Auteur Vibrations

électro: Von Südenfed, synthétique on the rock

Mark E. Smith rencontre Mouse On Mars: l’alternative dance-punk radicale aux poses de la branchitude ambiante. Vidéo et titre en download gratuit

Il est des petits pères plus dangereux que des grandes gueules. Mark E. Smith est de ceux-là. Petite chemise, petite raie de côté, petite frimousse. Mais la verve verbale du leader de The Fall tranche avec son apparence inoffensive, avec son parlé pâteux. Les répétitions de mots choisis par l’homme qui s’amuse de se voir mi-homme mi-robot viennent, après un album décevant du groupe légendaire, se poser sur les crasses de l’électronique de Mouse On Mars. Nouveau super-groupe donc. C’est dans l’air du temps.

Tromatic Reflexxions, c’est des beats électro de petites frappes qui tapent fort. La moitié du duo électronique, Jan St Werner, explique la chose: “Faire allusion à telle décade, ou avoir les astuces électroniques et les breaks les plus cool: ça ne n’a pas d’importance. L’énergie seule compte.” Au final, Von Südenfed alourdit ses tactiques dancefloor de petites lumières sales de boule à facettes élimée. Sans finauder, efficacité: entre techno et expérimental pourtant - au fur et à mesure de l’avancée dans le disque. Punk aussi. Suffisamment pour distancer les branchouilleux LCD Soundsystem et consorts. Deux titres, “Chicken Yiamas” et “Dearest Friend” laissent pointer, à force de guitares et mélodies, un avenir qui pourrait trouver la diversité dans la radicalité.

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  • “Flooded”

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ALBUM

  • Von Südenfed, Tromatic Reflexxions (Domino)

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VIDEO

  • “Fledermaus Cant Get It”

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live: Björk, la magie dans la voix, dans les pieds

PHOTOS: LIONEL FLUSIN

Hier soir, l’Islandaise, sur la grande scène du Paléo de Nyon, donnait corps aux chamanismes de son dernier album, et transfigurait avec force et plaisir ses classiques passés

Des poursuites bleues qui cherchent. Puis un noir relatif. Enfin un rouge vif. Björk entre sur la grande scène du Paléo Festival en sautillant, dans une robe écarlate presque aussi simple que l’attente de la découverte de ses atours était grande. La robe, comme le concert, révèlera ses beautés fluctuantes au fil des danses, au fil de son appropriation.

“Earth Intruders” est le premier morceau à faire enfler les membranes des enceintes. La puissance sonore est euphorisante, et se marie aux compositions avec une telle force que la voix pourtant majuscule est embrassée, tenue serré – sans être désarmée, sans capituler. Un choeur de cuivres (les Islandaises qui ont donné son identité au dernier album, Volta), un laptop, un clavier qui délivre mille sons de synthèse et la batterie ponctuelle de Chris Corsano encadrent les vocalises à la fois si brutes et tellement fines d’une diva qui sait trouver la justesse dans chaque chanson, l’émotion dans l’aisance. Là où on craignait la surenchère dans la mise en scène, de la prétention dans l’affirmation esthétique, il y a eu le jeu.

Magistrales, les versions, revisitées à l’aune d’orchestrations nouvelles portées par les cuivres, des classiques “Army Of Me”, “Bachelorette”… Simplement grande, l’interprétation de “Joga”. Complètement démesuré, le final “Declare Independance”. Les moments plus indéfinis, les titres plus poétiques, sont grandis aussi par l’intensité de la présence de Björk, et ces déclinaisons live tendent la main au public quand celles des disques la gardent parfois dans la poche.

Un demi-masque épidermique, une robe vivante, et Björk est la plus raffinée des sauvages. Jambes agitées, tête secouée, bras lancés. Transe corporelle explosive. La danseuse mêle avec la franchise du corps les plaisirs distincts du défoulement enfantin, et la naïveté corsetée des petits pas de comédie musicale. La foule crie quand l’Islandaise entame un titre phare, bien sûr. La foule hurle quand la belle pousse sa voix jusqu’au cri, évidemment. Mais la foule s’époumone aussi quand Björk tape du pied. Et quand elle frappe le sol au son d’un gong profond, on oublie la résonance du métal pour croire à la toute-puissance de son talon.

ALBUM

  • Björk, Volta (One Little Indian/Universal)

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CONCERTS

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Queen Latifah s’entoure de Stevie Wonder, Erykah Badu

Le prochain album de Queen Latifah, à paraître le 25 septembre, invite ni plus ni moins que la légende soul Stevie Wonder et la diva Erykah Badu. Joss Stone, jeune pousse, et aussi du lot. Trav’lin Light voit la rappeuse reprendre des titres immortalisés par Nina Simone, Roberta Flack, Etta James, Sarah Vaughn, Carmen McRae, Pheobe Snow et Peggy Lee. Le disque est co-produit par Tommy LiPuma et Ron Fair, et fait suite au succès de 2004, The Dana Owens Album.

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soul: Nicole Willis, à la pointe du rétro

PHOTO: JIMI TENOR

La chanteuse américaine exilée en Finlande délivre une soul anachronique, mais parfaitement maîtrisée: démonstration en tournée en France dès demain. 10 places à gagner pour le 24 juillet au Bus Palladium à Paris

Elle éclate d’un rire crépitant qui confirme un timbre profond, assumé jusque dans les esquilles du naturel. Nicole Willis répond par le détour de l’hilarité à une question légitime: qu’est-ce qui fait de Keep Reachin’ Up un album actuel, et pas une sortie de 1968? La femme de Jimi Tenor livre un disque à la pointe de l’anachronisme, de la composition à la production, des paroles à l’interprétation. Une soul 70’s digne de Détroit, qui pousse pourtant plus au nord encore. L’Américaine exilée en Finlande est secondée par les Soul Investigators, responsables de la direction de l’album (produit par Didier Selin) et de ses arrangements luxuriants. Claviers tressautants, guitares tintinnabulantes, cordes ondulantes, vents effrontés, sonorités englobantes de l’analogique… L’importance décisive du groupe scandinave dans l’intérêt de ce premier album conjoint relève de l’évidence. Et ce à tel point que Nicole Willis se prend à parler de son premier album tout court, alors que Keep Reachin’Up est de facto son troisième. “Un groupe. C’est vraiment ce sur quoi tient cet album.”

C’est que les qualités d’interprète de la chanteuse new-yorkaise ne suffiraient pas à elles seules à emballer l’auditeur dans cette parfaite mystification rétro. Celle qui compose paroles et mélodies ne se met pas à l’abri de challenges vocaux qui dévoilent ses maximums. Les aigus la perdent, et ses quelques éclats dénoncent un manque de coffre et de vraie audace sensuelle dont étaient capables ses rivales 60’s et 70’s. “Je ne suis pas du genre à travailler ma voix. Plus important que le côté technique: j’aime ce que je fais.” De parfaits tubes soul. De parfaits hits funk. De parfaites perles radio. De parfaits canevas pour le live.

ALBUM

  • Nicole Willis, Keep Reachin’ Up (Timmion)

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CONCERTS

  • 13/7: Boulogne-Billancourt, Parc de Boulogne - Edmond de Rothschild
  • 14/7: Dour, Plaine de la Machine à Feu
  • 19/7: Grenoble, Jardin de la Ville
  • 20/7: Chalons en Champagne, Plein air
  • 22/7: Bouge le Château, Château
  • 24/7: Paris, Bus Palladium
  • 25/7: Cognac, Blues Paradise

CONCOURS

Pour gagner une invitation pour le concert de Nicole Willis & The Soul Investigators le 24 juillet au Bus Palladium de Paris, envoyez-nous un mail avec vos nom, prénom et adresse postale à concours@vibrations.ch. Merci de rappeler “Nicole Willis” dans l’intitulé du message.

Les gagnants seront avertis par email.

LE CONCOURS EST FERME

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groove: Messieurs les Beastie Boys à Montreux

PHOTOS: 2007 © DANIEL BALMAT - Montreux Jazz Festival Foundation

Soirée de Gala au Montreux Jazz Festival hier: le trio jouait “instrumental” – qu’ils disaient – après avoir donné de la voix lundi. Les New-Yorkais dans tous leurs états

“Sabotage”. La basse ronronne avec une sérénité frondeuse contredite par les sauts d’une foule qui lévite jusque dans les tréfonds d’un Auditorium Stravinski débordant. Une heure et demie que les Beastie Boys font feu de tout bois: ce qu’il faut bien appeler des tubes sont entrelardés de fulgurances punk. La pression imposée par les stars révérées fléchit – respiration pour les uns, manque de souffle pour d’autres – à trois ou quatre reprises: les trois ou quatre morceaux instrumentaux de leur dernier album, The Mix-Up.

Un concert pourtant parfait. Ou plutôt suffisamment assuré pour ne pas appeler aux critiques. Elles viendront, rétroactivement, le lendemain, lors du show dit “de gala”, dit “instrumental”, qui laissait pourtant craindre une baisse de régime. Lundi, à force de morceaux qui ont fait l’histoire des Beastie Boys – qui ont fait celle du rap et de la musique populaire américaine aussi –, les Beastie Boys ont roulé pour leur réputation. Mardi, ils ont joué pour leur plaisir. Avec ce petit “supplément d’âme” dont on parle quand on ne sait pas comment s’expliquer vraiment.

Dans une fin de concert ascendante au Miles Davis Hall, trois MC et un DJ reprennent leur tube de 1998 a cappella, portés seulement par les scratches de Mix Master Mike. Un show “instrumental”, qu’ils disaient. En fait, en plus de titres fidèles à l’intitulé de la soirée – ceux de The Mix-Up et autres extraits d’albums précédents, qui ont la sagesse punk de la concision et pas la mollesse redoutée du plaisir jam –, le trio augmenté des claviers de Money Mark, des percussions de Alfredo Ortiz et des platines de Mix Master Mike, fait valser les micros. Titres punk, aussi, et classiques rappés, encore, comme le soir précédent. Mais il fallait entendre “So What’Cha Want” et “Sure Shot”, joués avec les instruments du bord: la batterie dessine un beat métallisé, le clavier arondit le drive pointu du sample original… Le “supplément d’âme”: les traitements de faveur, les collectors qu’on n’espérait même pas. Les Beastie Boys, hier soir, faisaient ce qu’on est en droit d’attendre d’eux. Mieux que parfait: vivant.

