.

Outre quelques vagues résonances orientales, l’approche de Das Racist nous informe également sur le recours désormais inévitable à la mixtape pour se faire remarquer. Après “Shut Up, Dude” sorti en début d’année, il enchaîne aussitôt avec un “Sit Down, Man” derrière lequel on retrouve le label Mad Decent qui se positionne de plus en plus comme un mécène en matière de mixtapes.

En plus de Diplo, Das Racist s’est entouré de Vijay Iyer, Boi-1da, Scoop DeVille, Teengirl Fantasy, Keepaway et Sabzi à la production ainsi que de El-P et Despot de Chairlift aux voix. Le résultat se présente comme un hip-hop périphérique et cultivé qui s’adapte parfaitement aux préoccupations des hipsters de Brooklyn. Même si la forme et le fond diffèrent totalement, leur approche très smart ne manque pas d’établir quelques parallèles avec un groupe tel quel les Vampire Weekend qui avaient maîtriser à merveille l’art promotionnel fondé sur d’une mixtape.

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Das Racist, “Shut Up, Man”, Mixtape (2010) Das Racist - Sit Down, Man Mixtape by Hypetrak

Das Racist - Rainbow in the Dark, “Sit Down, Man” (2010)

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Expérience: Martin Rev, de Vega à M.I.A


Un jour après son concert aux Docks de Lausanne, lors d’une petite discussion informelle dans les locaux de Circuit, Martin Rev revenait sur quelques passages marquants de sa carrière. Lunettes de soleil profilées et chemise sans manche, le sexagénaire sort en parfaite condition de sa longue pérégrination dans les marges de l’industrie musicale.

En particulier, il évoque quelques souvenirs liés à son premier voyage en Europe. C’était l’été 1978, peu de temps après la sortie du premier album de Suicide. The Clash, au sommet de l’aristocratie punk britannique, les avait invités à faire la première partie de leur tournée. “Tous ces kids étaient totalement déments”, se souvient Martin. Après chaque concert les salles étaient détruites.” Puis il ajoute, avec le ton nostalgique de l’ancien combattant, “On devait amener nos vêtements tous les jours au pressing… Car ils étaient recouverts de crachats!”.

Si les témoignages de gratitude du public ont quelque peu changé avec les années, la réputation sulfureuse de Suicide continue à générer des émules au sein des nouvelles générations. La dernière en date reste sans aucun doute M.I.A qui s’est largement inspiré sur Ghost Rider pour apporter du contenu au single Born Free.

“Je n’avais jamais entendu parler d’elle quand elle m’a contacté pour la première fois”, précise-t-il à propos de son passage dans le show de David Letterman. C’est quelqu’un de très intelligent, qui sait exactement où elle veut aller et j’ai été vraiment très impressionné par sa décontraction et celle de son entourage. Tout s’est passé de manière très naturelle. Je lui suis reconnaissant de m’avoir invité, car je n’aurais jamais imaginé me retrouver un jour dans ce show!”. Même si on aurait bien aimé voir également son compère Vega, la présence bruitiste du clavier de Suicide est un vrai plaisir.

M.I.A feat. Martin Rev, David Letterman (13.07.10)

Expérience: Chris Watson, voyage au bout de l’ouïe


Depuis quelques années, Chris Watson est plongé dans des environnements qui tranchent radicalement avec les ambiances enfumées des salles de concert de Manchester au temps où il opérait encore au sein de Cabaret Voltaire. Reconverti dans les installations sonores et la sonorisation de documentaires, en particulier pour la série magistrale de Sir David Attenborough, ce sont désormais les sons naturels les plus inouïs qu’il traque aux quatre coins du globe. Son but consiste en effet de placer son micro là où les oreilles ne peuvent pas aller.

Avec son installation “Whispering in the Leaves”, il s’offrait un décor acoustique particulièrement adapté à son activité de chasseurs de sons. Plantée au milieu du Royal Botanic Garden de Kew , la Palm House se profile à l’horizon tel un immense sous-marin futuriste. Au-delà du spectacle de cette construction historique, c’est surtout le choc thermique qui frappe d’emblée les visiteurs une fois le seuil franchi. Bouffées d’air saturées d’humidité, il est nécessaire de marquer un petit temps d’acclimatation, en particulier de nettoyer la buée recouvrant les lunettes, avant de pouvoir pleinement se plonger dans la végétation luxuriante qui submerge cet univers de verres et de fer forgé.


La pièce n’a pas encore commencé et l’attention ne manque pas d’être attirée par les différents bruits occasionnés par les visiteurs déambulant dans les allées, les cris d’enfants ou les directives de quelques employés. Le sifflement lointain d’un oiseau s’élève. D’abord presque imperceptible, il se fait toujours plus animé. La serre est progressivement envahie par un bouillonnement invisible composé de bruissements de feuilles, de piaillements ou de bourdonnements qui semblent surgir de toutes parts.

Comme un réflexe, on scrute les arbres et les recoins pour tenter de découvrir d’où peuvent provenir ces signes de vie animale d’une qualité exceptionnelle. Une situation incertaine qui génère un regard totalement différent de cet environnement. Les sons furtifs se répartissent de manière particulièrement harmonieuse. Ils soumettent le lieu tout en entier aux battements impromptus de la jungle. Un orage menaçant éclate, et même encapsulé et ordonné dans cette serre, l’imminence des pluies tropicales s’impose avec un réalisme confondant.

Après une vingtaine de minutes, le brouhaha se fait moindre. On entend encore quelques bourdonnements d’insectes, toujours plus épars, avant d’être replonger l’espace acoustique routinier de cet endroit qui, d’un seul coup, apparaît beaucoup plus terne.

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Hip-hop: Jay Electronica, le succès peut attendre


Photo: Dan Wilton

Avant tout connu comme le compagnon d’Erykah Badu et quelques titres épars, notamment The Pledge pour la BO du film “Eternal Sunshine” (2007) et Queens Get the Money pour le “Untitled” de Nas (2008), il n’aura fallu que quelques mois pour que le nom de Jay Electronica devienne synonyme de renouveau en matière de hip-hop. C’est surtout grâce à “Exhibit C”, réalisé en collaboration avec le producteur Just Blaze, que le chanteur originaire de la Nouvelle-Orléans devait imposer son style fluide et ses textes sincères.

Signe des temps appréciable, il n’aura jamais eu à compter sur les grosses machines promotionnelles pour s’imposer et, au contraire, c’est certainement sa présence extrêmement furtive qui a contribué à accroître le crédit accordé à sa démarche. Plus récemment, la sortie de “The Ghost of Christopher Wallace” où on retrouve son pote P. Diddy, démontrait qu’en plus du succès d’estime, il pouvait toujours compter sur des appuis solides pour continuer une carrière à retardement.

A l’occasion du concert de Bilal le 08.08.10 au Casino de Paris, nous vous offrons quelques places. Pour gagner des invitations à cette soirée, envoyez-nous un mail à contact@vibrations.ch, en indiquant “MERCI JAY” dans le titre et avec vos nom et prénom dans le message. Il y a 4 places à gagner et les gagnants seront contactés par email.

CONCERT

  • 08.08.10 Nouveau Casino / Paris

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Expériences: Oval, Popp ne tourne pas rond


Au début des années 90, un groupe signé sur le label expérimental mille plateaux se distinguait par une approche radicale du médium CD. Markus Popp, Sebastian Oschatz et Frank Metzger, ces derniers quittèrent le groupe en 1995, proposaient d’explorer les potentialités esthétiques des bruits, fragmentation et autres formes de disruptions sonores rattachées aux équipements électroniques, et plus particulièrement des disques compact. Photo: Sebastian Mayer

Quelquefois à l’aide d’un simple lecteur comme instrument, ils ont contribué à repousser les frontières esthétiques de l’electronica et contribuèrent à façonner le courant glitch. Une variante contemporaine des traditions initiées par les bruitistes et la musique concrète.

