Un truc énorme qui rendit baba le clown Rhum au tournant des années 30. Une truculence de bon vivant qui lui collera à sa peau métisse. On avait oublié de se rappeler d’autres bons souvenirs, moins versés dans l’humour des shows télévisés et autres tranches de rire. On avait oublié le chanteur à la voix de velours qui créa « Dans mon île » de retour du Brésil pour qu’on y soit toujours bien. Toutes ces chansons douces, parfois amères, jamais sucrées que nous ont chantées nos mamans, que depuis nous avons chanté à nos enfants. Le guitariste de jazz qui apprit ses bonnes notes tout seul dans la chambre de son adolescence. Celui qui accompagna Django au Jimmy’s Bar. On avait oublié l’éternel collégien, le petit Indien de Guyane qui tourna dans toute l’Amérique du Sud avec l’orchestre de Ray Ventura. Celui qui joua tout en second degré avec Boris Vian. Qui fit débuter Quincy Jones, un ami de plus de trente ans. On avait oublié le joueur de blues. Et puis est arrivée la nouvelle d’un nouveau disque. Une histoire rocambolesque à l’initiative d’une amie, Corine Joubard, qui ne voulait pas qu’Henri reste sur de fausses notes. Une collection de treize chansons, des classiques à l’ancienne, pour la vie. Il y est question de jazz, de Méditerranée, de bossa à la coule, de cordes sensibles, de petits bémols entre les lignes, d’inventaire pour ne rien oublier. Histoire de refaire l’histoire là où elle n’aurait jamais dû s’arrêter. Histoire de dire sans forcer sur la voix, toujours juste dans le ton, que le meilleur de nos crooners est bel et bien émouvant. Pourvu que ça swingue ! Pourvu que ça dure ! Lire la suite »
Le pionnier emblématique du hip hop français parle de la scène actuelle et de ses aspirations musicales, tout en posant une regard lucide sur notre société
INTERVIEW (15 min)
Interview réalisée par Elisabeth Stoudmann pour l’émission Radio Paradiso de la RSR1
CONCERTS
02/12 Centre culturel / St-Marcel de Vernon
03/12 Salle Jacques Brel / Gonesse
06/12 Bataclan /Paris
07/12 Bataclan /Paris
08/12 Bataclan /Paris
09/12 Bataclan /Paris
11/12 Bataclan /Paris
12/12 Bataclan /Paris
14/12 Salle Aragon / Saint-Dizier
16/12 Aeronef / Lille
19/12 Auditorium Stravinski / Montreux
Le musicien iconoclaste brésilien sort un nouvel album intitulé “cymbals”. Une occasion pour revenir sur les influences multiples et variées qui ont nourri sa carrière.
A deux semaines de la sortie du très attendu La Radiolina, Manu Chao nous parle de sa rencontre avec Diego Maradona à Naples, et comment il a
finalement eu raison d’ Emir Kusturica dans une station-service de Buenos
Aires. Exclusif!
The Mix-Up, 7ème album des Beastie Boys, paraît aujourd’hui. Green Giant, aux platines de l’émission de radio Downtown Boogie sur Couleur 3 et DJ incontournable des soirées rap et funk, fait le tour de ses impressions. Qu’en pense l’adepte de hip hop? L’amateur de funk? Le connaisseur de grooves?
Green Giant: The Mix-Up est un album agréable à écouter, mais je regrette que les Beastie Boys, un groupe super novateur, se soient mis au niveau des autres. Des groupes qui jouent du funk 70’s, il y en a dans n’importe quel bled! Reste que c’est bien fait, c’est sûr. Il faut vraiment prendre cet album pour ce qu’il est: seulement une facette des Beastie Boys. Je trouve dommage quand même que les morceaux soient si “normaux”, les structures si classiques: tout va tout droit, pas de surprises. Deux ou trois titres laissent pourtant espérer mieux: un break qui fait une rupture, une vraie évolution… Côté ambiances, on trouve un peu de dub, avec d’énormes réverbs, quelques petites vibes reggae, des rythmiques latino, deux-trois trucs vaguement afro-beat, et une bonne présence de guitares électriques rugueuses… Au final, j’aurais aimé des tentatives plus destructurées, un plus grand mélange de genres: pour un album qui porte ce titre… Mais j’imagine The Mix-Up comme un intermédiaire, qui peut relancer la machine de guerre.
