Catégorie : A écouter

Blowfly, pervers pépère


Une série de rééditions et un documentaire permettent de revenir sur la trajectoire peu commune de Clarence Reid, chanteur et producteur légendaires de Miami. Tout au long des années 60 et 70, Reid était surtout connu pour avoir composé des titres pour des artistes tels Betty Wright (qu’il a découvert), Sam & Dave, Gwen McCrae ou KC & the Sunshine Band. Grâce aux succès de ces derniers, et à l’influence de TK records vers le milieu des années 70, beaucoup reconnaissant l’impact de Reid dans le “Miami Sound” et, un peu plus tard, l’émergence du disco.

Parallèlement à cette facette professionnelle, Reid s’était rapidement fait une réputation pour son art des pastiches grossiers. Initialement, son répertoire était réservés à des soirées privées, généralement organisées par des labels qui l’employaient. Ce public de profesionnels ne manquait pas d’apprécier le ton irrespectueux et la délicatesses de titres tels que “Shitting on the dock of the bay”, “Suck around the Clock” ou “The Incredible Fulk”.

Il aurait pu en rester là et simplement profiter de son talent pour soigner ses relations publiques dans l’industrie du disque. Mais le destin en a voulu autrement pour diverses raisons. Tout d’abord, Reid a connu les déboires de beaucoup de visionnaires flambeur de l’époque et, peu de temps avant le regain d’intérêt pour le funk et la soul, il avait revendu ses droits d’auteurs pour des sommes dérisoires.

Du même coup, Blowfly a progressivement pris le pas sur Clemence Reid, au point de devenir un projet de vie. Depuis 1969, année bissextile, le superman de la gaudriole a sorti près de 25 albums. Tous classés X. Aucun label ne voulant cautionner ses penchants scatologiques, Reid a été contraint de lancer Weird World et à même réussi à décrocher quelques jackpots. C’est le cas notamment de sa reprise de Rapper’s Delight qui atteindra la 26e position du billboard américain, catégorie black album.

A l’heure où ses contemporains barbotent dans leurs piscines en forme de Les Paul, Reid continue à parcourir le monde cahin-caha . Enroulé dans sa cape de super héros, il vante avec la même fougue son faible pour les turlutes et les chatons.

Dans son documentaire sorti en septembre dernier, Jonathan Furmanski dépeint l’univers baroque et pas toujours ragoûtant de ce Russ Meyer du r’n'b. En suivant Reid au quotidien et en rassemblant les témoignage de fans devenus illustres, de Jello Biaffra à Ice Cube, ce documentaire paye un tribut au clown dirty qui ne peut pas tirer sa révérence.

D’ailleurs, le sort de Blowfly n’est pas au pathétique qu’on pourrait l’imaginer et il connaît même un certain regain d’intérêt ces dernières années. Son rapatriement dans l’écurie Alternative Tentacles de Jello Biaffra y est pour beaucoup. A l’écoute de R. Kelly in Cambodia) on ne manque pas d’être étonné par son étonnante flexibilité en matière de registre musicaux. Dans le même temps, Weird World est sur le point de rééditer une grande partie de son catalogue.

Trailer, “The Weird World of Blowfly”, real. Jonathan Furmanski (2011)

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Listen Whitey!, l’année des panthères


À la fois musicien, journaliste et directeur artistique d’un label, Pat Thomas n’a cessé d’alimenter sa passion pour les musiques afro-américaines et les courants contre-culturels des années 60 et 70. Ces différentes occupations lui ont notamment valu d’interroger Allen Ginsberg ou de rééditer un belle brochette de classiques pour Water Records et 4Men with Beards.

Depuis quelques années, cet intérêt pour la musique et le militantisme s’est progressivement cristallisé dans l’histoire du Black Panthers Party. Après cinq années de recherche, et une relation particulière avec quelques membres historiques du mouvement, il a réussi à amasser une collection unique d’enregistrements dévolus à la cause révolutionnaire.

Sur la base de ce matériel, qui va de l’obscur discours aux grands noms, Thomas tente de formuler une cartographie de l’influence et des liens musicaux durant cette époque mouvementée. Ceci en agrémentant son propos à l’aide de nombreuses photographies inédites et de reproductions de pochettes.

Marlena Shaw, Woman Of The Ghetto (live au Montreux Jazz Festival, 1973)

Bien entendu, cette recherche est accompagnée d’une bande-son. “Listen, Whitey! The Sounds of Black Power 1967-1974″ est produite par Light in the Attic qui l’envisage d’ores et déjà le “document acoustique définitif sur le mouvement du Black Power”. Le festival de Montreux à droit à une petite mention grâce à la légendaire prestation de Marlena Shaw.