Neuf ans après leur dernier album d’Oval, Markus Popp a annoncé la sortie imminente de “O”. Dans une interview pour le magazine Fact, il déclare que cet album devrait se distinguer quelque peu des productions des années 90. Même s’il continue à offrir un regard vis-à-vis des musiques électroniques, Popp y propose 70 productions finement ciselées qui reposent plus sur des harmonies et des mélodies que sur les discours théoriques qui nourrissaient leur approche auparavant.

Après des années de dissection et de déni, je voulais essayer de faire de la « vraie» musique pour changer. Mes objectifs pour les courtes de la face B étaient de m’approcher des sons familiers et des sonneries de téléphone.”

Télécharger: Oval, Ah!, «O» (2010)

ALBUM

  • Oval, “O” (Thrill Jockey) 07.09.10

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Médias: Boombox, une histoire inouïe


Photo: Jamel Shabazz, 1983

Avant que l’iPod n’impose définitivement la prépondérance d’une consommation solitaire des musiques dans les villes, les boombox ou autres Ghetto Blasters étaient les emblèmes ultimes des cultures urbaines. Particulièrement prisés à partir du milieu des années 70, c’est surtout le hip-hop qui a profité de la puissance des ses haut-parleurs pour faire entendre des voix et des sons jusqu’alors dissidents.

À l’instar du break et des graffiti, cela permettait aux franges les plus invisibilisées d’imposer leur présence dans le paysage urbain. Comme le souligne le collectionneur Clive Owerko, il s’agissait de dire aux autres: “Vous allez pouvoir écouter ce que je veux vous dire et je vais vous le dire à travers la musique. Et si vous n’aimez pas cette musique, je vais la jouer encore plus fort”.

Dans ce petit documentaire proposé par NPR Music, Fab 5 Freddy se souvient également que son “box” lui donnait l’impression de voler continuellement en première classe. De LL Cool J, en passant par “Do The Right Thing”, les références à ces totems acoustiques ont parsemé les productions liées aux cultures urbaines de ces trente dernières années.

Parallèlement à ces nouvelles formes de mobilité et d’autonomie, le grand avantage de ces systèmes résidait dans la possibilité de partager quasi instantanément des expériences musicales. Des titres inédits entendus à la radio, des concerts, des sessions d’enregistrements improvisées, tout pouvait être rejoué avec la puissance nécessaire grâce à cet intermédiaire.

Au même moment où la propagande reaganiste prônait les vertus de l’individualisme, des lois furent progressivement ratifiées pour sanctionner sévèrement les nuisances causées par l’usage des Boxes. Cette situation favorisa largement la diffusion du Walkman et allait modifier de manière décisive les expériences musicales en milieu urbain. Avec la généralisation des casques d’écoute, la musique était progressivement dissociée de son support collectif.

The History of the Boombox (NPR Music)

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Livre: Untitled Tracks, un portrait alternatif de Beyrouth


Photos: Tanya Traboulsi

Cela fait trop longtemps que Beyrouth est déchirée par les aberrations hégémoniques qui taraudent le Moyen-Orient. Une chape pesante, obsédante, qui a largement contribué à occulter les diverses mouvances musicales qui, parallèlement aux canons de l’actualité, se sont répandues dans la ville durant ces dernières années. En se concentrant essentiellement sur les dix dernières années, “Untitled Tracks: On Alternative Music in Beirut” constitue une contribution essentielle pour pérenniser ce pan d’histoire interstitiel. On y retrouve toute une gamme d’échappatoires, aussi bien physiques que symboliques, qui ont agis comme des sas de décompression nécessaires pour infléchir l’imminence des diktats géo-politiques.

Cette publication se présente sous la forme d’une collection de textes, réunis par Ziad Nawfal et Ghalya Saadawi, et d’une sélection de photographies de Tanya Traboulsi extraites de son abondante série “Music is Life”. Comme saisie par l’urgence qui guide les situations transitoires, la photographe semble être encouragée par le désir de documenter le plus exhaustivement possible les lieux, les protagonistes et les divers moments qui ont contribué à façonner les scènes de la ville. On y découvre des figures aussi diverses que l’expérimental Tarek Atoui, le rapper RGB, les chanteuses Youmna Saba, Nadie Khouri ou Rima Ksheish.


Une place particulière est accordée au groupe de trip-hop The Soapkills dont les mélodies mélancoliques hantaient le paysage sonore libanais de l’après-guerre. Initié en 1996 autour du producteur Zeid Hamdan et de la chanteuse Yasmine Hamdan, le groupe s’est fait connaître au début des années 2000 grâce aux succès rencontrés par “Bater” et “Cheftak” et s’est rapidement imposé comme une pierre angulaire de la scène alternative. Le groupe se sépare en 2006 après le départ de Yasmine pour la France. Zeid Hamdan participa à la formation de nombreux projets, en particulier de l’influent trio The New Government aux côtés de Jérémie et Timothé Régnier. De son côté, Yasmine a récemment collaboré avec Mirwais sur le projet “Arabölogy” (2009). Toutefois, l’influence de The Soapkills ne cesse de se faire ressentir. En grande partie car, comme le souligne Rayya Badran, “leur musique fluctuait en fonction des perpétuelles destructions et reconstructions, tout en présentant un inévitable sentiment d’étrangeté. Ils captaient dans un même moment les mutations musicales et urbaines, tout en injectant du chaos dans leur console”.

S’il est difficile de ressortir une esthétique spécifique à cette présentation bigarrée, il s’en dégage néanmoins une atmosphère particulière qui retranscrit les expectations et les questions polymorphes qui taraudent cette génération intermédiaire. De manière subtile et intelligente, ces contributions variées se présentent comme autant de réponses aux interrogations posées par Ghalya Saadawi en introduction: “De quelles manières est-il possible de témoigner des guerres et des traumas ? Comment considérer différentes notions associées à des lieux ou à la géographie et qu’est-ce que des terminologies telles que Liban ou Moyen-Orient signifient ?”. Une manière, peut-être, d’entendre sous des formes métaphorisées les échos de la guerre civile. “Untitled Tracks: On Alternative Music in Beirut” constitue ainsi un témoignage particulièrement éloquent du potentiel actuel des sons, organisés ou non, en tant que vecteurs de résistance.

LIVRE

  • Tanya Traboulsi, “Untitled Tracks: On Alternative Music in Beirut”, Edité par Ziad Nawfal et Ghalya Saadawi, Amers Editions

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Jazz: Portico Quartet, au-delà des conventions


Sous la véranda lumineuse, quelques bouteilles résiduelles parsemant une longue table conviviale trahissent une soirée bien animée.« C’était notre première soirée à Londres après plusieurs semaines de tournée, justifie Jack en préparant une solution effervescente, on avait vraiment hâte de pouvoir retrouver nos amis ». Cela fait plusieurs années que Jack Wyllie (saxophone), Duncan Bellamy (batterie), Milo Fitzpatrick (contrebasse) et Nick Mulvey (hang et percussions) vivent sous le même toit.

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hip-hop: Rammellzee, le futur n’attend plus


Né dans le Queens en 1960, Rammellzee s’est tout d’abord fait connaître comme l’un des pionniers du graffiti à New York à partir du milieu des années 70. À l’instar des autres membres du Death Comet Crew, - Dondi, OU3, Doctor Revolt -, il commença rapidement à présenter ses travaux dans des galeries d’art contemporain et des musées. On retrouve également ses dessins sur certaines pochettes du label Mo’Wax.

Sa pratique l’a incité à développer la théorie du Gothic Futurism, à travers laquelle il envisageait l’art du graffiti comme une machine de guerre dans laquelle les lettres et leur force symbolique se battent contre les effets de standardisation. Rammelzee préconisait un programme anarchique, dénommé “Iconic Panzerism”, qui permettait de réformer le rôle et la dispersion du langage dans la société.

Rammellzee prônait des relectures idyosyncratiques qui combinaient aussi bien le dessin, la sculpture, les performances artistiques, la littérature, la poésie, les théoriques scientifiques, etc. Ce fonctionnement chaotique formait des “horreurs intellectuelles”, un horizon schizophrénique qui, selon lui, devait procurer des “stocks de futurs”, largement déterminés par des stratégies militaires.