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ALBUM

  • Beastie Boys, The Mix-Up (Capitol)

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Beastie Boys: The Mix-Up, les directions du pas de côté

The Mix-Up, 7ème album des Beastie Boys, paraît aujourd’hui. Green Giant, aux platines de l’émission de radio Downtown Boogie sur Couleur 3 et DJ incontournable des soirées rap et funk, fait le tour de ses impressions. Qu’en pense l’adepte de hip hop? L’amateur de funk? Le connaisseur de grooves?

Green Giant: The Mix-Up est un album agréable à écouter, mais je regrette que les Beastie Boys, un groupe super novateur, se soient mis au niveau des autres. Des groupes qui jouent du funk 70’s, il y en a dans n’importe quel bled! Reste que c’est bien fait, c’est sûr. Il faut vraiment prendre cet album pour ce qu’il est: seulement une facette des Beastie Boys. Je trouve dommage quand même que les morceaux soient si “normaux”, les structures si classiques: tout va tout droit, pas de surprises. Deux ou trois titres laissent pourtant espérer mieux: un break qui fait une rupture, une vraie évolution… Côté ambiances, on trouve un peu de dub, avec d’énormes réverbs, quelques petites vibes reggae, des rythmiques latino, deux-trois trucs vaguement afro-beat, et une bonne présence de guitares électriques rugueuses… Au final, j’aurais aimé des tentatives plus destructurées, un plus grand mélange de genres: pour un album qui porte ce titre… Mais j’imagine The Mix-Up comme un intermédiaire, qui peut relancer la machine de guerre.
Classique… Mais classique de haut vol?
Ça tient la route! Très plaisant à l’écoute. Je ne m’ennuie pas. Mais quand même, ce serait n’importe quel autre groupe, je n’aurais pas cette amertume. Pourtant dans un sens, les Beastie Boys ont raison: ils ne se posent pas la question commerciale, et en 2007, c’est assez rare pour être noté. Mais j’aurais préféré un truc décalé avant-gardiste à un truc décalé rétro! Il est vrai que la tendance actuelle, chez les groupes de funk, c’est les instruments vintage, les vieilles presses à vinyle… Le délire de faire exactement comme à l’époque. Délire dans lequel les Beastie Boys sont entrés en partie.
Qu’en est-il de la production?
Rien d’exceptionnel. L’écoute donne à penser que les trois musiciens ont joué ensemble, en une prise. Les sons ne sont pas millimétrés. Les Beastie Boys ont dû avoir envie d’un maximum de grain: la batterie n’est pas très claire, elle sonne étouffée, un peu rugueuse.
Vos morceaux préférés?
“The Cousin Of Death”: lourdeur, originalité, plusieurs vibes qui se mélangent : clairement le titre que je préfère. J’adore ce genre de son : plus agressif, plus d’ambiance. Une direction clairement plus rock, au niveau de la batterie.
“Suco De Tangerina”: cosmique à mort, des réverbs monstrueuses. Proche de ce que pourrait faire Morcheeba. J’aime vraiment bien la structure, la basse… Mais c’est quand même pas la révolution!
“Off The Grid”: tout à coup, au milieu du morceau, ça part complètement ailleurs: ça c’est frais! Je m’étonne moi-même de dire ça, mais c’est quand les Beastie Boys sont le plus rock que ça le fait le plus.
Vous envisagez de jouer ces titres dans vos sets?
C’est un peu mou pour les clubs. Et dans les soirées funk, les Beastie Boys sont en compétition avec les dieux du genre: si tu joues un de leurs instrumentaux après James Brown, quelle chute!
Les Beastie Boys ont toujours été radicaux, vous les voyez maintenant un peu “mous”…
Quel groupe qui a amené quelque chose de révolutionnaire l’a fait au 7ème album? Ils n’ont forcément pas la même fraîcheur qu’il y a 15 ans… D’ailleurs, ils n’ont plus rien à prouver. Il ne leur reste qu’une chose: se faire plaisir.
Sans vous faire réellement plaisir!
Les Beastie Boys devenus conventionnels? C’est le pire qui pouvait arriver. The Mix-Up serait un bon album, si ce n’était pas un album des Beastie Boys. Ceci dit, je l’écoute avec plaisir. C’est ça qui est perturbant.

ALBUM

  • Beastie Boys, The Mix-Up (Capitol)

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Beastie Boys: Money Mark, le quatrième mec du trio

PHOTO: AUTUM DEWILDE

Collaborateur précieux, Money Mark gratifie The Mix-Up, comme trois albums précédents, de ses claviers au groove agile, de sa perceuse, de ses baskets couinantes…

Comment avez-vous rencontré les Beastie Boys?
Je travaillais comme charpentier de plateau à Hollywood. J’étais aussi musicien de studio, mais à temps partiel, et j’avais du mal à payer mes factures. On m’a appelé pour une réparation sur une maison des hauts de Hollywood… Il s’est trouvé que cette maison était celle que louaient les Beastie Boys pour l’enregistrement de Paul’s Boutique. Nous sommes devenus amis, et j’ai construit le studio de Los Angeles qui a servi aux premières prises de Check Your Head. Une histoire à la Cendrillon!
Que représentait leur musique pour vous, à cette époque?
J’écoutais les Beastie Boys en fan modéré, mais en faisant leur connaissance, j’ai remarqué que nous avions beaucoup en commun. J’ai vu qu’ils avaient des idées ambitieuses, et ça a fait que nous nous sommes très bien entendus. Je me disais que je pourrais faire partie de la musique à venir… Encore maintenant, je trouve que nous sommes un bon groupe!
Quand l’idée de la collaboration est née, que pensez-vous que les Beastie Boys attendaient de vous?
Je me suis dit que j’allais proposer toutes mes idées, et voir lesquelles ils choisiraient. Nous avons tous mis ce que nous avions de mieux dans la balance, et le mélange est équitable. Nous étions très proches. Nous traînions, échangions des tas d’idées. Tout ça avec un twist hip hop, et des horizons inédits… La musique qui en sortait était parfois farfelue, mais nous travaillions jusqu’à ce qu’elle ait un sens.
Peut-on affirmer que vous avez été un élément clé dans le tour groovy qu’ont pris les Beastie Boys?
Je ne dirais pas que leur musique est “groovy”… Tout ce que je peux dire, c’est que je suis reconnaissant d’avoir participé aux enregistrements des Beastie Boys, mais que j’ai toujours eu une trajectoire musicale de mon côté. J’ai rencontré ces types, et nous avons suivi le même chemin… Tellement de gens ont été cruciaux dans leur évolution: des producteurs, des réalisateurs de clips… Mais ils sont redevables avant tout à leur propre volonté.
Vous avez participé à tous les albums depuis Check Your Head (excepté To The Five Boroughs): toujours aux claviers?
Parfois à la guitare, ou à la perceuse, ou à la basket couinante, ou à l’eau qui gicle: tout ce qui produit du son, et qui est approprié!
Sur The Mix-Up, comment avez-vous travaillé les morceaux?
Certains titres se sont faits très vite, d’autres se sont construits grâce à un effort cérébral intense sur une période plus longue. Comme une femme qui accouche: certaines naissances sont faciles, d’autres moins, mais c’est toujours l’effort qui compte. Nous avons joué ensemble, parfois nous avons joué séparément… Des configurations assez classiques en fait. Les sons de The Mix-Up sont principalement analogiques. Vintage, chaud, assez traditionnel, mais la combinaison est unique. De toute façon, la musique vient de l’intérieur.
Comment qualifieriez-vous The Mix-Up?
Stéréo.


ALBUMS

  • Beastie Boys, The Mix-Up (Capitol)
  • Money Mark, Brand New Tomorrow (Brushfire/Barclay)

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Beastie Boys: les rois de l’image en portfolio

PHOTOS: ARI MARCOPOULOS

Complice du trio depuis 1984, le photographe Ari Marcopoulos contourne les “codes Beastie Boys” et immortalise les musiciens au naturel: dans les coulisses de The Mix-Up

“Beaucoup des photos des Beastie Boys sont des poses. Leur esthétique en tant que groupe a un look particulier: l’objectif “fish-eye”, les films des 70’s… Leur esthétique est très diversifiée. Mais ils savent très bien ce qui se passe, et sont très réfléchis.” Le photographe Ari Marcopoulos a publié un livre, Pass The Mic: Beastie Boys 1991-1996 (PowerHouse Books, 2001), collection de clichés du trio. “Mes photos étaient ce qu’ils font, ce qu’ils sont. Sans prétention. Dans mon livre, c’est juste des types qui trainent. Et oui, c’est les Beastie Boys. Mais sans projection vers le monde extérieur.”

C’est que Ari Marcopoulos, né à Amsterdam mais atterri à New-York en pleine vague punk, nourrit très vite la même fascination que les trois mecs bestiaux pour le hip hop. La musique, et l’image: “Autour de 1984, j’ai rencontré Mike D par l’entremise d’un ami qui jouait, comme lui, dans le groupe Big Fat Love. Il était intéressé par l’art, et nous visitions des galeries ensemble. J’ai fait la connaissance des autres par lui.”

En 1987 paraît un livre de ses photos documentaires de New York, de portraits de passants: Mike D propose à Ari Marcopoulos de travailler pour eux. “Quand les gens deviennent si connus, les photographier devient quelque chose de différent. Je ne me sentais pas forcément à l’aise avec ça.” Des photos de presse, une vidéo (pour “Somethings Got To Give”)… Mais sourtout des portraits pris sur le vif. C’est l’époque de Check Your Head. “Les Beastie Boys étaient à Los Angeles, et j’habitais chez Mike D. Je les accompagnais chaque jour en studio… Les circonstances étaient bonnes: ils travaillaient, et je travaillais. C’était un bon moyen d’obtenir de bonnes photos, d’éviter les poses.”