Classique… Mais classique de haut vol?
Ça tient la route! Très plaisant à l’écoute. Je ne m’ennuie pas. Mais quand même, ce serait n’importe quel autre groupe, je n’aurais pas cette amertume. Pourtant dans un sens, les Beastie Boys ont raison: ils ne se posent pas la question commerciale, et en 2007, c’est assez rare pour être noté. Mais j’aurais préféré un truc décalé avant-gardiste à un truc décalé rétro! Il est vrai que la tendance actuelle, chez les groupes de funk, c’est les instruments vintage, les vieilles presses à vinyle… Le délire de faire exactement comme à l’époque. Délire dans lequel les Beastie Boys sont entrés en partie.
Qu’en est-il de la production?
Rien d’exceptionnel. L’écoute donne à penser que les trois musiciens ont joué ensemble, en une prise. Les sons ne sont pas millimétrés. Les Beastie Boys ont dû avoir envie d’un maximum de grain: la batterie n’est pas très claire, elle sonne étouffée, un peu rugueuse.
Vos morceaux préférés?
“The Cousin Of Death”: lourdeur, originalité, plusieurs vibes qui se mélangent : clairement le titre que je préfère. J’adore ce genre de son : plus agressif, plus d’ambiance. Une direction clairement plus rock, au niveau de la batterie.
“Suco De Tangerina”: cosmique à mort, des réverbs monstrueuses. Proche de ce que pourrait faire Morcheeba. J’aime vraiment bien la structure, la basse… Mais c’est quand même pas la révolution!
“Off The Grid”: tout à coup, au milieu du morceau, ça part complètement ailleurs: ça c’est frais! Je m’étonne moi-même de dire ça, mais c’est quand les Beastie Boys sont le plus rock que ça le fait le plus.
Vous envisagez de jouer ces titres dans vos sets?
C’est un peu mou pour les clubs. Et dans les soirées funk, les Beastie Boys sont en compétition avec les dieux du genre: si tu joues un de leurs instrumentaux après James Brown, quelle chute!
Les Beastie Boys ont toujours été radicaux, vous les voyez maintenant un peu “mous”…
Quel groupe qui a amené quelque chose de révolutionnaire l’a fait au 7ème album? Ils n’ont forcément pas la même fraîcheur qu’il y a 15 ans… D’ailleurs, ils n’ont plus rien à prouver. Il ne leur reste qu’une chose: se faire plaisir.
Sans vous faire réellement plaisir!
Les Beastie Boys devenus conventionnels? C’est le pire qui pouvait arriver. The Mix-Up serait un bon album, si ce n’était pas un album des Beastie Boys. Ceci dit, je l’écoute avec plaisir. C’est ça qui est perturbant.
Collaborateur précieux, Money Mark gratifie The Mix-Up, comme trois albums précédents, de ses claviers au groove agile, de sa perceuse, de ses baskets couinantes…
Comment avez-vous rencontré les Beastie Boys?
Je travaillais comme charpentier de plateau à Hollywood. J’étais aussi musicien de studio, mais à temps partiel, et j’avais du mal à payer mes factures. On m’a appelé pour une réparation sur une maison des hauts de Hollywood… Il s’est trouvé que cette maison était celle que louaient les Beastie Boys pour l’enregistrement de Paul’s Boutique. Nous sommes devenus amis, et j’ai construit le studio de Los Angeles qui a servi aux premières prises de Check Your Head. Une histoire à la Cendrillon!
Que représentait leur musique pour vous, à cette époque?
J’écoutais les Beastie Boys en fan modéré, mais en faisant leur connaissance, j’ai remarqué que nous avions beaucoup en commun. J’ai vu qu’ils avaient des idées ambitieuses, et ça a fait que nous nous sommes très bien entendus. Je me disais que je pourrais faire partie de la musique à venir… Encore maintenant, je trouve que nous sommes un bon groupe!