Dans le film “Wild Style” (1982), il apparaît en tant que MC avec un style nasal, qu’il dénomme le “Gangsta Duck”, qui aurait par la suite inspiré les The Beastie Boys et Cypress Hill. En 1983, il enregistre un maxi intitulé “Beat Bop”, produit par un certain Jean-Michel Basquiat, qui sera largement popularisé à travers le film “Wild Style”.

Rammelzee est décédé le 29 juin 2010, les causes de sa mort ne sont pas encore déterminées.

Rammelzee vs K Rob “beat bop” (1982)

Rammellzee, on the evolution of the letter (Style Wars)


Death Comet Crew au festival Electrochoc
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Interview: T.P. Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou


Photos: Joël Vacheron

Redécouvert en grande partie grâce des compilations, le T. P. Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou s’offre une seconde adolescence avec une tournée mondiale et de nouvelles sorties en préparation. Pierre (Saxophone) et Vincent (Chant) reviennent sur l’épopée du Tout Puissant Orchestre à l’heure des commémorations d’indépendances et du regain d’intérêt sans précédent que connaissent les productions funk en provenance d’Afrique de l’Ouest.

Comment a commencé l’aventure du T.P Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou où vous produisiez-vous?

Vincent: L’histoire a débuté petitement à partir d’un orchestre qui s’appelait Sonny Black’s Band. Son propriétaire, qui était marié à une Française et devait retourner en France, l’avait cédé à un compatriote qui possédait une société dénommée Poly-Disco. Lorsqu’il a renommé l’orchestre, il désirait garder un nom qui soit proche de sa raison sociale. C’est comme ça que le groupe a vu le jour sous le nom de Poly-Rythmo. À l’origine, il était composé de huit personnes et le groupe s’est peu à peu entouré d’autres instrumentistes. Les discothèques sont nées en grande partie grâce à Poly-Rythmo et nous nous produisions un peu partout, mais notre lieu de prédilection était sans conteste le Zénith. Un bar dancing dans lequel nous jouions tous les samedis et dimanches. C’était un lieu sacré qui, aujourd’hui encore, fait la fierté du Bénin. Les gens sont nostalgiques de cet endroit, ils voudraient bien revoir un autre zénith maintenant que le Poly-Rythmo est en train de faire le tour du monde. Il faut qu’on s’y mette vraiment pour le créer notre Zénith… Sinon, on jouait un peu partout pour des mariages, des fêtes diverses, les anniversaires officiels, etc. On était plus avec le gouvernement de l’époque et il n’y avait aucune manifestation pour laquelle nous n’étions pas sollicités. D’ailleurs, on nous appelait orchestre national, alors que nous ne l’étions pas…

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Techno: The Scene, les premiers pas de Detroit


The Scene était diffusé de 1975 à 1981 sur WGPR-TV, une chaîne de télévision de Detroit qui a fût la première intégralement contrôlée par des Afro-Américains. Le show est resté célèbre pour avoir reformulé le format de l’émission musicale, notamment en invitant le public à danser, et en jouant un rôle majeur dans la popularisation de la musique Techno dans la ville.

Présenté par Nat Morris et diffusé juste après les cours, toute l’attention des téléspectateurs était concentrée sur les danseurs qui, en l’espace d’une émission, pouvaient accéder au statut de véritables stars locales. Malgré son énorme succès dans la ville, l’émission n’a jamais été diffusée sur d’autres canaux. Certains artistes, comme Juan Atkins sous le nom de Model 500, ou certains titres, comme le Sharevari, qui servait de générique à l’émission, sont par la suite devenus des classiques.

A Number of Names, Sharevari (The Scene, 1981)

Jesse “The Body”, Scene Mix (The Scene, 1981)

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Afrique: Shangaan Electro, Marimba Core


En marge des vuvuzelements de la Coupe du Monde, l’Afrique du Sud a connu quelques courants musicaux flirtant avec les extrêmes en matière de productions sonores. Initié il y a quelques années, le Shangaan Electro s’est rapidement présenté comme le supporter officiel des danseurs les plus frénétiques des townships de Soweto à Limpopo. Shangaan est à l’origine le nom donné à une population, issue de l’Empire de Gaza, répartie entre le Mozambique et certaines régions d’Afrique du Sud.

Tournant quelquefois à plus de 180 bpm, ce style prolonge le Shangaan Disco des années 80 et se revendique comme une musique destinée aussi bien aux populations rurales que celles vivant dans les villes. Une évolution due en grande partie au travail à l’influence du producteur et homme à tout faire dénommé Nozinja. À partir de 2005, c’est lui qui commence à utiliser des marimbas et des sons d’orgues à la place des lignes de guitares et de basses, tout en intégrant des voix samplées et accélérées.

Le résultat se présente sous la forme de bandes-son hypnotiques d’un jeu de Commodore 64 rafistolé pour répondre aux besoins des danseurs les plus frénétiques. Honest Jon’s propose une introduction au Shangaan Electro par l’entremise de Mark Ainley et Mark Ernestus qui, pour l’occasion, s’aventurent dans des univers 8-bit tranchant radicalement avec les productions de Rhythm & Sound.

ALBUM

  • Various, “Shangaan Electro: New Wave Dance Music From South Africa” (Honest Jon’s Records) sortie le 28.06.10

Tshetsha Boys, Nwa Pfundla

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Reggae: Wingless Angels, le coeur de la Jamaïque


Fin 1972, les Stones passent deux semaines en Jamaïque pour effectuer quelques sessions d’enregistrement au Dynamic Sound Studios, le studio du producteur Byron Lee. Dans une interview accordée en 2003, Keith Richards revenait sur le contexte particulier ayant présidé à cette expérience : “À cette époque, neuf pays m’avaient expulsé et le seul endroit dans lequel je pouvais vivre était la Suisse. C’était vraiment trop ennuyeux pour moi, surtout la première année parce que je n’aimais pas le ski. La Jamaïque était l’un des seuls endroits qui nous nous laissaient tous rentrés! C’était l’île de la musique, un endroit magnifique, à la fois libre et facile. On entendait des choses très intéressantes qui venaient de là-bas et en plus les tarifs de studios étaient très bon marché. Dynamic Sound était un endroit incroyable. Les éléments de la batterie et les amplis étaient visés au sol. “.

Le résultat de cette collaboration se retrouvera dans l’album “Goats Head Soup”, dans lequel on retrouve notamment Angie et marquera le début de la relation particulière que le groupe entretient l’ìle des Grandes Antilles: “Je m’y rendais régulièrement pour des courtes visites depuis les années 60. Depuis “Goats Head Soup”, je vis là-bas dès que je le peux. J’ai de la famille, là-bas et dans les villages on m’accueille avec les bras ouverts”. Parmi ses lieux de prédilection, Steer Town occupe une place privilégiée. C’est là que Keith Richards rencontre Justin Hinds, un jeune rasta qui avait notamment officiait comme toaster auprès de Duke Reid durant les années 60’s. Lors de ses séjours, Richards avaient l’habitude de s’entourer de musiciens locaux pour organiser des jams informelles, auxquelles Hinds prenait régulièrement part.

En 1995, c’est un peu par hasard que Richards décide de produire le premier album de son groupe Wingless Angels en 1995. Hinds est accompagné par Winston “Black Skull” Thomas (qui avait collaboré notamment avec les Talking Heads et Bad Brains), Milton “Bongo Neville” Beckerd, “Bongo” Locksey Whitlock, Warrin Williamson, Maureen “Sister Maureen” Fremantle, Vincent “Jackie” Ellis et Bongo “Iron Lion” Jackie. Depuis ce premier enregistrement trois membres du groupe original ont succombé dont Hinds, ont succombé. Mais Richards possédait encore quelques enregistrements effectués de son vivant et ce deuxième album se présente ainsi comme une forme d’hommage à son ami Justin Hinds et à la fascination exercée par la musique jamaïcaine depuis les années 70.