Plus de quinze ans après, le photographe et réalisateur documentaire publié par The New York Time, Interview, Paper et de nombreux magazines de snowboard – régulièrement exposé de par le monde – immortalise les Beastie Boys, aux abords de The Mix-Up. Les conditions sont les mêmes. La musique. Les Beastie Boys. Les Beastie Boys qui font de la musique. “Je m’intéresse aux activités de groupe, quand l’activité est la raison même du temps passé ensemble. La musique ici, mais aussi le skate. Et maintenant la famille. La plupart de mes photos des Beastie Boys sont d’eux ensemble, travaillant, traînant… Ce qui m’a intéressé, c’est ce petit “club”.

LIVRES

  • Pass The Mic: Beastie Boys 1991-1996 (PowerHouse Books, 2001)

  • Flow, Selected Photographs 1982-2006 (Veenman Publishers, 2006)

  • Even The President Of The United States Sometimes Has Got To Stand Naked (JRP/Ringier, 2005)

  • Out And About (Damiani, 2005)

  • Kids Born Out Of Fire/The Maestro (PAM Books, 2004)

  • Portraits From The Studio And The Street (Bert Bakker, 1998)

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Beastie Boys: Ad-Rock en interview, deuxième partie

Alors que le compte à rebours a commencé (parution de l’instrumental The Mix-Up le 26 juin), Adam “Ad-Rock” Horovitz, au bout du fil, fait l’apologie paradoxale de l’art du sampling… Et dit qu’il n’a rien à dire

Votre musique a presque toujours tourné sur des beats. Sur The Mix-Up, pas une seule boucle: vous ne samplez pas vos propres instruments, comme vous l’aviez fait pour Ill Communication… Etes-vous fatigués du sampling? A-t-on fait le tour du genre?
Le sampling, c’est super. C’est mon hobby, et mon job. C’est tellement fun de trouver des samples. Et c’est intéressant de voir à quel point le sampling fait partie intégrante de notre manière d’écouter des disques. On se dit: “Voilà qui ferait un bon sample…” Et ce n’est pas un travers de musicien: maintenant tout le monde le fait.
Qu’est-ce qui fait un bon sample?
C’est différent pour tout le monde. C’est ce qui fait que la musique est bonne. Les gens qui utilisent les samples se posent souvent la question: est-ce la chanson, ou juste l’extrait? Il y a des tonnes de boucles issues de chansons merdiques. Billy Joel a quelques samples. Mais je ne suis pas un fan de Billy Joel. J’utiliserais son sample, mais n’écouterais pas sa musique à la maison…
Choisir tel sample est donc bien loin de l’affirmation d’un palmarès personnel…
L’affirmation, c’est “ce qui a été fait est maintenant ce que je fais”. Les gens disent qu’on emprunte: mais on prend! On vole! On s’approprie ce que d’autres ont fait. Voilà comment ça se passe. Les gens qui samplent se disent qu’ils sont meilleurs que Billy Joel, parce qu’ils se sont approprié sa musique. Par contre même si James Brown est très samplé, personne ne se dira jamais qu’il s’est approprié sa musique. Mais c’est une manière de jouer à son niveau. C’est assez punk.
Jouer des instruments, c’est aussi la plupart du temps s’approprier un genre.
C’est aussi une forme de vol. Mais c’est ce que fait tout musicien. Tu ne peux que rêver de t’approcher de tes influences, et donc tu les copies. Tout le monde fait ça. Tu veux être le plus cool. Tu veux peindre comme Picasso.
Il faut avoir un certain culot pour se mesurer à ses influences.
C’est d’où vient le punk. Et le hip hop. En fait, tu dois dire “fuck it”. “Je m’en fous: c’est ce que je fais, et je le fais.” Peu importe qui aime ça, ou si c’est bon ou mauvais, tu le fais…
En plus de vos qualités de rhéteurs, vous avez toujours su l’ouvrir pour défendre des causes sociales ou politiques. Alors que rien ne va plus, vous sortez un album instrumental. Ne serait-ce pas le moment de dire quelque chose?
Peut-être que d’une certaine manière, c’est une prise de position politique que de dire que nous n’avons rien à dire… L’Amérique est tellement foutue ces temps que je ne sais pas quoi dire. Je n’insinue pas que c’est ce que les gens devraient faire. Je veux encourager les gens à faire état de leurs opinions, et s’ils se sentent maltraités par leur gouvernement, ou pas écoutés, ils devraient dire ce qu’ils ont à dire. C’est important. Spécialement maintenant. C’est pas comme si nous n’allions plus jamais rien dire. Mais ces temps, nous écoutons simplement de la musique. Dans un monde foutu, peut-être faut-il une échappatoire…

ALBUM

  • Beastie Boys, The Mix-Up (Capitol) sortie le 26 juin

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Beastie Boys: Ad-Rock en interview, première partie

Le nouvel album des Beastie Boys, The Mix-Up, paraît mardi prochain. Vibrationsmusic.com marque le coup avec une semaine spéciale, et saisit l’occasion d’en discuter au téléphone avec un Adam “Ad-Rock” Horovitz facétieux, laconique, mais “simplement honnête”

The Mix-Up, à paraître mardi prochain, est totalement instrumental. Quelle fut l’impulsion de départ?

C’était l’idée de Adam Yauch. Il est très audacieux. Très têtu. Alors on l’a fait, c’était fun. Il n’a pas eu de peine à nous convaincre: nous n’avions pas vraiment d’autre idée, de toute façon. Habituellement, quand on se met à un nouvel album, on se fait des mixtapes les uns pour les autres, pour faire savoir ce que nous écoutons.

Alors, qui écoutait quoi?

Bon, nous ne l’avons pas vraiment fait pour cet album! Mais nous l’avons souvent fait par le passé…

L’influence post-punk, en particulier, paraît nouvelle chez vous…

Nous n’avons jamais joué des choses de ce type, mais nous avons toujours écouté ce genre de musique, nous avons grandi avec. Il était temps de jouer des choses inédites.

Vos enregistrements comportent une guitare-sitar, des touches afro-beat, des cloches latino… Vous écoutez un peu de ce qu’on appelle “world music”?

Pas tellement. Nous avons traversé une phase brésilienne… Vous savez, quand tout le monde écoutait Os Mutantes, nous les avons écouté aussi! On écoute beaucoup de reggae.

De la musique africaine aussi?

Un peu. Fela Kuti… Tony Allen, j’aime bien, Manu Dibango aussi.

Pourquoi ce titre, The Mix-Up?

C’est venu tout à la fin: l’album est un grand mélange de genres…

Mais c’est quelque chose que vous avez toujours pratiqué! Pourquoi insister là-dessus maintenant?

C’est tout ce qui nous est venu au dernier moment. Le mieux que nous ayons trouvé, tout à la fin. Là je suis simplement honnête.

Vous pensez convertir de nouveaux fans? Vous donnez cet été des shows intégralement instrumentaux. Qui va se pointer?

Nous essayons de pénétrer le marché de la musique de restaurants, et de spas. Vous savez, les lobbys d’hôtels? Ce genre de public. Dans les spas, on veut être la musique d’ambiance.

Vous avez été trop exposés jusqu’ici?

Non. Dans les cabinets de dentistes, par exemple, nous voulons être au premier plan. Quand vous vous faites fraiser les dents, on veut être dans les écouteurs, super fort.

Vous allez sûrement décevoir les fans de rap.

C’est possible, mais qu’est-ce qu’on y peut?

The Mix-Up ne contient pas à proprement parler de titre taillé pour MTV. Vous avez toujours fait des vidéos marquantes: qu’en est-il ce coup-ci?

Nous allons monter un DVD, avec un clip pour chaque chanson. Ça devrait sortir autour de Noël. Nous filmons tout le temps. Des trucs.

Dans votre nouvel album, que reste-t-il du hip hop et du hardcore qui définit votre style?

Nous voulions faire quelque chose de différent. Nous avons fait des disques de rap, des disques avec un peu de ci, un peu de ça… Nous avons commencé à jouer instrumental, et nous nous sommes pris au jeu. Ce n’est pas un album d’adieu, ni un album qui nous définirait: c’est un de nos disques parmi d’autres.

SUITE DE L’INTERVIEW DEMAIN

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  • Beastie Boys, The Mix-Up (Capitol) sortie le 26 juin

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songwriting: Little Annie, le cabaret du vrai

PHOTO: NICK BOHN

Cordes, piano et cuivres : Little Annie s’est enfin trouvée. Un disque magnifique de plongées en eaux troubles, d’insubmersibilité profonde. Un titre vous est offert en download

“J’ai toujours voulu être nonne – pour l’uniforme –, ou actrice, comme Zsa Zsa Gabor : un vrai conflit.” Au téléphone, Little Annie commence une phrase, termine celle qui précède. Beaucoup de choses à dire. Beaucoup de choses tues aussi, mais dans une pudeur qui touche à l’optimisme.

Little Annie, connue aussi comme Annie Anxiety plus tôt dans une carrière aux innombrables angles, aspérités et relief – enfin –, publie Songs From The Coal Mine Canary, composé avec le complice Paul Wallfisch et Antony, producteur aussi. Attribuées au canari en cage qui accompagnait les mineurs pour servir d’indicateur, au prix de son existence, de la viabilité des souterrains, ces chansons sont sombres. Mais les beautés troubles d’un album jazz bluesy paré de piano, cordes et cuivres, semblent soudain presque drôles, parées de sourires, quand la personnalité apparaît, d’un coup de fil, riante.

Peintre, actrice, poète, musicienne et chanteuse d’une avidité rare (elle a collaboré avec Adrien Sherwood, Coil, The ON-U Sound, Bim Sherman, Crass entre de nombreux autres), la New-Yorkaise, en plus des bars et clubs, a écumé les rues de la mégapole aux côtés des sans-abri et prostitués, en tant que pasteur. Même le plus new-yorkais des habitants de la Grosse Pomme, Lou Reed, ne peut pas en dire autant. New York est partout dans ses chansons. Le New York des cabarets qui ne sont ni à Paris ni à Berlin. “Faire du “cabaret”, c’est comme être journaliste. Kurt Weill, Jacques Brel : c’est tranchant, c’est dangereux, c’est la vérité. Je suis fière de cette étiquette.”

