Catégorie : Focus

Listen Whitey!, l’année des panthères


À la fois musicien, journaliste et directeur artistique d’un label, Pat Thomas n’a cessé d’alimenter sa passion pour les musiques afro-américaines et les courants contre-culturels des années 60 et 70. Ces différentes occupations lui ont notamment valu d’interroger Allen Ginsberg ou de rééditer un belle brochette de classiques pour Water Records et 4Men with Beards.

Depuis quelques années, cet intérêt pour la musique et le militantisme s’est progressivement cristallisé dans l’histoire du Black Panthers Party. Après cinq années de recherche, et une relation particulière avec quelques membres historiques du mouvement, il a réussi à amasser une collection unique d’enregistrements dévolus à la cause révolutionnaire.

Sur la base de ce matériel, qui va de l’obscur discours aux grands noms, Thomas tente de formuler une cartographie de l’influence et des liens musicaux durant cette époque mouvementée. Ceci en agrémentant son propos à l’aide de nombreuses photographies inédites et de reproductions de pochettes.

Marlena Shaw, Woman Of The Ghetto (live au Montreux Jazz Festival, 1973)

Bien entendu, cette recherche est accompagnée d’une bande-son. “Listen, Whitey! The Sounds of Black Power 1967-1974″ est produite par Light in the Attic qui l’envisage d’ores et déjà le “document acoustique définitif sur le mouvement du Black Power”. Le festival de Montreux à droit à une petite mention grâce à la légendaire prestation de Marlena Shaw.

LIVRE

  • Pat Thomas, “Listen, Whitey! The Sights and Sounds of Black Power 1965-1975 “, Fantagraphics (date de publication 5 mars 2012)

COMPILATION

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Michael Kiwanuka, génération spontanée


Si 2011 a constitué une étape cruciale dans la carrière de Michael Kiwanuka, avec un premier EP encensé et une série de concerts en première partie d’Adele, 2012 débute sous les meilleurs auspices. Alors que le single Home Again sortait le jour de l’an, le songwriter londonien remportait le convoité “BBC Sound Of 2012” qui sanctionne chaque année un talent émergent.

Sans chercher à dénigrer les autres concurrents, on n’a aucune peine à imaginer que ce choix n’a pas été très difficile en regard des qualités de Kiwanuka. Emportés par les courants d’airs nostalgiques qui soufflent en ce moment, ces clips en super 8 jaunis et sa voix profonde ont su forcer les comparaisons les plus élogieuses. Bill Withers, Otis Redding ou Richie Havens, nul doute que son premier album, qui sort le 24 mars, devrait satisfaire les amateurs d’huiles essentielles.

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King Stitt, la beauté cachée


ERRATUM: King Stitt a été hospitalisé mais l’annonce de sa mort est une rumeur.

Mise à jour: King Stitt est décédé le 31 janvier 2012

Décédé durant le weekend, King Stitt était un des derniers rescapés de l’ère des deejays jamaïcains oribinels. Aucune histoire du reggae ne peut faire l’impasse sur celui qui s’était autoproclamé, en raison d’une sévère déformation faciale et en référence au film de Sergio Leone, The Ugly One.

Né en 1940 à Kingston, Winston Sparkes avait débuté sa carrière en 1957 dans le Dowmbeat Sound de Sir Coxsone Dodd, après avoir été repéré par Count Machuki. Bien qu’il se produise régulièrement sur scène, ce n’est que vers la fin des années 60, lorsqu’il entame une collaboration avec Clancy Eccles et son groupe The Dynamites, qu’il enregistre ses premiers titres à succès.

King Stitt, Herbsman Shuffle (1969)

Fire Corner, Herbsman Shuffle ou Dance Beat lui valent une reconnaissance en Jamaïque et en Grande-Bretagne. Stitt réapparaissait ponctuellement et on le retrouve notamment dans une interprétation des Des Laids Des Laids sur la compilation “Aux armes et cætera - Dub Style”.

King Stitt, The Original Ugly Man (reprise de “Des Laids Des Laids” de Serge Gainsbourg”, 2003)

Bonne Année!


Nous serons de retour le 9 janvier

Cesaria Evora, Vague à l’Ame


Elle possédait une voix qui fait naître le frisson et rend belle la tristesse. Cesaria Evora ou le charme ineffable de la musique lusophone*.

Par Patrick Labesse

Discret petit bout d’Afrique mise en miettes par une vieille colère volcanique à 500 kms au large de Dakar, méconnu, ignoré, pour un peu on l’aurait cru muet cet archipel battu par les vents. Et puis un jour, à la faveur du Festival des Musiques Métisses d’Angoulême, une divine surprise: Cesaria Evora. Grâce à cette noble chanteuse à la cinquantaine meurtrie, le Cap-Vert fait enfin résonner le chant de ses terres arides.

Ecouter Cesaria, c’est entendre l’âme qui pleure. Ailleurs on appellerait cela le blues. Ici c’est la «morna», une exquise métisse née d’un mariage de déraison entre le fado du colonisateur portugais et des tempos d’Afrique. Cette musique, empreinte d’une sérénité douloureuse, depuis bien des lunes elle coule dans les veines de celle que les îliens ont consacrée reine du genre. Une distinction strictement symbolique pour Cesaria Evora, qui, jusqu’à une époque toute récente encore, vivait dans un extrême dénuement.

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La « cachupa » de Cesaria Evora


Du Cap-vert, on connaît la musique mais moins sa cuisine savoureuse, heureux mélange entre la cuisine portugaise et les produits de l’Afrique. Cesaria évoquait le plat dont elle raffolait*.

Par Laurence Touitou

Cesaria Evora faisait escale à Paris une semaine en avril, pour ses concerts au Grand Rex. On m’a toujours évoqué sa générosité et sa gourmandise, j’ai essayé d’en savoir plus. Je l’attends en compagnie de José da Silva, son producteur dans le salon d’un petit hôtel de la rue Cardinet. La « diva aux pieds nus » n’a pas des goûts de luxe. Elle arrive d’ailleurs tranquillement de chez un pédicure. Elle s’assoit aux côtés de José et attend avec calme mes questions.

Deux tiers des capverdiens vivent à l’étranger, surtout en Europe et en Amérique du Nord et pendant ces tournées quelquefois, elle a la chance de pouvoir goûter à la cuisine de son pays. J’ai eu envie de savoir si comme d’autres artistes, elle préférait se produire le « ventre vide » et surtout ce qu’elle aimait manger après ses spectacles. Savoir que son plat favori l’attend après un concert est un réconfort pour elle : « Quand c’est possible, je commande dans la journée un plat de « cachupa » préparée spécialement pour moi avec des bananes frites et du poulet grillé servi à côté. Ce n’est pas habituel mais c’est mon petit plaisir. En tournée, quand ce n’est pas possible d’en manger, je me « console » avec des côtelettes d’agneau grillé… J’adore ça ».

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