Télécharger: Justin Hinds, Oh What A Joy, “Wingless Angels II (2010)

ALBUM

  • Wingless Angels II, Wingless Angels, (Mindless Records) sortie le 23.10.10

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Vidéo: Amen, Au Nom du Break


Quel est le point commun entre ShyFX, NWA, Oasis, Aphex Twin, Luke Vibert, Nine Inch Nails ou une publicité pour une Jeep ? Chacun a construit un morceau fondé sur un même break de 5.2 secondes extrait du Amen Brother de The Winstons. Alors que le titre original, sorti en 1969 sur la face B de leur tube Color Him Father, avait connu un succès très relatif, ce sample de roulements de batteries de G. C. Coleman a été exhumé en 1986 grâce aux compilations “Ultimate Breaks and Beats”, avant d’avoir un impact décisif sur l’évolution des musiques électroniques.

Depuis, le “Amen Break” s’est diffusé telle une trainée de poudre et le retrouve notamment à l’origine du hip-hop new school à travers le titre emblématique Straight Outta Compton, de l’electro avec le Kings of the Beat de Mantonix ou aux la base du breakbeat avec Original Nuttah. A ce titre, la jungle et la drum’n'bass se sont largement construites à partir de la déconstruction et les réarrangements de ce partie syncopée.

The Winstons, Amen Brother (le break commence à 1:27)

Un documentaire de Nate Harrison retrace l’histoire de ces quelques secondes légendaires, en soulevant des questions très intéressantes à propos du statut des transformations de la créativité à l’ère du sampling et des problèmes liés aux droits d’auteur. The Winstons, le groupe existe d’ailleurs toujours, n’ont jamais touché aucun royalties et n’ont jamais entrepris une quelconque démarche juridique pour revendiquer la paternité de ce break. Pour Nate Harrison, Amen est en quelque sorte entré “culturellement” dans le domaine public. À tel point que, comble du paradoxe, certaines firmes ont même été jusqu’à en revendiquer le copyright à des fins commerciales.

Blogs: Dalston Oxfam Shop


Toutes les personnes qui ont cette petite manie d’aller fouiner dans les bacs à disques des magasins de seconde main peuvent en témoigner. On trouve toujours de tout, mais rarement ce que l’on recherche. Chanteurs aux noms inquiétants, groupes aux looks improbables et graphisme ampoulé, toute cette armada de pâles ersatz n’invite, dans son ensemble, guère à l’écoute.

Sous le pseudonyme de Dalston Shopper, Todd Hart ne voit cependant pas le problème sous cet angle. Personnalité incontournable des nuits londoniennes au style pour le moins excentrique, dans ce domaine il rivalise d’audace avec Austin Powers, il collectionne depuis de nombreuses années des disques et des cassettes trouvés dans le Oxfam de Dalston.

Même s’il a étendu ses recherches, ses trouvailles kitsch et hétéroclites sont régulièrement postées sur son blog dalstonoxfamshop. Elles offrent une écoute kaléidoscopique des diverses cultures musicales qui composent cette région particulièrement cosmopolite de l’est londonien. De l’Oriental Disco aux mixtapes de trance obscure, en passant par la secousse ou les Choeurs de l’Armée Soviétique, Todd joue les chiffonniers en accompagnant chacune de ses trouvailles d’une présentation.

Télécharger: Egyptian Lover, Dance, “Street Jams Part.4 - Electric Funk” (1994)

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Médias: M.I.A, un parfum de truffe


Depuis quelques mois, la respectabilité de M.I.A a subi quelques remaniements qui marquent un nouveau cap décisif dans la carrière de la chanteuse. Les débats occasionnés par la sortie du clip “Born Free” ou ce récent article paru dans le New York Times, constituent les témoignages éloquents des paradoxes occasionnés par le nouveau statut de cette braconnière intrépide.

Étudiante en art promue égérie du courant nu rave, l’esthétique DIY et les discours altermondialistes de M.I.A émergeaient de manière particulièrement synchrone avec l’avènement des réseaux sociaux. MySpace, en particulier, lui a servi de terrain de propagation privilégié grâce auquel ses productions ont pu rapidement atteindre une masse critique sans se soucier des courants mainstream. Des budgets limités, une approche intègre et profondément créative, cela laissaient présumer quelques perspectives intéressantes en matière de production et de diffusion musicales. Un parcours de vie atypique, un discours engagé et irrévérencieux, son univers participait encore à nourrir l’intérêt de la voie dissidente ouverte par M.I.A.

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House: Virgo, sous le signe de la vierge


Le label hollandais Rush Hour compense une lacune importante dans l’anthologie des musiques électroniques grâce à la réédition d’un album essentiel de Virgo (également appelé Virgo Four ou M.E). Sorti initialement en 1989 de manière confidentielle, leur style se distinguait de la chicago house de cette époque du fait qu’il est intégralement joué. “Excepté pour une partie d’un morceau dans laquelle il y a une boîte à rythmes, nous n’avons jamais utilisé le TR-808 ou TR-909″, précise Merwyn à ce propos. “Nous jouions depuis tellement longtemps ensemble que nous savions intuitivement comment l’autre allait enchaîner. C’est pour cela que chacune de nos compositions commence par un son de kick. Cela nous permettait de marquer la mesure, comme si nous étions en train de faire une jam, rien n’a été édité après coup. Les morceaux sont tels que nous les avions joués sur le moment.”

Le groupe ne connût pas véritablement de succès et, l’un devenant professeur de mathématiques et l’autre artiste plasticien, ils suivirent des carrières détachées de leurs passions pour la musique. Laissant derrière eux quelques classiques atemporels tels “Do You Know Who You Are” ou “In a Vision”. Largement inspirées par la scène club de Chicago, leurs compositions n’abordaient aucun thème particulier. “Chaque thème arrivait de manière imprévue et il s’agissait plus d’une collection. Nous voulions que notre musique serve d’échappatoire à la routine quotidienne, au même titre que ça l’était pour nous lorsque nous produisions nos morceaux”. Toujours actif, le duo envisage de sortir prochainement quelques morceaux inédits de leurs débuts, ainsi que des productions plus actuelles.

ALBUM

  • Virgo, “Virgo” (Rush Hour)

Virgo Four, Do you know who you are?

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Live: Gil Scott-Heron, l’art de la disparition


L’architecture moderniste austère de L’Aula Magna de Lisbonne constitue un souvenir imposant de la dictature de Salazar. On pourrait imaginer un décor moins connoté pour accueillir un illustre pourfendeur des dérives despotiques. Casquette rivée, silhouette élancée, costume étriqué, Gil Scott-Heron débarque, seul, avec la démarche nonchalante d’un coureur de demi-fond. Avant même d’avoir prononcé le moindre mot, le public est déjà debout, honorant cette apparition longuement espérée.

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Rock: Mama Rosin, Combat Cajun


Les éminents ambassadeurs genevois de la musique cajun Mama Rosin se produiront ce weekend à l’occasion du Blues Rules Festival. Une occasion toute trouvée pour revenir sur leur parcours et sur la sortie de la compilation “Obscure Zydeco”.

Qu’est-ce qui a participé à votre intérêt pour la musique Cajun ?

Mama Rosin: Nous nous sommes aperçus que cette musique, qui semble assez limitée au niveau des instruments ou des histoires évoquées, dissimule en vérité une immense richesse. Un mélange évident de musique noire et blanche, un blues très fort et des textes très directs grâce à l’usage d’un français basique. Puis toute la beauté de son évolution avec le Zydeco et le Cajun, les orchestres de string band. C’est du Texas swing chanté en Français avec la puissance d’un duo mélodéon-frottoir ! Il y a aussi une certaine rareté, car c’est très difficile de trouver des vinyles ! En ce qui nous concerne, on a surtout rapidement associé ça au blues, à la musique africaine et, pour le dire franchement, on a été fasciné par ce côté rock’n’roll!

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Pop: Toro y Moi, et moi et moi


À propos du festival SXSW, qui s’est déroulé en mars dernier à Austin, le New York Times indiquait la recrudescence de groupes dont “les chansons semblent surgir comme dans un rêve de geek. Des chansons de Top 40 ou des tubes dance vaguement remémorés chantés par des jeunes gens trop timides pour quitter leur chambre ”.