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  • Strange Love, extrait de Songs From The Coal Mine Canary

ALBUM

  • Little Annie, Songs From The Coal Mine Canary (Durtro Jnana/Differ-Ant)

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rock: Battles, tempos fondamentaux et mantra vocal

PHOTO: TIM SACCENTI

Le super groupe investit des grooves tordus : à la fois épidermique et cérébral. En download gratuit, le remixe de DJ Koze. En écoute, un titre du dernier album. A voir absolument, la géniale vidéo du premier single

L’alliance de la brutalité des urgences animales et de la sophistication des recherches expérimentales est rare. Elle est forcément canalisée vers le narcissisme par procuration des palmarès discographiques de fins d’année. Mirrored, premier véritable album de Battles qui sort cette semaine, est déjà sur le podium. Facile.

Le super groupe, composé de Tyondai Braxton, Ian Williams (ancien de Don Caballero), John Stanier (de chez Helmet et Tomahawk) et Dave Konopka (ex-Lynx), fait paraître sur Warp la suite attendue à un premier contact renversant, le double EP EP C/B EP. Après le vigoureux signe de la main, pour faire plus ample connaissance, une poigne ferme.

Mirrored, c’est la suite, ô combien plus fine, des tribalismes déjà malins d’Animal Collective et Liars. Les premiers rencards du groupe étaient foncièrement rythmiques. La suite est beaucoup plus facile, elle qui va chercher dans des grooves tordus, dans des tempos fondamentaux qui n’auraient pas déplu à Moondog, le mantra vocal, balbutiements mélodiques profondément humains. Ce premier album a en effet recours à la voix, sur quelques titres. Des vocalises à mettre entre guillemets, des onomatopées polyglottes, parfois un mot, deux, trois. Si les paroles restent largement minoritaires, voilà un disque qui a tout de même la parlotte. Entre réactivité de l’épiderme, force du muscle, plaisir de l’intellect et spasmes des tripes.

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  • Atlas, remixé par DJ Koze

EN ECOUTE

  • “Leyendecker”

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  • Atlas, le premier single de l’album: vidéo réalisée par Tim Saccenti

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ALBUM

  • Battles, Mirrored (Warp)

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hip hop: la cover de Sgt. Pepper détournée

Pour la liste des personnalités représentées, cliquer ici

Dans la série “y sont fous ces Américains”, un blogger se munit de ciseaux pour faire sa fête au hip hop. Découper, coller, découper, coller… Un autel du type Facteur Cheval

“Beaucoup de petits accidents se sont produits alors que je complétais ce puzzle. Je n’aurais jamais imaginé en venir à penser quelque chose du type “Kurtis Blow et Marilyn Monroe ont la même chevelure!” De DK, blogger sur dkpresents.wordpress.com, on ne sait que peu de choses. On imagine ce qu’il a fait de ses longues soirées d’hiver. On avait aussi deviné ce qu’il confirme sur son site: ses passions sont les disques vinyle, le hip hop d’antan, et… les herbes médicinales.

L’entreprise est marrante. Le hip hop se découvre petit à petit des boute-en-train, le premier étant Danger Mouse et son Grey Album, mix du Black Album de Jay-Z et du White Album des Beatles - qui apparaît d’ailleurs étrangement dans la liste des 40 meilleurs albums rap de tous les temps de DK, avant NWA et Sugarhill Gang… L’humour infiltre de plus en plus le hip hop, souvent par une saine autodérision, et c’est la preuve d’une bonne santé. Mais la cover de Sgt. Pepper version hip hop de DK et ses 100 personnalités clé, et la liste des 20 meilleurs albums de tous les temps qui l’accompagne, ne fera pas rire tout le monde: J Dilla en est absent, Massive Attack apparaît en 18ème position, avant Dr. Dre ou Notorious Big… On sait le fan de hip hop pointilleux: qu’il se révèle! Faut bien remettre un peu d’ordre dans cette entreprise… Transformer cet art brut en pièce érudite… A vos listings, à vos ciseaux.

SITES

  • Billet de DK, avec cover, listing des 100 personnalités qui ont fait le hip hop

  • Billet de DK, avec liste des 40 meilleurs albums hip hop de tous les temps

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performance: apparition du fantôme de Christian Marclay

PHOTO: CATHERINE CERESOLE

Ghost (I Don’t Live Today), une pièce inédite de l’artiste complète le portrait d’une personnalité célébrée par une exposition à la Cité de la Musique, et dont une des oeuvres est jouée samedi

Une parution inédite vient parfaire la discographie de l’artiste helvético-américain Christian Marclay. Ghost (I Don’t Live Today), enregistrement de 1985, voit Christian Marclay jouer à la “phonoguitare”, un phonographe porté en bandoulière, des extraits de disques de Jimi Hendrix. L’artiste Francis Baudevin, ami du musicien, instigateur de la sortie de ce vinyle et co-concepteur (avec Philippe Oberson) de la pochette, laisse percevoir les qualités d’une oeuvre musicale et artistique.

Sur Ghost (I Don’t Live Today), Christian Marclay scratche les disques de Jimi Hendrix, comme on ferait un riff de guitare: une performance qui a ouvert une brèche?
C’est une pièce qui se situe relativement au début de ses performances (”early works”, comme disent les Américains). Les DJ de hip hop ne sont encore qu’émergents. Par la suite, la technique du scratch va fasciner d’avantage le public, mais à ce moment là, les jeunes ne tentaient pas encore d’imiter la gestuelle d’un DJ. C’était plus excitant encore d’appréhender la guitare électrique, et notamment au niveau de l’héroïsme du geste. Cette pièce est d’autant plus emblématique du fait qu’elle se situe au croisement de ces deux disciplines.
Justement, comment différencier la démarche de Marclay de celle des DJ hip hop, plus ou moins contemporaines?
On peut distinguer les deux approches principalement par le background: les sources de Marclay sont très clairement issues de la modernité. Ses références sont d’avantage tournées vers Duchamp, John Cage, et la performance. Les prémices ont déjà été avancées de longues dates: Lazlo Moholy-Nagy a préconisé des possibilités du phonographe pour le développement d’une nouvelle musique et John Cage les a utilisés lors de concerts.
Si Marclay s’inscrit dans la continuité, qu’a-t-il donc amené qui lui soit propre?
Je dirais utiliser les disques comme improvisateur et en tant qu’instrument. Alors que chez John Cage, le rôle de la partition est encore présent et organise les différentes actions, avec par exemple l’utilisation de disques qui sont désignés comme des citations de la “grande” musique. Très tôt, Marclay va non pas collecter auprès d’un seul domaine, qui serait celui légitimé par la musique contemporaine, mais faire usage de toutes les musiques: opéra, easy listening, folklore, jazz, enregistrements pour apprendre une langue, etc…
Mais ici Christian Marclay reprend une source qui relève déjà de la démarche artistique.
Une question de contexte: ici il apparaît comme soliste. Lorsqu’il joue des disques hétéroclites, c’est plutôt dans le cadre d’une improvisation, où il sera confronté à un John Zorn, à Elliott Sharp. D’ailleurs, s’approprier Hendrix à travers ses disques, c’est révéler un partenaire idéal pour un artiste qui a beaucoup observé à travers sa gestuelle certaines des inventions du génial guitariste, et ceci dans le contexte d’une musique expérimentale. Ici, Marclay prévoit le début, le développement et la fin de la pièce, ce qui n’est pas toujours le cas dans l’improvisation. Il doit donc intégrer des notions de composition.
Ghost (I Don’t Live Today) est-il réservé aux fans, ou se laisse-t-il apprivoiser par le profane? Ses qualités sont-elles purement cérébales, ou pleinement musicales?
Un fan de Hendrix qui serait un tant soit peu curieux va y trouver son compte. Il s’agit là d’un prolongement assez risqué de sa musique, mais avec une vraie réussite. Mais ça révèle aussi les intentions musicales de Marclay, même si on ne trouve ici qu’un seul aspect de sa musique. Si on disait que l’œuvre est avant tout “cérébrale”, ce serait une sorte de caution du type: “C’est intéressant, mais on n’est pas obligé d’écouter”. Or ça va au-delà. On ne peut pas faire l’économie d’une écoute, et même d’une écoute à haut volume. Je pense qu’un amateur de Sonic Youth devrait y trouver son compte. Ou qu’un fan de Dinosaur Jr pourrait trouver ça cool.

EXPOSITIONS

EVENEMENTS

  • 5/5: Paris, Cité de la Musique. “Screen Play”, partition musicale sous forme de projection vidéo de Christian Marclay, interprétée par trois groupes menés l’un par Elliott Sharp, l’autre par Erik M, le dernier par Steve Beresford

  • 6/5: Paris, Cité de la Musique. “Up And Out”: projection du film de 1998, qui mélange les images de Blow-Up de Antionioni et le son de Blow Out de De Palma.

DISQUE

  • Christian Marclay, Ghost (I Don’t Live Today) (Eight & Zero/Cabinet des Estampes, Genève) A commander sur notre page Shop

A VOIR

Christian Marclay explique sa démarche à une marionette.

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Wanted: votre avis sur le concert de Bob Dylan

Je n’ai pas pu voir Bob Dylan sur sa tournée 2007… Et les critiques qui me sont venues aux oreilles sont tout à fait disparates. Profitez de notre espace de commentaire au bas l’article pour me faire savoir ce que vous en avez pensé!

film: Bob Dylan en tournée, ce soir et au printemps ‘65…

En concert ce soir à Bercy et mercredi à Genève, Bob Dylan a encore un pied en 1965. Et ce grâce à la parution aujourd’hui d’un coffret DVD, qui prolonge un documentaire exemplaire de D.A. Pennebaker par un moyen-métrage inédit

C’est encore avant l’ère de l’électricité. Celle des guitares s’entend. Les énergies qui relient Bob Dylan à son audience de la tournée anglaise de 1965 sont elles par contre effectivement sous haute tension. Pour preuves confondantes, les nombreuses scènes, dans Don’t Look Back et 65 Revisited, de rencontre du meneur de la révolution folk de l’époque avec des nuées de fans chevelus, tout jeunes, transis. Que dire à son idole? Que dire qui plus est à une idole qui est le détenteur d’une force rhétorique inouïe, inédite? Le droit de voir le concert depuis les coulisses? On n’y croit pas. Puis on y croit. Alors on est transi.