Quand l’idée de la collaboration est née, que pensez-vous que les Beastie Boys attendaient de vous?
Je me suis dit que j’allais proposer toutes mes idées, et voir lesquelles ils choisiraient. Nous avons tous mis ce que nous avions de mieux dans la balance, et le mélange est équitable. Nous étions très proches. Nous traînions, échangions des tas d’idées. Tout ça avec un twist hip hop, et des horizons inédits… La musique qui en sortait était parfois farfelue, mais nous travaillions jusqu’à ce qu’elle ait un sens.
Peut-on affirmer que vous avez été un élément clé dans le tour groovy qu’ont pris les Beastie Boys?
Je ne dirais pas que leur musique est “groovy”… Tout ce que je peux dire, c’est que je suis reconnaissant d’avoir participé aux enregistrements des Beastie Boys, mais que j’ai toujours eu une trajectoire musicale de mon côté. J’ai rencontré ces types, et nous avons suivi le même chemin… Tellement de gens ont été cruciaux dans leur évolution: des producteurs, des réalisateurs de clips… Mais ils sont redevables avant tout à leur propre volonté.
Vous avez participé à tous les albums depuis Check Your Head (excepté To The Five Boroughs): toujours aux claviers?
Parfois à la guitare, ou à la perceuse, ou à la basket couinante, ou à l’eau qui gicle: tout ce qui produit du son, et qui est approprié!
Sur The Mix-Up, comment avez-vous travaillé les morceaux?
Certains titres se sont faits très vite, d’autres se sont construits grâce à un effort cérébral intense sur une période plus longue. Comme une femme qui accouche: certaines naissances sont faciles, d’autres moins, mais c’est toujours l’effort qui compte. Nous avons joué ensemble, parfois nous avons joué séparément… Des configurations assez classiques en fait. Les sons de The Mix-Up sont principalement analogiques. Vintage, chaud, assez traditionnel, mais la combinaison est unique. De toute façon, la musique vient de l’intérieur.
Comment qualifieriez-vous The Mix-Up?
Stéréo.
ALBUMS
Beastie Boys, The Mix-Up (Capitol)
Money Mark, Brand New Tomorrow (Brushfire/Barclay)
Alors que le compte à rebours a commencé (parution de l’instrumental The Mix-Up le 26 juin), Adam “Ad-Rock” Horovitz, au bout du fil, fait l’apologie paradoxale de l’art du sampling… Et dit qu’il n’a rien à dire
Votre musique a presque toujours tourné sur des beats. Sur The Mix-Up, pas une seule boucle: vous ne samplez pas vos propres instruments, comme vous l’aviez fait pour Ill Communication… Etes-vous fatigués du sampling? A-t-on fait le tour du genre?
Le sampling, c’est super. C’est mon hobby, et mon job. C’est tellement fun de trouver des samples. Et c’est intéressant de voir à quel point le sampling fait partie intégrante de notre manière d’écouter des disques. On se dit: “Voilà qui ferait un bon sample…” Et ce n’est pas un travers de musicien: maintenant tout le monde le fait.
Qu’est-ce qui fait un bon sample?
C’est différent pour tout le monde. C’est ce qui fait que la musique est bonne. Les gens qui utilisent les samples se posent souvent la question: est-ce la chanson, ou juste l’extrait? Il y a des tonnes de boucles issues de chansons merdiques. Billy Joel a quelques samples. Mais je ne suis pas un fan de Billy Joel. J’utiliserais son sample, mais n’écouterais pas sa musique à la maison…
Choisir tel sample est donc bien loin de l’affirmation d’un palmarès personnel…
L’affirmation, c’est “ce qui a été fait est maintenant ce que je fais”. Les gens disent qu’on emprunte: mais on prend! On vole! On s’approprie ce que d’autres ont fait. Voilà comment ça se passe. Les gens qui samplent se disent qu’ils sont meilleurs que Billy Joel, parce qu’ils se sont approprié sa musique. Par contre même si James Brown est très samplé, personne ne se dira jamais qu’il s’est approprié sa musique. Mais c’est une manière de jouer à son niveau. C’est assez punk.