Cette tendance, que l’auteur associe au glo-fi ou au chillwave, était significative chez Neon Indian, Washed Out, Small Black, Memory Tapes ou encore Toro y Moi et il s’agit généralement de projets qui n’intègrent qu’une ou deux personnes. Chaz Bundick, sous le nom de Toro Y Moi, cisèle des territoires onirique à coups d’effets spéciaux, de distorsions ou de slaps en portant toujours une attention particulière aux détails.

Un goût pour les collages certainement amplifié à travers son intérêt pour le cinéma et ses études de graphisme. “Je suis particulièrement intéressé dans différents types de médiums qui présentent une esthétique atemporelle. Par exemple, j’apprécie comment notre lecture d’une photographie peut être totalement différente lorsqu’on retire des petits détails. J’essaie d’approcher Toro Y Moi de la même manière, j’aime ajouter des détails qui rattachent la composition à certaines périodes musicales. Ça peut être un coup de batterie sec des 70s ou un effet de reverb dans la voix caractéristique des 80’s”.

Télécharger: Toro Y Moi, Blessa (2010)

Télécharger: Toro Y Moi, Causer of This (2010)

Télécharger: Toro Y Moi, Sad Sams (2010)

ALBUM

  • Toro Y Moi, “Causer of This” (Car Park Records)

Toro Y Moi, Talamak, “Causers of This” (2010)

Toro Y Moi- Talamak from bryan bush on Vimeo.

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Dub: Bassnectar, le maximalisme du tempo

Bassnectar_2007-Joshua-Bro

À son origine, vers le milieu des années 90, Bassnectar se présente comme un projet expérimental et militant initié dans la baie de San Francisco par Lorin Ashton. Un jeune geek chevelu qui se passionnait pour les groupes de grindcore, de doom ou de black metal qui fleurissaient durant cette période. Toutefois, en découvrant les des séquenceurs numériques, il ne tarde pas à adopter une approche tout azimutée, ce qu’il nomme l’”Omnitempo maximalism”, qui transpose son penchant pour l’anarchisme dans des formes plus mélodiques. Selon Asthon, au coeur de la philosophie de Bassnectar, il n’y a aucune règle, aucune limitation et aucune hésitation.

A ce sujet, il avance que “les humains bougent en suivant des vitesses et des rythmes différentes. Je préférerais me détruire plutôt que de me résigner à apprécier ou à jouer un seul style de musique. Le son de basses massives et des nappes de synthé, combinés avec des mélodies émotionnelles et des voix originales, tout cela dois se superposer avec des tempos différents”. Le résultat se présente toutefois comme une variante dub assez proche des productions dubstep orginales et des incursions ethniques de Filastine. Le tout servi avec un art du headbanging hérité de Beavis & Butt-head.

Télécharger: Bassnectar, Magical World (feat. Nelly Furtado)

Bassnectar, Kingston (2009)

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Jazz: Portico Quartet, hang out

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Après s’être longuement frotté à des publics hétéroclites lorsqu’ils se produisaient sur les quais de la Tamise, le Portico Quartet n’a pas mis bien longtemps avant d’être invité dans des structures plus institutionnelles. C’est tout d’abord le Vortex, célèbre club de jazz londonien, qui leur a proposé une résidence avant d’assurer la production de “Knee-Deep in the North Sea” (2007). Depuis, les quatre musiciens n’ont quasi plus cessé de se produire à travers toute l’Europe, suscitant une foule grandissante d’admirateurs séduits par l’originalité de leur approche. Parmi eux, on retrouve un certain Peter Gabriel qui, bien qu’il ne soit pas spécialement tourné vers le jazz, s’est empressé de signer le groupe sur son label Real World.

La particularité du son du Portico Quartet, qui renvoie entre autres à des atmosphères ethniques et à la musique sérielle, tient surtout dans la place prédominante du hang dans la plupart de leurs compositions. Inventé il y a une dizaine d’années par deux Suisses allemands, cet instrument de percussion ne se distingue pas uniquement par la texture enveloppante de ses sonorités. En effet, en suivant des préceptes qualitatifs, ses géniteurs ont limité son acquisition de manière passablement drastique. Ce caractère inédit et cette situation de rareté ont constitué un moteur important pour les quatres Anglais qui ont pu se sentir d’emblée affranchis de toutes traditions musicales.

CONCERTS

  • 06.05.10 Paris / Studios SFR
  • 22.05.10 Paris / Hôtel Lutetia - Festival de Saint-Germain-des-Prés
  • 23.05.10 Paris / Hôtel Lutetia - Festival de Saint-Germain-des-Prés

Portico Quartet, Line, “Isla” (2009)

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Funk: Dâm-Funk, Don’t give up

dam Photo: Joël Vacheron

“Don’t give up your dreams”. Une devise toute trouvée pour celui qui aura attendu près d’une vingtaine d’années avant de sortir son premier album. De toute manière, Damon Riddick n’a jamais mené son existence en étant pressé par les impératifs du moment. Le style impeccable et les bras chargés des pioches de la journée, il arrive avec quelques heures de retard. Dam-Funk n’a pas besoin de feindre la désinvolture pour mériter son titre d’ambassadeur du boogie funk.

Q : Vous vous posez comme un défenseur de l’esprit funk originel, en quoi cela consiste exactement ?
Dâm-Funk : Le funk a trop souvent était regardé comme un style frivole et il est encore fréquent que des personnes se moquent des musiciens. Mon but est de réintroduire le respect dû aux musiciens de funk. Je suis né dans les années 70 et je fais partie de cette génération qui a grandi entre le hip-hop et le funk.

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Hommage: Malcolm McLaren, manager de situations


Styliste d’avant-garde, impresario punk, protorappeur, collectionneur d’art contemporain, Malcolm McLaren a su réinventer continuellement son personnage de rouquin aux comportements hyperactifs. Nourri par un dandysme revendiqué et un intérêt pour les penseurs radicaux, en particulier le situationnisme de Debord et l’esprit contestataire de Mai 68, McLaren n’a jamais cessé de provoquer les catégories rigides de la société britannique. Dans la lignée d’un Beau Brummell, dont on avait coutume de dire que la grandeur n’était fondée sur rien tout, c’est tout d’abord à travers l’habillement qu’il avait trouver le moyen de provoquer l’agitation. Associé à Vivienne Westwood, ils allaient utiliser leur boutique située de King’s Road, laconiquement dénommée SEX, pour lancer une guérilla sans concessions à l’encontre des codes vestimentaires et de l’idéologie hippisante des années soixante-dix.

Largement inspiré par l’esthétique rock’n'roll des années 50, il monte un groupe destiné à porter les étendard aux vêtements vendus dans le magasin. Avec leur attitude d’ados irrévérencieux et insouciant, les Sex Pistols aller générer une insurrection culturelle et médiatique dont l’impact ne cesse de se faire ressentir. Dans son ouvrage essentiel “England’s Dreaming”, Jon Savage pérennise l’influence de McLaren dans ce tournant marquant des cultures populaires. En effet, les premiers chaptitre associent de manière approfondie son parcours biographique avec les orientations musicales, esthétiques, politiques ou commerciales qui ont singularisé l’émergence du mouvement punk. McLaren avait récemment eu droit à un regain d’intérêt médiatique grâce aux commémorations du trentième anniversaire de la sortie du “Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols”.

En revenant sur sa personnalité controversée, Savage relève entre autres à quel point les mythes et les rêves ont joué un rôle central dans la vie de McLaren. Très tôt, son parcours répondait ainsi à la première loi pop édictée par Andrew Loog Oldham, le manager des Rolling Stones. “Je crois que si vous mentez assez, cela devient réalité.” Diagnostiqué d’un cancer rare, le mesothelioma, il s’est éteint subitement le 8 avril dernier à l’âge de 64 ans.

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Hip-hop: Beans, Electronique Pratique

En marge de l’exposition “Galactic Hits” et de la tournée d’Anti Pop Consortium, Beans évoque les différentes relations que le groupe entretient avec la science-fiction.


Q: Quelle est votre définition de l’afrofuturisme et est-ce que cela fait partie de votre univers créatif ?
À vrai dire, je n’ai jamais considéré ma musique sous cet angle. Je nous vois plutôt comme un groupe progressiste qui, en s’inscrivant dans le courant hip-hop, tente d’aller au-delà des canons et des productions traditionnellement réalisées sous cette bannière. Mais si nos cherchons toujours à ouvrir de nouveaux territoires, nous ne l’avons jamais revendiqué comme faisant partie de l’ afrofuturisme. Cela ne signifie pas pour autant que je n’ai pas été influencé par des artistes associés à ce courant.