D.A. Pennebaker, réalisateur du film anthologique Don’t Look Back et d’un moyen-métrage, 65 Revisited, qui le prolonge et complète le DVD box qui sort aujourd’hui, suit Bob Dylan sur les routes de Grande-Bretagne en 1965. D’une parfaite cohérence, les deux films renvoient l’image d’une toute jeune vedette qui se bat, lutte et bataille contre son image de nouveau messie. Les scènes qui portraiturent les moments suspendus de rencontre du héros malgré lui avec une génération adolescente qui se découvre une identité ne sont que ponctuation.

Les deux documentaires regardent Bob Dylan, et plongent aussi dans les regards de gens qui le regardent: Joan Baez, le producteur Tom Wilson, l’artiste protéiforme Bob Neuwirth, l’âme des Animals Alan Price, la jeune révélation Donovan, l’éthérée Nico, un Allen Ginsberg fugace, le manager Albert Gossman et, au loin, les Beatles… Et les pauvres journalistes, charpie en devenir, qui jamais n’ont pu suivre la superbe intransigeance de l’artiste. Des scènes de ce noir-blanc de l’immortalité qui soulignent le mythe d’un homme serait le premier à le contester… Reste les séquences live. Une guitare, un harmonica, une poursuite. Un micro. Et ces chansons aux fulgurances propres à cisailler des plans-séquence, à créer la tension des idées dans le calme des images.

65 Revisited sort aujourd’hui. Des chutes de Don’t Look Back (ce dernier est sous-titré en français, ce que le premier n’est pas). L’ambiance est intacte, l’approche cinématographique forcément identique. Des scènes prises sur le vif, des rencontres improbables… Et le cadeau de séquences live inédites, en plus grand nombre que dans le documentaire d’époque (plus, en bonus dans le coffret, cinq titres en audio pour la première fois dans leur entier). Pour séquence finale, pour pure gourmandise, une version alternative du clip de “Subterranean Homesick Blues”: effeuillage des mots de la chanson dans une ambiance surréaliste qui ne parvient pas, évidemment, à dérider le Bob Dylan pince-sans-rire de 1965.


Questions à D.A. Pennebaker, réalisateur des deux documentaires sur Bob Dylan, et de nombreux autres portraits de musiciens

Vous avez filmé de nombreux artistes. Quel genre d’esthétique cinématographique Bob Dylan appelle-t-il?
Je me suis dit que filmer Dylan nécessitait des gros plans fréquents, comme un montage minimal, avec de longs plans-séquence. Toutes les personnes présentes autour de Dylan devaient être filmées de manière synchronisée, pour saisir leurs réactions face à lui.
Bob Dylan est dur avec la presse. Quel genre de contact aviez-vous avec lui?
On s’entendait très bien, et ma caméra bricolée attisait sa curiosité. A côté de ça, il n’a jamais remis en question ma démarche, mais ne faisait par ailleurs aucune suggestion.
Pourquoi sortir 65 Revisited maintenant, et pas 20 plus tôt?
Il y a 20 ans, il aurait été difficile de distribuer le film, parce qu’il est trop court et inconsistant pour être projeté en salle. Il aurait été trop cher de le rendre diffusable. Maintenant, il y a le DVD.
65 Revisited contient plus d’enregistrements de concert que son prédécesseur.
Quand Don’t Look Back a été tourné, Dylan chantait ces chansons à ses concerts, et ses disques étaient disponibles. Ces interprétations sont entrées dans l’histoire, et rien ne sera plus pareil. Alors il m’a semblé qu’elles accompagneraient bien le film de 65.
Pourquoi suivre Dylan en 65? Pourquoi ce film à cette période?
Je l’ai fait quand je l’ai fait, parce que Dylan et son manager, Albert Grossman, m’ont invité à les suivre en tournée. Je ne connaissais par vraiment Dylan avant. Pourquoi ils me l’ont demandé, je ne l’ai jamais vraiment compris, mais je savais que je devais le faire.
Beaucoup de “personnages” hantent les deux films (Joan Baez, Tom Wilson, Alan Price, Bob Neuwirth, Donovan… les Beatles): pourquoi ne pas les mettre plus en lumière?
Est-ce que le chat qui voit tout peut vous dire ce qu’il voit?
Etes-vous parvenu à dépasser le personnage “fictionnel”, le mythe?
Qui peut le dire? Parfois oui, parfois non.
Qui choisiriez-vous d’immortaliser parmi les artistes contemporains?
Je ne pense pas être capable d’immortaliser qui que ce soit. C’est à eux-mêmes de s’en charger. Mais j’aurais plaisir à filmer quelqu’un comme Tom Waits ou Leo Kotke. Ou même Sting. Simplement parce qu’ils n’ont jamais été bien filmés – ou peut-être que ça m’a échappé. Ou peut-être encore un orchestre de rue de Buenos Aires, qui passent leur temps dans la ville. Ils sont bons et ne font pas semblant.

A VOIR

  • Un extrait de 65 Revisited: “It Takes A Lot To Laugh, It Takes A Train To Cry”, Bob Dylan au piano. (Pour les curieux, Don’t Look Back en pièces détachées sur www.youtube.com…)

DVD

  • D.A. Pennebaker, Bob Dylan, Don’t Look Back 65 Tour Deluxe Edition (Sony BMG)

SITES

CONCERTS

  • 23/4: Paris, Bercy

  • 25/4, Genève, Arena

  • 29/4: Zürich, Hallenstadion

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avant-première: Björk, sa tribu personnelle

Volta, le nouvel album de l’Islandaise, approche bien des cimes. A ceux que la voix agace: il y a toujours les musiques, superbes souvent, radicales toujours

Le 7 mai sort le sixième album solo de Björk, qui prend des airs de who’s who de la critique musicale bien-pensante. Timbaland à la production, Antony au micro, Toumani Diabaté à la kora, Konono N°1 aux likembés électriques… Un disque ambitieux qui appelle à un tribalisme nouveau auquel on est prêt à se rallier. Une conquête qui déroule ses arguments au fil des écoutes: aperçu titre par titre.

Earth Intruder La production de Timbaland utilise des parasites qui ne lui sont pas habituels, pour entrer dans les densités électroniques futuristes du passé de Björk. Qui du producteur merveille et du lutin mutin pousse le plus l’autre dans ses derniers retranchements? Ce premier single, qui sample les likembés électriques de Konono N°1, va de tamtams stylisés à une transe de jeu vidéo. Donnant au passage raison à l’imagerie qui accompagne l’album: tribalismes inédits, traditionalisme ultra-personnel.

Wanderlust Une techno trop facile. Un remixe avant l’heure. Le titre, produit par le complice de longue date Mark Bell, engloutit les cuivres – qui n’ont pas l’impudeur ostensible de la voix – dans les limbes d’un travail qui n’a même pas le courage d’être franchement rebutant. Il fallait mettre ce titre en fin d’album – s’il fallait vraiment le mettre.

The Dull Flame Of Desire L’union des voix de Björk et Antony fait à la première écoute des impressions de mariage arrangé. Mais les paroles traduites d’un poème de Fyodor Tyutchev prennent finalement leur envol sur un grand final martelé par les percussions de Brian Chippendale (de Lightning Bolt): sept minutes ascensionnelles, tout en montées vers un envoûtement de magie blanche.

Innocence Timbaland pousse, et pousse encore, un beat qui va chercher dans un souffle humain synthétisé et dans les likembés torturés de Konono N°1 un matériau de propulsion pétaradant, un turbo rare. Une carlingue d’hyperespace qui survole dans un crachat de feu les émotions d’une Björk chantant les délices de la peur. Le titre le plus serré, crissant, de l’album.

I See Who You Are Libre, la voix de Björk ne suit ni ne précède la musique. Son phrasé têtu parcourt les détours d’une poésie qui vit pour elle-même. La pipa de Min Xiao-Fen égoûte pourtant ses belles sonorités mouillées, les percussions aquatiques de Chris Corsano (comparse aussi de Sonic Youth) éclaboussent parfois un silence rendu présent, alors que l’ensemble de cuivres prend finalement le dessus. Un morceau de beauté fragile.

Vertabrae By Vertabrae Les cuivres tombent en grappes, et frappent à grands coups pour faire pénétrer leur dissonance anxiogène. “The beast is back” chante, puis crie, puis hurle, la diva. On prend peur, le sourire aux lèvres. L’intensité monte, toute carton-pâte qu’elle soit, réminiscente des talents de conteuse de Björk, et les boucles à suspens (tirées de la B.O. de Drawing Restraint 9) donnent la chaire de poule jusqu’à Bernard Herrmann.

Pneumonia Le moment en apesanteur de l’album. Les cuivres en dégradé portent dans leur chant la voix qui plus que jamais prend la place qui lui revient: ici rien n’est prêt à s’offrir au combat, tout est magnifiquement pacifique. Un faux a cappella, à plusieurs voix poétiques, humaines ou instrumentales. Le titre le plus simple, le plus beau.

Hope Au-delà des intentions louables, il faudra un peu de temps pour décider de la qualité de l’alliance des beats hélicoïdaux de Timbaland et des notes en arabesques de la kora de Toumani Diabaté. Reste que la musique impose son caractère inédit, sans pour autant avoir le front de prendre le pas sur une voix qui elle-même porte des questions, non plus esthétiques, mais philosophiques.

Declare Independance Le coup de sang de l’album. Des éraflures synthétiques, des démangeaisons saturées… Puis des déflagrations rythmiques aux couleurs organiques qui rappellent pourtant presque les extrêmes de la gabber. Un chamanisme punk… Bravo. Un point d’exclamation.