LIVRE

  • Pat Thomas, “Listen, Whitey! The Sights and Sounds of Black Power 1965-1975 “, Fantagraphics (date de publication 5 mars 2012)

COMPILATION

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Reggie Watts, comic’s trip


Difficile de savoir exactement dans quel chaudron est tombé Reggie Watts quand il était petit. Un père américain. Une mère française. Une naissance en Allemagne,… une chose est certaine, la mixture devait être largement assaisonnée d’épices dada. Musicien, human beatbox ou humoriste… il est tout cela à la fois et l’encyclopédie Wikipédia permet d’éviter les problèmes de catégorisation en stipulant simplement “artiste multidisciplinaire”.

À vrai dire, pour trouver une définition appropriée, il faudrait plutôt s’inspirer de dispositifs, tels que le collisionneur ou le convertisseur, tant il se montre capable de regurgiter tout ce qui a pu imbiber sa chevelure spongieuse. Couche après couche, il fait preuve d’une habileté sans borne pour faire coexister non-sens et freestyle.


Reggie Watts - Out of Control by Zegoat

Même si Reggie s’est fait connaître principalement grâce à des séries de vidéos publiées sur Youtube, c’est sur scène que l’on peut saisir toute l’originalité de sa démarche. Tour à tour crooner flamboyant, rapper tendance ghetto, midinette r’n'b ou professeur de pataphysique, il s’improvise dans personnages, caricaturant avec précision tous les petits travers de chacun.

Juxtaposant les sons et les accents, les poses et les beats, les gags se se succèdent comme les boucles lancées sur son échantillonneur. Il travaille sans filet et ça ressemble un peu à n’importe quoi. Mais, au final, cela donne toujours quelque chose d’hilarant. Si le postmodernisme devait être exprimé à travers les trips d’un comique, ce serait Reggie Watts.

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Leonard Cohen, l’autre king


Leonard Cohen est de retour pour promulguer quelques pensées introspectives à travers son douzième album. Le Guardian couvre cette sortie de manière extensive avec, dans un premier temps, un long article qui revient sur quelques anecdotes qui ont jalonné sa carrière de sa retraite curative dans un monastère bouddhiste à l’affabilité de Janis Joplin au Chelsea Hotel.

Dans un deuxième temps, en plus du single Darkness, le journal offre une opportunité pour écouter en avant-première toute la volupté de “Old Ideas”. Cohen, qui cela dit en passant est contemporain d’Elvis Presley, démontre que son phrasé mélancolique ne cesse de se bonifier avec les années.

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Alabama Shakes, …all night long


Un EP de quatre titres distribués via Bandcamp, dont le déjà classique Hold On, une chanteuse au timbre charismatique et un talent naturel pour mélanger des influences très diverses, Alabama Shakes n’aura pas eu besoin de beaucoup plus pour s’attirer une grande visibilité.

En matière de secousse, ça fonctionne plutôt bien et pas seulement en Alabama. En particulier, lorsqu’il s’agit de cogiter sur les références que le quatuor ne manque d’évoquer. En effet, si Janis Joplin, Sharon Jones, Robert Plant et Otis Redding devaient un jour se retrouver dans un supergroupe, il y a de fortes chances pour que Alabama Shakes se charge de la première partie. “Boys & Girls” (ATO) est prévu pour le 10 avril.

Diplo, trip en classe affaire


Diplo a toujours eu beaucoup de peine à tenir en place et il restera, aux côtés de M.I.A qui s’est bien calmée dans l’intervalle, le prototype du raver-jetsetter de ce début de XXIe siècle. Du baile funk au moombahton, en passant par le reggaeton et le kuduro, il a passé au mixer tout ce que le globe a pu générer d’efficace pour se bouger l’arrière-train.

Non content d’être un usager frénétique des réseaux sociaux, il nous offre un petit compte-rendu de ses pérégrinations sous la forme d’un livre de photographies. “128 Beats Per Minute” présente ainsi un aperçu du quotidien du globe-trotter mis en image par le photographe Shane McCauley. On imagine aisément que cet ancien assistant d’Annie Leibovitz a dû réaliser des mandats beaucoup plus ennuyeux dans sa carrière.

Le livre est divisé par continent et par pays et intègre des playlists, ainsi que les impressions de Diplo à propos des différents pays qu’il traverse. Afin de mettre une couche VIP supplémentaire, la préface est signée par le styliste Alexander Wang.

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