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RBMA: Steve Reich, music is music


Organisée cette année à Londres, la Red Bull Music Academy a, une fois de plus, mis en place une programmation hors du commun. Tout au long des deux sessions de deux semaines, les événements se sont succédés à un rythme soutenu dans les quatre coins de la ville afin d’offrir une vitrine des diverses scènes qui distinguent l’underground londonien d’hier et d’aujourd’hui.

Toutefois, cette cuvée 2010 restera particulièrement remarquable grâce à la présence de Steve Reich. De sa découverte de la musique ghanéenne à l’influence de Pro Tools dans son processus créatif, le compositeur est venu présenter les différentes étapes de cette trajectoire historique avec une éloquence et un entrain étonnant. Parallèlement à ses descriptions détaillées des différentes influences et techniques qui ont nourris son processus créatif, le septuagénaire est également revenu sur des passages plus méconnus de son existence qui donnent toutefois des éclairages intéressants sur sa démarche.

Souhaitant garder, dès le début de sa carrière, une certaine autonomie par rapport au monde académique, il a par exemple travaillé pendant de nombreuses années comme chauffeur de taxi à New York. Une proximité des rythmes et des ambiances urbaines qui a, comme il le reconnaît dans cette présentation, laissé une empreinte perceptible des ses compositions. Les amateurs apprécieront également l’interview publiée par le magazine Fact.

Steve Reich,(RBMA London, février 2010)

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Turntablism: The Gaslamp Killer, Freewheelin’ of Steel


Lorsqu’on le voit secoué frénétiquement sa coupe hirsute ou se lancer dans un solo passionné, on se demande bien ce qui a pu détourner The Gaslamp Killer d’une carrière de guitar hero. La réponse est très simple, un décalage de quelques décennies. “J’aurais tellement voulu naître dans les années 40″, avoue-t-il à ce sujet,”cela m’aurait permis de passer mon adolescence pendant les années 60. J’ai toujours été fasciné par cette période et je préfère envisager la musique comme elle se faisait à cette époque, plutôt que pendant les années 2000.”

Avec son air de Freewheelin’ Franklin, William Bensussen se sert de sa technique experte aux platines pour reconfigurer les classiques heavy metal ou les sérénades hippies dans des lives rythmés à coups de Kalachnikov. Après un premier EP sur Brainfeeder, “My Trouble Mind”, GLK travaille sur son premier album qui va sortir sur le même label en début d’année prochaine. Pour l’instant, son actualité se concentre surtout sur “A Sufi and A Killer” de Gonjasufi qu’il a en grande partie produit.

Télécharger: The Gaslamp Killer, “We Make It Good Mix Series Vol. 5″ (sept. 08)

The Gaslamp Killer, Sonar 2009

» TRACKLIST DE LA MIXTAPE

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Expériences: Florian Hecker, estimation de magnitudes


Jusqu’au 28 mars, le white cube de la Chisenhale Gallery accueillent les travaux récents de Florian Hecker. Les long tubes noirs tombant du plafond à hauteur variable, et auxquels sont accrochés les hauts-parleurs, constituent les seuls éléments visibles. Tout le le reste est du domaine de l’écoute.

Avec Magnitude Estimation, 2X3 Kanal, Untitled, Auditory Scene, le compositeur allemand présente quatre nouvelles installations qui lui permettent d’approfondir son approche des relations existantes entre le corps, l’espace et les objets sonores. Mouvements rotatifs, fréquences zigzaguantes, effets d’échos ou d’oscillations, chaque pièce invite à expérimenter les modalités subtiles qu’acquièrent les sons en fonction du positionnement occupé dans l’espace.

A l’aide de ses installation et ses compositions électro-acoustiques, Hecker construit une architecture quasi invisible à partir de laquelle on peut interroger les limitations de nos perceptions spatiales.

EXPOSITION

12.02.10 - 28.03.10 Florian Hecker at Chisendale / London

Installation de Florian Hecker à Sadie Coles (Novembre 2008)

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Expériences: Raymond Scott, déconstruire le génie


Stan Warnow a finalement terminé le documentaire dédié à son père. Surnommé par certains la « version audio d’Andy Warhol», la carrière de Raymond Scott a les allures du personnage de roman. Une vision monophonique nuancée par son fils dans “Deconstructing Dad: The Music, Machines and Mystery of Raymond Scott”, un portrait intimiste qui révèle les travers humain de cette trajectoire de génie.

Scott a débuté sa carrière musicale au milieu des années 30 par l’entremise de son orchestre. Avec son style rapide et très imagé, The Raymond Scott Quintette connaîtra un succès quasi instantané. Appelé à Hollywood, il est mandaté Warner pour composer des BO de films et de dessins animés classiques tels que Bugs Bunny, Road Runner ou Wily Coyote. Bip bip.

Cette expérience le pousse à s’intéresser de plus en plus aux bruitages. A partir des années 50, Scott fonde le Manhattan Research inc. et profite de ses compétences d’ingénieurs pour développer ou perfectionner des instruments inédits. Qu’il s’agisse de mandats publicitaires ou de compositions électroacoustiques, Scott va composer un univers sonore totalement unique.

Pendant près d’une vingtaine d’années, il va ainsi endosser le rôle de savant fou en créant toute une gamme de nouvelles machines permettant de composer des sons largement en avance sur leur temps. C’est le cas notamment de son Electronium que Berry Gordy s’était procurer pour agrémenter les sessions Motown. Cela a valu à Scott de travailler pour le label pendant plusieurs années en tant que Directeur du département de recherche en musiques électroniques.

FILM

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Punk: Liliput, derrière mon Kleenex


Au tournant des années 70 et 80, Kleenex / LiLiPUT faisait partie d’une dynastie punk rock déclinée au féminin aux côtés de The Slits et The Raincoats. C’est l’incontournable John Peel qui, après être tombé sous le charme de ces “Swiss Slits”, avait largement contribué à lancer leur carrière en Grande-Bretagne.

Après avoir déjà sorti un double album rétrospectif, le label Kill Rock Stars permet de revenir sur ce moment important de la scène musicale helvétique en annonçant la sortie d’un album de 24 titres enregistrés live. Il s’agit du regroupement de deux concerts. L’un de Kleenex, enregistré à Bienne en 1979, et l’autre de LiLiPut, enregistré à Zurich en 1983.

Cette période recouvre les années d’activité du groupe qui avait changé de nom suite à une plainte déposée par Kimberly-Clark Corporation, qui avait manacé leur label de l’époque de détruire tous les disques produits sous le noms Kleenex. Il y de quoi se sentir un peu liliputienne.

Télécharger: Liliput, In a Mess

Télécharger: Liliput, Ain’t You

Kleenex / LiLiPUT various footages

» TRACKLIST

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Graphisme: Emory Douglas, Panther Power


Le clip récemment réalisé par Doctor L pour le morceau Africa de David Murray & The Gwo-ka est composé intégralement à partir des dessins de Emory Douglas. Une occasion pour revenir sur l’oeuvre révolutionnaire de celui qui, un temps, portait le titre de Ministre de la Culture du Black Panther Party.

Dans les faits, ce poste a consisté à assurer l’intégralité des orientations esthétiques du parti jusqu’à sa dissolution à la fin des années 70. Pendant près d’une vingtaine d’années, Douglas a ainsi produit une vaste quantité d’illustrations qui, de la carte postale aux sculptures, servaient de supports de propagande variés.

Les travaux de Douglas ont récemment fait l’objet de rétrospectives à Los Angeles et au New Museum de New York. Son imagerie accompagnera également “Tongues on Fires” dans le cadre de Jazz à la Villette le 12 septembre 2010. Un spectacle musical autour des Panthers monté par David Murray et dans lequel on retrouvera The Roots et The Last Poets.