My Juvenile Inviter Antony pour jouer, dans ce monologue, le rôle de la “conscience”: une idée qui a la force de l’évidence. Sa voix dédoublée endosse à la perfection les échos intérieurs d’une douce ode à la jeunesse qu’on laisse s’en aller. Les élans vocaux sont portés par un clavicorde seul: pure, plein, haut.

ALBUM

  • Björk, Volta (One Little Indian/Universal). Sortie le 7 mai

SITES

A VOIR

  • Björk explique sa démarche sur Volta

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songwriting: Matt Elliott, les Balkans d’ici et d’ailleurs

PHOTO: ENRIQUE YTURRIAGA

Le songwriter, prodige drum’n'bass dont l’alias est The Third Eye Foundation, a sorti l’année dernière un album qui se révèle magnifiquement sur scène. Au Romandie de Lausanne, le public en fut muet

Il est des claques qu’il est bon de prendre. Parce que c’est mérité. Matt Elliott, en concert au Romandie de Lausanne lundi dernier, m’a imposé un mea culpa. Son album, passé entre mes mains l’année dernière, est passé bien vite. Failing Songs appelait pourtant le passage au stabilo avec lequel on a plaisir à souligner les albums de si belle qualité.

Matt Elliott, seul sur une scène qui étale un suspens de cables, fils, branchements et multiples pédales d’effet, est baigné dans le lisse silence d’une salle étonnement conquise par ce songwriter aux horizons pluriels. Le deuxième set de Matt Elliott le verra jongler avec platines et laptop, dans des recherches électroniques suivies depuis 1996 sous le pseudo The Third Eye Foundation. Mais ici le silence n’est pas dévolu à révérer une transe profonde déjà rencontrées lors des shows de son alias. Matt Elliott s’entoure de deux guitares, classique et électrique, pour en tirer une multitude inhabituelle de sons. Mandoline? Ukulélé? Balalaïka?

Balkans. Klezmer. Flamenco. Folk. Une flûte tout à coup. Un beat aux tonalités si profondes qu’il ne peut être que le fait d’un docteur ès fusions électroniques. Des pickings qui ont la force de la composition, et pas seulement de l’accompagnement souriant. Et la voix, ce timbre à la clarté timide mais brave. Et les boucles de voix, qui en se chevauchant ne comptent plus les douces émotions démultipliées.

L’album est excellent, et s’insinue de Balkans imaginées en océans intérieurs avec la clairvoyance de la subjectivité. Mais Matt Elliott est un performer excellent, qui infiltre les enthousiasme béats avec la grâce d’une vision personnelle. Si des deux excellences, il fallait n’en choisir qu’une, la deuxième prévaudrait sur la première.

EN ECOUTE

  • “The Failing Songs”

  • “Our Weight In Oil”

ALBUM

  • Matt Elliott, Failing Songs (Ici d’ailleurs)

SITES

CONCERTS

  • 3/5: Grenoble, La Bobine (solo)
  • 4/5: Luxembourg, d:qliq (solo et Third Eye Foundation)
  • 5/5: Paris, Le Tryptique (avec son groupe)
  • 6/5: Bruxelles, Les Nuits du Botanique (avec son groupe)
  • 7/5: Le Havre, Le Cabaret Electrique (solo)
  • 11/5: Roverento, Festival Futuro Presente (solo)
  • 2/6: Barcelone, Primavera Festival (avec son groupe)
  • 7/7: Rennes, Théâtre du Vieux Saint Etienne - Festival Les Tombées de la Nuit (avec son groupe)

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hip hop: la touche Timbaland, de génial à bancal

Le nouvel album solo du producteur tout-puissant, qui sort aujourd’hui, divise les opinions: le magazine Vibrations est déçu, le site vibre d’abord, puis soupire. Aperçu titre par titre

Un enthousiasme débordant, puis fort, et finalement, sur la toute fin de Shock Value, dégressif: disons que Timbaland, sur ce deuxième album solo, confirme sa magie, étend son charme, mais qu’il n’est pas encore à même de transformer des pierres en or. 5.5 titres pénibles sur 18, dont des merveilles, ça reste un très bon ratio.

Oh Timbaland On le soupire de nous-même… La boucle de piano traversante a l’impérativité exaltante des orgues de poche qui ouvrent les parties de basket, alors que le beat, fait de guitares funky et de rythmes en rafale, pousse et pousse… Perdu, un sample de “Sinnerman” de Nina Simone. La force d’appel des trois coups au théâtre, si ces derniers étaient frappés fiévreusement une centaine de fois. Magistral.

Give It To Me On croit, dans les premières secondes, à un beat de Missie. Probablement parce que cette dernière est au moins partiellement redevable à Timbo. Premier single, avec Nelly Furtado et Justin Timberlake, pour de bonnes raisons. Les montées en intensité rythmique, tribalisantes, muselées au moment opportun pour créer le manque, sont doublées d’une mélodie bête - “colle chantée”, comme disait l’autre - qui promet des chiffres de vente insensés. Irrésistible.

Release La mélodie, chantée par un millier de voix synthétiques, masque presque un rythme de base épuré. L’utilisation des sons de cloches agogo, qui jouent d’effets stéréo, entame la massivité des lourds velours musicaux et des vocaux rigolards. Le morceau le plus pâtissier. Comment ne pas “lancer ses bras dans l’air, et les agiter tout autour comme si on s’en fichait”?

The Way I Are Du R’n'B ostensiblement futuriste. Entre pastiche et efficacité absolue. Les sons empruntent aux synthés des années 80, compressés jusqu’à la douleur, une voix robotisée qui leur répond, et la mignonette Keri Hilson est hachée menu par un background de premier plan.

Bounce Salive et postillons. Difficile de rester maître de soi. Dr. Dre, Missy Elliott et Justin Timberlake. Lente, rampante, la musique suit les pales d’un hélicoptère au souffle puissant, aux petits crissements des mécaniques huilées qui se plaisent à s’interdire de ronronner. Une sorte de R’n'B hardcore. Sensuel. Fort. Une leçon. Un ami connaisseur souligne la présence de Dre en tant que seul MC: une révérence parlante.

Come And Get Me Inféodé au flow frimeur de 50 Cent, et à celui, professoral, de Tony Yayo, le morceau s’allonge sur un lit de voix féminines aux clairs chants onomatopéiques, la bouche en coeur. Etrange mélange de noirceur et d’éclats pimpants.

Kill Yourself Le titre le plus mielleux, qui invite Sebastian et Attitude. Les musiques, piano en tête, forment une sorte de mélopée East Coast assez chargée en volutes pastel -vocales et instrumentales- pour tendre vers l’écoeurement, selon la résistance aux musiques sucrées… Les basses diffuses et les flows sombres rachètent ces excès.

Boardmeeting La déflagration de batteries sans fond est secondée par des sonorités tout aussi profondes, textures vocales travaillées en son abstrait. Clappements de main, le vieux complice Magoo, et les citations des classiques “The Breaks” et “Get Down On It”, pour un titre qui oscille entre humour et intensité étrange. Magnifiquement insidieux.

Fantasy Gros plan sur la moue boudeuse de Money, qui chante comme les jolies filles de MTV, Beyoncés pas chères, se doivent de le faire. Du R’n'B pur plastoc, que Timbaland échoue à rendre délectable même pour les réticents, comme par certains passés.

Scream Arabesques forcées, encore, de jolies filles: Keri Hilson et Nicole Scherzinger. Mieux que sur le titre précédent, Timbaland enserre des vocaux doucereux dans une machinerie radicale, à l’intraitabilité de la techno: insertion du bizarre dans le convenu.

Miscommunication Synthétiseurs de soucoupes volantes et clic-claquements buccaux: la production tourne sur deux idées, qui tendent à faire de Timbaland un rigolo qu’on ne soupçonnait pas. Keri Hilson agace une fois de plus, mais Sebastian, en poseur, prolonge l’ironie.

Bombay Jolie fenêtre que ce chant Bollywood encadré par les onomatopées susurrées du maître qui accompagnaient déjà Aaliyah. Amar & Jim Beanz sur un titre à la fois novateur dans la citation mais tellement caractéristique, qui laisse entrevoir les échappées belles potentielles de la touche Timbaland.

Throw It On Me Sujets à controverse, les guitares et les nerfs de The Hives. Un morceau de fusion comme on ne la connaît pas encore: les échardes du rock léchées par l’épaisse laque de la science sonore infaillible du producteur… Le morceau le plus osé. Une proposition pertinente, et plus encore, dans la course au dance rock.

Time Les sons sont là. Mais la performance de She Wants Revenge laisse froid, quand elle n’irrite pas. On entre dans la mauvaise petite moitié de l’album, qui voit la maestria de la production offerte à des artistes qui n’ont pas les épaules pour porter l’honneur qui leur est fait. Simplement plat.

One And Only Le titre dont on ne veut pas. Pas de ces tristes déballages rock, pas de ces pauvres velléités FM, pas de cette démagogie qui appelle au clappements de main dans les airs des stades. Seuls les breaks qui font oublier Fallout Boy sont écoutables. Non.

Apologize Plongée plus avant dans la soupe. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le maître s’essaie à tous les genres. Et si ses chablons restent, les couleurs choisies ne s’accordent pas toute avec un quelconque bon goût. Ici, One Republic pleure sa pop de supermarché. Impossible.

2 Man Show Timbaland retient le piano d’Elton John. Le temps que le beat s’installe. Prennent aussi leur place des choeurs féminins – qui décidemment caractérisent l’album, en tant que matière vague, floue, transfigurée. Cordes, vocaux féminins aux envies de grandeur… Le titre – respiration dans l’apnée de fin d’écoute – le plus emphatique.

Hello Laid back, Attitude et son rappé-chanté sont caressés par les vocalises-bonbonnière de Keri Hilson, sur une musique aux sons tournoyants, et une harpe: appelle au baldaquin… Une chanson un peu longue, bonus international: le cadeau ne se refuse pas, même s’il est juste une taille au-dessous de nos enthousiasmes.

SITES

ALBUM

  • Timbaland presents Shock Value (Mosley Music Group/Interscope)

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groove: l’autre son d’Antibalas

Antibalas

La formation new-yorkaise fait produire son nouvel album par John McEntire: du neuf dans le bon vieux afro-beat…

Certains feront une moue qui plisse les yeux et pince les lèvres. Certains passeront à côté. Il suffit parfois de dire “afro-beat-latino-jazz-funk-soul” pour que l’accumulation qui émoustille les uns débecte immanquablement les autres. Au jeu des collision référentielles, il suffit alors de coller “Antibalas” à “John McEntire” pour que les groovo-réticents plissent les yeux d’une toute autre façon. Le dernier album du groupe de Brooklyn voit bel et bien ses cuivres agencés par le producteur chéri du rock intello.

Membre des poly-révérés Tortoise, John McEntire impose sa marque sur le nouvel album d’Antibalas qui sort ces jours sur Anti-. Security oscille entre vibration régulière du groove, et soubresauts occasionnels d’une production atypique. Mieux que tous les autres, le titre “I.C.E” développe les gammes successives d’une composition en escaliers: on reconnaît les rimes enchâssées, saccadées ou étirées, des longues tirades de Tortoise.

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SITE

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dvd: Chuck Berry est un sale type

Ce documentaire de 1986 ressort en DVD: plus que les coulisses d’un concert anniversaire, les bonus offrent un véritable coup d’oeil sur la part d’ombre de l’inventeur du rock’n'roll.

Keith Richards est un sacré mec. Fallait-il un documentaire sur Chuck Berry pour s’en rendre compte? Hail! Hail! Rock’n'roll, de Taylor Hackford, tourné en 1986, sort en DVD. Le documentaire retrace les répétitions du concert anniversaire qui célèbre les 60 ans de l’inventeur du rock: Keith Richards, directeur artistique de l’évènement qui invite Eric Clapton, Etta James, Linda Ronstadt, Robert Cray et Julian Lennon, est au coeur des meilleurs scènes du film.

Le guitare de Chuck Berry cherche celle du guitariste des Rolling Stones: saisissant, cet épisode où la légende reprend l’autre. Encore et encore, Chuck Berry fait rejouer l’une de ses intros à l’élève. Rapports de force. Orthodoxie rock’n'roll. Douce ironie. Mais c’est affalé sur un canapé, la diction pâteuse comme à son habitude, que Keith Richards fait le plus fort.

Alors que tous les intervenants du film – Bruce Springsteen, Bo Diddley, Little Richard, Eric Clapton, Roy Orbison… – s’adonnent au jeu de la lèche immodérée, Keith Richards laisse d’abord entendre que Chuck Berry n’est pas forcément, sur scène, ce que l’on pourrait attendre de lui. En transparence déjà, les concerts médiocres que le pionnier donne à tout va, accompagné par qui voudra bien, et pour autant que le cash suive. Mais Keith persiste et signe, démontrant par a+b que le pianiste de Chuck Berry, Johnnie Johnson, personnage discret s’il en est, est largement responsable de nombre des riffs que la guitare a piqué au piano… Le petit homme placide est ainsi enfin mis en lumière, lui qui, chauffeur de bus à Saint Louis, a été réquisitionné par Keith Richards pour le concert anniversaire.

Hail! Hail! Rock’n'roll aligne les moments forts, les anecdotes, même s’il se perd un peu dans la retransmission en longueurs du concert évènement donné au Fox Theater. Mais le plaisir de la musique est là. Jusqu’aux bonus du DVD. Là, l’équipe de tournage raconte longuement l’envers du décors. Et c’est pas rien. Dans le détail, on passe en revue les mauvais coups du mauvais garçon: l’ancien repris de justice fait subir, quotidiennement, son chantage. Tout pour le cash. Mais vraiment. Tout pour le cash. Et l’on accuse les bad boys du rap de leur obsession du dollar. Voilà qui donne à réfléchir, comme cette scène où Bo Diddley, Little Richards et Chuck Berry parlent gros sous: en transparence, les rapports de force inter-raciaux. Edifiant.

Chuck Berry est un sale type. Dont on aimerait pourtant être le meilleur ami. Keith Richards: “C’est le seul mec qui m’ait frappé sans que je rende les coups.”

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REFERENCE

  • Hail! Hail! Rock’n'Roll, Taylor Hackford (Warner Music Vision)

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hip hop: Braza, la morsure brésilienne

Trois MC brésiliens et un producteur américain font le lien entre hip hop et beats dancefloor d’ici et là-bas

Premier à paraître sur le label de Disco D, Gingo Louco, le EP « Welcome To Brazil » fait le pont entre les stratégies hip hop et dancefloor brésiliennes et nord-américaines. Portugais et anglais se mêlent dans un rap bouffé par d’occasionnelles morsures ragga. Aux commandes, le MC et producteur Mr. Bomba, issu des fers de lance brésiliens de SP Funk, Cabal, révélation solo avec le tube « Senhorita », et Preto Rima, petit jeune porté par les ailes des deux aînés.

La veine gettotech de Disco D (complice de 50 Cents sur « Ski Mask Way ») s’exprime à travers des sonorités synthétiques espacées par des basses haletantes, proches des claques sonores qui exaltent les jeux vidéo (un titre de Braza accompagne la dernière version du jeu NBA Live 07). La force de frappe latino tient dans les alarmes sensuelles portées par les mélodies aussi rondes que têtues. Représentant parfait de ces métissages cosmopolites, « Son Do Braza » invite, en direct de Rio, le meneur de la vague baile funk Mr. Shock, et Aori, rapper fidèle au hip-hop-maison.

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Avant-première: les très hauts et les bas de Feist

Feist

PHOTO: MARY ROZZI

The Reminder, à paraître en avril, rappelle la prouesse de femme à notre bon souvenir: aperçu titre par titre. Produits par Feist, Gonzales et Renaud Letang (avec Mocky sur quatre titres), certains sont suffisamment moches pour mettre en évidence la grande beauté des autres.

So Sorry La voix tranchante qui s’emporte toujours aux entournures, sans avoir l’air de rien. Elle nous avait manqué. Une guitare sèche enveloppante. L’écho lointain d’un clavier. Maracasses. Un mea culpa tendre dans les affaires d’une femme, d’un homme. Un titre qui va à la rencontre du premier album. Ça nous va bien. Et puis des chœurs – ceux, pourtant, de Jamie Lidell. Des soufflés de nez qui enroulent la tendresse dans une mièvrerie dommage.

I Feel It All Un registre rock rêche qu’on ne lui connaissait pas s’ouvre sur les fenêtres de comptines tintinabulantes. Prometteur. Mais les gling-glings de la guitare sèche s’arrêtent parfois, pour mieux relancer bêtement le refrain : un sale petit goût de Meredith Brooks. C’est moche.

My Moon My Man La basse acoustique de Mocky groove alors que la production joue de la profondeur de champs, de dissonances éparses et lointaines. Premiers clin d’œil des bidouilleurs de première, qui se devaient de finauder. Les voix s’élèvent en volutes vers la boule à facette. Le titre le plus chouette.

The Park La mise à nu, voix et guitare, se passerait bien des petits bruits d’oiseaux qui filtrent, mais ne vaudrait pas tant sans les cordes qui soulèvent ci et là la mélodie, sans les cuivres qui la tirent vers sa fin.

The Water Prouesse d’interprétation, le morceau ne tient sur presque rien, mais tient bien. Feist nue dans une épure trompeuse, sereine quant à son talent, parvient si facilement à partager ses conviction. Ce titre, qui englobe une mélodie de Brendan Canning, de Broken Social Scene, est le plus sûr.

Sea Lion Woman Clappements de mains, chœurs onomatopéiques, tempo enlevé. Le “See Line Woman” popularisé par Nina Simone, sauvagement épidermique, revu et corrigé en gospel de pub télévisée. Embarrassant. Heureusement, le bizarre conquiert l’improbable, et des guitares à la « Crosstown Traffic » (par Afie Jurvanen) détournent un instant l’attention de cette chansonnette qui vaudra peut-être mieux en live.

Past In Present Les envies punkisantes de la voix sont contrecarrées par les ondulations d’une guitare hawaïenne. La main de l’auditeur est prise avec la poigne des tubes. Ici on n’hésite donc entre beau biais et formule pop un peu lisse : étonnant étonnement…

Limit To Your Love Eminemment Feist. Le timbre et le chant exploités jusque dans leurs plus beaux contours : éclats, voix dédoublées. Le piano et les cordes servent au ravissement d’une ballade aux intensités en escaliers. Le plus beau titre de l’album.

1.2.3.4 Décidément ces chœurs, discrètement insidieux, détonnent. Dans le fond, un banjo, une trompette occasionnelle, puis le piano groovy de Gonzales emportent finalement cette fanfare délicate mais aux bonnes joues roses.

Brandy Alexander Quels que soient les apparats qui un à un habillent cette chanson d’amour – claquements de doigts, puis piano, guitare, cordes enfin et voix plurielles finalement –, la pureté de la composition prime, seule celle de la voix compte. Le titre le plus chic.

Intuition Une mélodie qui lézarde. Tout repose sur la guitare baladeuse et l’émotion directe : subtilement décharné, « Intuition » porte son nom avec une fierté bien placée.

Honey Honey Ce que les live de Feist pouvaient générer de plus prenant : les boucles vocales et celles de la Gretsch hypnotisent à force d’élans balancés. Et quand la harpe coupe court au flux avant de le prolonger, le souffle est court aussi.

How My Heart Behaves Ce grand déballage, redevable en partie à Andrew Whiteman de Broken Social Scene et Apostle Of Hustle, rappelle les dernières mélopées de Joanna Newsom. Développements linéaires, touches de harpe, et dépliages instrumentaux. La production intéresse – ses flous, ses contrastes soudains –, mais ces chœurs, mince, ces chœurs (dont ceux de Eirik Glambek Boe de King Of Convience). Quand on met du moche dans du beau, le beau devient moche.

ALBUM

  • Feist, The Reminder (Polydor/Universal) sortie le 23 avril

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hip hop: l’expérience Airborn Audio

Airborn Audio

Les deux ex-Anti-Pop Consortium ne veulent pas entendre parler d’électro. Pas de ça dans leur hip hop expérimental.