CONCERT

  • 06.04.10 David Murray & The Gwo-ka au Banlieues Bleues - Espace 1789 / Saint-Ouen

David Murray & The Gwo Ka Masters, Africa, feat. Taj Mahal (David Murray / Emory Douglas / Doctor L)

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Hip-hop: Miguel Atwood-Ferguson, les bons génies


PHOTO: Grace Oh

Lorsqu’ils ne voguent pas sur leur arche, poussés par les vents du pacifisme, Carlos Niño et Miguel Atwood-Ferguson n’oublient pas de se remémorer leur amour pour le hip-hop. À contre-courant du flot de relectures poussives visant à rendre hommage à Jay Dilla, ils se sont engagés dans un projet qui témoigne d’une réelle déférence à l’oeuvre du producteur.

Initié, en 2007 en l’honneur de sa mère, le projet “Suite for Ma Dukes” se présente sous la forme d’une symphonie écrite intégralement par le duo à partir de boucles extraites d’“Antiquity”, “Nag Champa”, “Fall in Love” de Slum Village et “Find a Way” de A Tribe Called Quest. En février 2008, Carlos et Miguel ont poussé le raffinement jusqu’à organiser un concert unique avec un orchestre de chambre composé de 40 musiciens et les quatre titres, enregistrés en studio, se retrouvent sur un EP sortis chez Stones Throw et, bien que les amateurs connaissent déjà, les autres sauront apprécier.

Ce projet est surtout une belle occasion pour revenir sur l’énorme talent du discret Miguel Atwood-Ferguson. Écrivain, multi instrumentiste et arrangeur, on le retrouve notamment sur le dernier album de Flying Lotus, sa formation classique rigoureuse et son implication précoce dans l’hip-hop et le funk lui permettent de faire le grand écart avec une aisance déconcertante. À propos de “Suite for Ma Dukes”, Niño reconnaît que sa contribution est restée très limitée. “Miguel a mis toute sa vie dans ce projet”, affirme-t-il. On en peut que lui en être reconnaissant.

“Suite For Ma Dukes”, Live at The Luckman 02.2009)

» Miguel Atwood-Ferguson en session avec Pharoahe Monch, Shafiq Husayn, Om’Mas Keith,

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Jazz: Seb Rochford, toujours plus fort


Disons-le franchement, au-delà de toute considérations sur ses talents musicaux, Seb Rochford ne manque pas d’interpeller grâce à cette coupe spongiforme qui fait le connexion entre Robert Smith, le glam metal et Erykah Badu. Nul doute qu’on pourrait disserter longuement sur la symbolique de cette déflagration capillaire surplombant ce visage lunaire.

Heureusement, Seb n’a pas besoin de compter uniquement sur cet bulbe afrofuturiste pour se singulariser et, depuis quelques années, c’est avant tout son appproche éclectique qui lui a permis de se profiler comme l’un des batteurs de jazz britanniques les plus innovants du moment.

Après ses collaborations récentes avec notamment Pete Doherty, Brian Eno et David Byrne ou Herbie Hancock, son actualité se concentre sur son projet Polar Bear dont le nouvel album est sur le point de sortir chez Leaf. Le caractère expansif de Seb Rochford ne s’arrête pas là puisqu’il offre également cette mixtape démontrant qu’il sait aussi se tenir à l’écoute des fréquences urbaines.

Télécharger: 5 titres de Polar Bear

Seb Rochford (Polar Bear) mixtape by theleaflabel

Polar Bear feat. Shlomo (Londres, MTUM 2008)

» Tracklist

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Africa: Zam Rock, Zombie Zambie

nowagain

Now Again réédite deux albums de groupes Zambiens

Vers le milieu des années 70, la Zambie a vu la floraison d’une scène rock particulièrement active à Lusaka et Chingola, les principales villes émergentes. Les groupes rattachés, à ce qui était alors dénommé Zam Rock, puisaient principalement leur inspiration du côté de Jimi Hendrix et de James Brown.

En rééditant les albums de WITCH et Amanaz, le label Now Again et le guitariste Rikki Ililonga remettent au goût du jour cet héritage prolixe et assez distinct des autres pays africains. Les deux titres en écoute offre un aperçu convaincant d’un genre qui fait une place large aux influences psychédéliques et aux zones plus sombres de la tradition rock. Pour preuve, les riffs hendrixiens obsédant de Chrissy Zebby Tembo ou le metal de Paul Ngozi, le zam rock n’a pas fini de révéler ses trésors oubliés.

Une anthologie de Rikki Ililonga, qui est un des pionniers du Zam Rock, est également annoncée dans le courant de cette année.

Télécharger: WITCH, Strange Dreams, “Lazy Bones”

Télécharger: Amanaz, Khala My Friend, “Africa”

Chrissy Zebby Tembo & Ngozi Family, “My Ancestors”

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Club: Ayobaness, les kings des townships


Une compilation célèbre la house sud-africaine

Le succès rencontré par DJ Mujava avait permis un gros coup de projecteur sur les productions house en provenance d’Afrique du Sud. Le label allemand Out | Here profite de l’occasion, ainsi que de la Coupe du Monde imminente, pour sortir une compilation avec quelques-unes des figures marquantes de la scène, telles que Pastor Mbhobho ou DJ Steavy. Une occasion pour revenir sur DJ Mujava dont la percée atypique dans les circuits clubs occidentaux était évoquée dans le numéro 108 du magazine Vibrations.

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Pastor Mbhobho, Ayobaness 01 Pastor Mbhobho - Ayobaness by OuthereRecords

DJ Mujava, Mugwanti, Sgwejegweje, Schlachthofbronx RMX DJ Mujava - Mugwanti / Sgwejegweje Schlachthofbronx RMX by OuthereRecords

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» Lire l’article sur DJ Mujava

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Funk: Brian Eno, Can’t get enough


Strictly Kev mixe les productions funky de Brian Eno

Bien avant de développer des applications pour iPhone ou de faire de la futurologie, Brian Eno a toujours su frayer avec les avant-gardes musicales. Du glam rock à l’ambient, en passant par le punk rock, le sampling voire même le heavy metal , peu de courants ont résisté à l’insatiabilité de ce touche-à-tout.

À partir des années 80, en grande partie influencé par sa collaboration avec David Byrne, Eno s’adonne à la science du groove de manière convaincante. Pour preuve, ce mix rythmé à coups de slaps qui offre un concentré des productions funky de Sir Eno. Une manière de rendre également hommage à DJ Food, et en particulier Strictly Kev, qui démontre une fois de plus sa maîtrise des mix thématiques.

Télécharger: DJ Food aka Strictly Kev, More Volts: The Funky Eno

» Tracklist “Funky Eno”

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Electro: Citinite, boogie to the top


Citinite ravive l’esprit electro boogie originel

Le label anglais Citinite fait partie de la nouvelle génération de producteurs inspirés par les débuts de l’electrofunk. L’italien AD Bourke, les New-Yorkais Her Bad Habit et Dez Dickerson, les sud africains de Sweat X ou la chanteuse de Los Angeles Rozzi Daime sont des émules d’Afrika Bambaataa et d’Egyptian Lover formant le nouveau bastion de l’Internationale du kick & snare.

Un petit aperçu avec ces deux mix. L’un est en grande partie composé de morceaux inédits enregistré en novembre dernier lors d’une soirée à Londres, l’autre est un mix plus ancien de Chicago et d’Acid House sélectionné par Manny Z.

La prochaine sortie du label sera celle de Gosub, un producteur de Miami, qui revient avec un nouvel EP intitulé “The Last Time I Saw You”. Avec des titres tels que Love from Planet X ou Black Nova in G, il continue à afficher le même penchant pour les voyages interstellaires entamés avec ‘Watchers from the Black Universe’ (2007).

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Télécharger: Citinite, Past, Present, Future

Télécharger: Many Z, Dance Hour, Vol 5: Basement Black

» Tracklist Manny Z’s Dance Hour, Vol 5: Basement Black

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Deux morceaux de Roska en écoute

‘Time Stamp’ et ‘Tomorrow Is Today’ sont extraits du premier album, au titre homonyme, de Roska.