Il rit, le grand M Sayyid. “Electro ? C’est pas notre truc, nous on fait du Anti-Pop Consortium ! En aucune façon. Nous ne sommes liés, ni de près ni de loin, à quoi que ce soit qui s’appelle, et j’insiste, de l’électro. C’est nous qui avons tout inventé.” Même caché derrière sa fatigue, même masqué par la pose flegmatique du vieux sage, le comparse High Priest laisse échapper un gloussement de fillette chatouillée.

Airborn Audio, c’est les deux New-Yorkais, MC et producteurs hip hop, donc, piqués au vif. Que leur pratique du beat soit fondée quasi exclusivement sur des sonorités ostensiblement synthétiques, que leurs rythmiques poussent loin les tactiques des grooves dancefloor ne s’explique donc pas par la contagion d’une musique sur une autre, par la digestion d’une scène par une autre. La génération qui se veut spontanée naît dans les 90’s avec Anti-Pop Consortium, et grandit en 2004 avec la sortie du premier album du duo abandonné par Beans, Good Fortune. Une épiphanie qui aura ouvert la voie au grime anglais et aux biais des labels Big Dada ou Anticon.

High Priest explique : “Je ne veux pas me faire des films à propos du passé, mais autour de 1999, il y avait des choses “normales”, et des choses “à venir”. Nous on a toujours été du côté “à venir”". Curieux gonflement auto-consécratoire de la part d’un artiste qui sort ces jours un album solo, Born Identity, revenu au sampling d’instruments, à des atmosphères denses et planantes niant l’étrange groove flamboyant des conquêtes passées. Que vaudra le projet Electric Arms de M Sayyid? Il y travaille actuellement.

Sur la scène du Romandie de Lausanne, le 20 février dernier, la paire de franc-tireurs jouait du sampler. Les flows de deux MC étaient impeccables. Les musiques souvent extraordinaires (les rythmes tapés sur les pads des MPC en direct, les boucles qui se construisent). Mais la radicalité frondeuse des débuts a fait place à un laboratoire plus scientifique. La recherche vaut ici pour elle-même. Elle ne vise plus obstinément l’avant-garde. Plus de fuite en avant.

Retour en arrière du duo? Pas pour autant. Leurs envies ponctuelles –étonnantes au vu de leurs prises de position antérieures– de boucles instrumentales n’expliquent pas tout. Non: les pionniers sont simplement rattrapés par les suiveurs. Rattrapés par les années qui séparent l’avant-garde de sa digestion par les auditeurs. Reste qu’Airborn Audio a l’assurance des inventeurs, des originaux, des sans concession. La classe de ceux qui se croient seuls au monde. De ceux qui ne mettent certainement pas d’électro dans leur hip hop électro. “Ces trucs de club music, je les sens pas trop…” M Sayyid ne finit pas une phrase. En commence vingt. “Mais j’aime bien Daft Punk… C’est nouveau pour moi…”

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REFERENCES

  • High Priest, Born Identity (Sound-Ink)
  • Airborn Audio, Good Fortune (Ninja Tune)
  • (M Sayyid, Twilight Zone Mix-tape)

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rock: les abstractions de Tyondai Braxton

Des structures abstraites pour un Américain qui joue de la guitare, de la voix et de la pédale d’effet

Connu pour ses prestations live avant toute chose, Tyondai Braxton (connu aussi pour être le fils du saxophoniste et compositeur Anthony Braxton) est le fier auteur d’un premier album paru sur JMZ Records (History That Has No Effect), d’un split avec Parts & Labor (Rise, Rise, Rise, sur Narnack). Il est encore un partenaire de choix pour un complice de premier ordre : Prefuse 73, sur son excellent dernier Surronded By Silence.

Clin d’œil aux connaisseurs, petites notes cordiales faite aux autres : Battles. L’un des meilleurs groupe – super-groupe, plutôt : notre homme, un membre de Don Caballero, un de Helmet et Tomahawk et un autre de Lynx – à avoir émergé l’année passée grâce à la sortie sur Warp d’un double EP, EP C/B EP. Tyondai Braxton fait partie de Battles. Battles annonce un premier album pour cette année. Tyondai Braxton annonce un deuxième album solo pour cette année.

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REFERENCE

  • Tyondai Braxton, History Has No Effect (JMZ Records)

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folk: une triste mélopée coréenne

Kim Doo Soo

Japon, Corée et Turquie pleurent les mêmes sombres magnificences d’un folk universel

Une force émotionnelle, une envergure poétique telles qu’une de ces chansons a conduit une femme au suicide, que la même a sauvé un homme de ses noirs desseins. International Sad Hits Volume One : Altaic Language Group, compilé par Damon & Naomi, essaime les clairs obscures magnifiques de quatre artistes, deux Japonais, un Coréen et un Turc, marquant l’universalité – tant géographique que temporelle – des chants qui tutoient les grands désespoirs.

Tout le folk du monde, toutes les poésies se tiennent ici la main, et ont des sourires las pour les censures subies par leurs auteurs. Un album militant, tant, en transparence, pour la liberté de création, que pour la libre expression des émotions les plus profondes. Fikret Kizilok, Kim Doo Soo (en photo), Tomokawa Kazuki et Mikami Kan éclairent d’un rai de voix, d’une étincelle de guitare, les ombres portées d’émotions irradiantes.

« Bohemian », du Coréen Kim Doo Soo, chante la mort avec l’intensité sereine propre aux sages.

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REFERENCE

  • International Sad Hits Volume One: Altaic Language Group (20-20-20)

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pop: Money Mark s’éloigne du groove

money mark barclay

Le nouvel album du clavier des Beastie Boys s’éloigne des grooves débonnaires du passé pour investir une pop parfaite

Il a tout du meilleur parti de l’indie américaine. Money Mark est l’un des artisans du renouveau des Beastie Boys : ses claviers au groove flegmatique soulevaient, en 1992, l’anthologique Check Your Head. Mark Ramos-Nishita a depuis trusté le gotha expérimentalo-pop des taste-makers irréprochables, courtisés par les wanna-be mondiaux.

Yoko Ono, Beck, The Blues Explosion, The Dust Brothers, The Mars Volta, Kid Koala, James Lavelle, Jack Johnson… Money Mark élude pourtant le bal des débutantes et revient en solo.

Brand New Tomorrow, c’est la classe artistocratique d’un multi-instrumentiste qui abandonne les divagations lâches de ses albums précédents, pour se laisser prendre dans une toile plus serrée, tissée par une pop arachnéenne, et se débattre avec le sourire.

Pop. Infectieuse. Retour à des mélodies « colle-chantée » proches de « Got My Hand In Your Head », qui, depuis 1995, tourne dans les têtes, fait claquer des doigts. Une filiation qui envie les gènes de Sean Lennon. Un fils illégitime, ligué avec Elliott Smith, qui reproche à la progéniture chouchoutée ses manières d’enfant gâté.

Produit par Mario Caldato Jr., Brand New Tomorrow, dénué des instrumentaux précédemment obsédés par sa collection de claviers, invite des instrumentations inspirées, un foisonnement pétillant malgré la tonalité mélancolique du tout. Harmonica, piano, cuivres et cordes se détachent sans jamais frimer.

Top of the pops, « Pick Up The Pieces », premier single porté par la basse fringante de Carol Kaye des Beach Boys, « Colour Of Your Blues », sa mélodie radieuse, « Eyes That Ring » son origami instrumentale, « Radiate Nothing », sa boîte à rythmes bossa et ses grooves rigolards, « Summer Blue » son clavier au swing caractéristique.

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REFERENCE

  • Money Mark, Brand New Tomorrow (Brushfire/Barclay)

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Money Mark

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Le clavier des Beastie Boys révèle “les disques qui me rappelleront les meilleurs souvenirs de ma vie antérieure aux Etats-Unis.”

Pharaoh Sanders Thembi. Son ambiance est envoûtante, le premier morceau tout particulièrement. Avant, je n’écoutais pas beaucoup de jazz – d’ailleurs, le jazz, je ne sais pas pas exactement ce que c’est, ça n’a pas de frontières.

The Beastie Boys Paul’s Boutique. Ce disque m’a immédiatement semblé extrêmement moderne. La façon des Beasties d’utiliser la technologie s’y révèle à la fois très hirsute et très novatrice.

Keith Jarrett The Köln Concert. J’adore ses improvisations au piano. Je le mettrai et il m’aidera à improviser ma survie, par exemple à édifier une bicoque très ingénieuse.

The Beatles Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Il m’a particulièrement marqué, même si j’aime fautant le White Album, Revolver, Rubber Soul. Mais Sgt Pepper possède en plus un côté épique et abouti qui me permettra de dilater le temps.

De La Soul 3 Feet High and Rising. A la fois intelligent, positif, et extrêmement créatif. C’est un peu le Sgt Pepper du hip hop – qui a d’ailleurs été enregistré dans une sorte d’esprit pré-hip hop.

Sly and the Family Stone There’s a Riot Going On. Quand j’étais petit, la radio diffusait énormément de hits soul splendides. J’adorais Al Green, Bobby Womack. Sly Stone parvenait en plus à déborder d’inventivité et de subversion sur la durée d’albums entiers.

John Coltrane Blue Trane. Je hais l’idée de ne pouvoir prendre qu’un Coltrane avec moi. C’est affreux, inhumain. Il a exploré des terrains si différents, si époustouflants, si gratifiants.

T.Rex Greatest Hits. Mes goûts sont très éclectiques. Ces morceaux dégagent une intensité à la juvénilité particulièrement communicative.

Minnie Ripperton Perfect Angel. Tout simplement parce que c’est le disque qui contient la plus belle chanson d’amour jamais écrite: «Lovin’ You».

Billie Holiday Body and Soul. Probablement la voix la plus déchirante que je connaisse. Beaucoup de voix féminines m’émeuvent – Nina Simone, Roberta Flack –, mais celle de Billie provoque des frissons incomparables.

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  • Money Mark, Brand New Tomorrow (Brushfire/Barclay)
  • Propos recueillis par Benoît Sabatier

Publié en mai 1998 dans le numéro 4 de Vibrations

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