ROSKA TOMORROW IS TODAY by factmag

ROSKA TIME STAMP by factmag

Electro: Pantha Du Prince, le même son de cloche


Entre expérimentations et techno minimale, le producteur allemand joue les carillonneurs

Dans une approche qui n’est pas sans rappeler celle de Burial, Hendrik Weber s’est attelé à un travail de réduction radicale en matière de rythmes et de sonorités. Toutefois, plutôt que d’explorer quelques zones sombres de la club culture, le producteur allemand déploie une techno minimale portée par des résonnances de vibraphones ou de cloches, qui semblent émaner de crevasse cristalline ou du firmament.

Pantha Du Prince explique que son style provient d’une certaine nostalgie par rapport aux bruits de cloches qui l’ont poussé à vouloir transformer les soundsystems des clubs en nouvelles variétés de carillons.

Télécharger: Pentha Du Prince, Splendour “Black Noise” (Rough Trade)

SITE

LIVE

  • 06.02.10 La Passerelle / St. Brieux

  • 06.03.10 Rex Club / Paris

  • 03.04.10 Electron Festival / Genève

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Dub: Jahtari, nouveaux territoires


Un petit label de reggae en ligne propose un catalogue à deux vitesses

Parmi les nombreux sites hébergeant de la musique sur le net, certains se distinguent par l’originalité et la cohérence de leur contenu, d’autres proposent uniquement des morceaux inédits, d’autres encore profitent de spécifiés du médium pour ouvrir de nouvelles perspectives.

Lancé à Leipzig il y a près de cinq ans sous l’impulsion de Disrupt, le projet Jahtari a l’avantage d’être tout cela en même temps. Le site fonctionne est spécialisé dans le DLR (Digital Laptop Reggae) et on y trouve ainsi une vingtaine du groupe qui ont tous en commun de produire du dub conçu uniquement à l’aide d’un ordinateur. Par ce biais, comme l’annonce le petit manifeste, l’idée n’est pas de faire du neuf avec du vieux, mais plutôt de favoriser une approche inédite de ce genre.

Fonctionnant comme un label, le site dispose d’un catalogue régulièrement approvisionné par des productions de qualité qu’il est possible d’acquérir selon deux formules. Soit, gratuitement pour la version digitale, soit en payant pour obtenir le support physique. Malgré ses faux air de C64, le mode de diffusion proposé par Jahtari pourrait bien devenir un modèle dominant en matière de diffusion musicale sur Internet.

Télécharger: Zeb & Scotty, Bring Di Sensi “Bits Of Fury” riddim (JTR NET 19)

Télécharger: Dressla, Bomb Their Circles “Bits Of Fury” riddim (JTR NET 19)

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Hip-hop: 2000, the Ultimate Mixtapes


Une mixtape sortie en fin d’année reprend les pulsations des années 2000

“A Boom Bap Continuum” est une compilation, réalisée par Jim 2tall, Kper et DJ Clockwork, qui retrace une décennie musicale en 80 minutes. 2tall explique que l’intention derrière ce projet était de faire ressortir une généalogie en matière de productions hip-hop et de beatmaking depuis le tournant du millénaire jusqu’à aujourd’hui. Une manière de laisser apparaître la révolution silencieuse et influente qui s’est déroulée en dessous des médias mainstream jusqu’au retour triomphant du Boom Bap ces dernière années.

Avec Jim 2tall et Kper aux platines et Clockwork à la postprudction, le but des trois DJ’s était faire ressortir les modulations subtiles d’un son qui continue à être un peacemaker pour les générations à venir. En plus de ce mix peaufiné avec virtuosité, le site A Boom Bap Continuum présente de manière détaillée le projet, en particulier la tracklist et un bel artwork old school.

À noter également dans un registre plus ou moins similaire, le projet Rap History ou The Rub qui proposent tous deux des chronologies annuelles depuis les origines du hip-hop. Cependant, c’est sans aucun doute le mix réalisé en 2004 par Strictly Kev, aka DJ Food, “Raiding The 20th Century” qui constitue la mixtape ultime en matière de cut up et de Djing.

A Boom Bap Continuum… ten years of beats from ‘99 to ‘09 A Boom Bap Continuum… ten years of beats from ‘99 to ‘09 by ABoomBapContinuum

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Jive: Next Stop Soweto, le funk des townships


Strut s’offre un plongeon dans les racines du township jive

À l’heure où toutes les oreilles se tendent vers les fragrances africaines des Vampire Weekend, Next Stop Soweto constitue une très belle occasion pour creuser un peu plus en amont les origines de telles influences. Cette compilation, la première d’une trilogie, regroupe des rares morceaux produits dans les townships de Soweto durant les années 60 et 70. L’âge d’or du township jive, une combinaison de rythmes traditionnels Zulu, de percussions Sotho et d’influences occidentales pour la guitare et la basse. Plus généralement appelé Mbaqanga, il s’agissait d’un courant très populaire dans les townships tout au long de l’apartheid.

En raison de la situation politique et du boycott qui frappait l’Afrique du Sud, cette version antérieure de l’afropop aura mis passablement de temps avant d’attirer l’attention des musiciens occidentaux. Pour l’anectode, Paul Simon a joué un rôle important pour sa diffusion dans les circuits occidentaux, en collaborant avec le groupe vocal Ladysmith Black Mambazo et en s’entourant de musiciens sud-africains pour la tournée qui a suivi la sortie de son album “Graceland”.

Toutefois, l’urgence et le groove brut qui empreigne “Next Stop Soweto” se situent à des lieues des productions aseptisées qui ont popularisé ce style par la suite et on saisit avec quelle force la musique a pu servir de soupape pour juguler toutes les humiliations subies sous le régime afrikaner.

ALBUM

  • Compilation, “Next Stop Soweto” (Strut) sortie le 16 février

Télécharger: Next Stop Soweto, I Sivenoe Melotone Sisters with Amogola Band

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Soul: Gonjasufi, nébulosité mystique


Gonjasufi propose sa relecture chamanique de la pop music aux musiques ethniques

“A Sufi and a Killer” est un album étrangement polymorphe, voire obsédant, qui emprunte à tous les registres musicaux pour se composer une identité propre. Une sorte de testament liturgique d’un gourou repenti, une confusion structurée autour de boucles de sitars ou de choeurs outranciers provenant de confins orientaux. Une délicate ode païenne dans laquelle le rock garage de SuzieQ ou DedNd fait place à des titres proches du boogie funk (Duet) ou de l’electronica minimale (Candylane).

Un cheminement diachronique et mystique qui conserve son homogénéité grâce, d’une part, aux textures analogiques éraillées composées par Mainframe et AJDM et, surtout, la voix de Gonjasufi qui suinte comme autant des susurrements à la limite du plaintif ou de la rupture. Certains titres tels que Ancestors ne sont pas sans rappeler l’ambiance dégagée par Dudley Perkins à l’époque de “A Lil’ Light”. “A Sufi and a Killer” plongent dans les mêmes introspections de l’âme, en y ajoutant quelques traces magico-religieuses.

ALBUM

  • Gonjasufi “A Sufi and a Killer” (Warp) sortie le 08.03.10

Télécharger: Gonjasufi, Ancestors (produit par Flying Lotus)

Gonjasufi, DedNd

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Club: Roska, Ain’t it (UK) Funky


Un mix de Roska jauge les rythmes des clubs anglais

2009 restera sans aucun doute une année charnière pour Wayne Goodlitt qui, avec quelques autres tels que Donae’o, Cooly G ou Geneeus, s’est retrouvé propulsé comme une des figures emblématiques du Funky sous le pseudonyme Roska. Puisant son inspiration dans la scène garage et house, il est un des premiers à avoir agrémenté ses productions avec de percussions largement inspirées par la soca.

Cet aperçu succinct des orientations actuelles du funky démontre, même si ce n’est pas une surprise, qu’une partie de ce courant se rapproche de plus en plus des productions house traditionnelles…What’s next?

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Roska, In your Handbag

LIVE

  • 22.01.10 Dub Ex Machina / Zürich

  • 05.02.10 Freaks & Geeks / Bruxelles

» VOIR LA PLAYLIST

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Compilation: Bob Blank, initials B B