Jouer des instruments, c’est aussi la plupart du temps s’approprier un genre.
C’est aussi une forme de vol. Mais c’est ce que fait tout musicien. Tu ne peux que rêver de t’approcher de tes influences, et donc tu les copies. Tout le monde fait ça. Tu veux être le plus cool. Tu veux peindre comme Picasso.
Il faut avoir un certain culot pour se mesurer à ses influences.
C’est d’où vient le punk. Et le hip hop. En fait, tu dois dire “fuck it”. “Je m’en fous: c’est ce que je fais, et je le fais.” Peu importe qui aime ça, ou si c’est bon ou mauvais, tu le fais…
En plus de vos qualités de rhéteurs, vous avez toujours su l’ouvrir pour défendre des causes sociales ou politiques. Alors que rien ne va plus, vous sortez un album instrumental. Ne serait-ce pas le moment de dire quelque chose?
Peut-être que d’une certaine manière, c’est une prise de position politique que de dire que nous n’avons rien à dire… L’Amérique est tellement foutue ces temps que je ne sais pas quoi dire. Je n’insinue pas que c’est ce que les gens devraient faire. Je veux encourager les gens à faire état de leurs opinions, et s’ils se sentent maltraités par leur gouvernement, ou pas écoutés, ils devraient dire ce qu’ils ont à dire. C’est important. Spécialement maintenant. C’est pas comme si nous n’allions plus jamais rien dire. Mais ces temps, nous écoutons simplement de la musique. Dans un monde foutu, peut-être faut-il une échappatoire…
ALBUM
Beastie Boys, The Mix-Up (Capitol) sortie le 26 juin
Le nouvel album des Beastie Boys, The Mix-Up, paraît mardi prochain. Vibrationsmusic.com marque le coup avec une semaine spéciale, et saisit l’occasion d’en discuter au téléphone avec un Adam “Ad-Rock” Horovitz facétieux, laconique, mais “simplement honnête”
The Mix-Up, à paraître mardi prochain, est totalement instrumental. Quelle fut l’impulsion de départ?
C’était l’idée de Adam Yauch. Il est très audacieux. Très têtu. Alors on l’a fait, c’était fun. Il n’a pas eu de peine à nous convaincre: nous n’avions pas vraiment d’autre idée, de toute façon. Habituellement, quand on se met à un nouvel album, on se fait des mixtapes les uns pour les autres, pour faire savoir ce que nous écoutons.
Alors, qui écoutait quoi?
Bon, nous ne l’avons pas vraiment fait pour cet album! Mais nous l’avons souvent fait par le passé…
L’influence post-punk, en particulier, paraît nouvelle chez vous…
Nous n’avons jamais joué des choses de ce type, mais nous avons toujours écouté ce genre de musique, nous avons grandi avec. Il était temps de jouer des choses inédites.
Vos enregistrements comportent une guitare-sitar, des touches afro-beat, des cloches latino… Vous écoutez un peu de ce qu’on appelle “world music”?
Pas tellement. Nous avons traversé une phase brésilienne… Vous savez, quand tout le monde écoutait Os Mutantes, nous les avons écouté aussi! On écoute beaucoup de reggae.
De la musique africaine aussi?
Un peu. Fela Kuti… Tony Allen, j’aime bien, Manu Dibango aussi.
Pourquoi ce titre, The Mix-Up?
C’est venu tout à la fin: l’album est un grand mélange de genres…
Mais c’est quelque chose que vous avez toujours pratiqué! Pourquoi insister là-dessus maintenant?
C’est tout ce qui nous est venu au dernier moment. Le mieux que nous ayons trouvé, tout à la fin. Là je suis simplement honnête.
Vous pensez convertir de nouveaux fans? Vous donnez cet été des shows intégralement instrumentaux. Qui va se pointer?
Nous essayons de pénétrer le marché de la musique de restaurants, et de spas. Vous savez, les lobbys d’hôtels? Ce genre de public. Dans les spas, on veut être la musique d’ambiance.
Vous avez été trop exposés jusqu’ici?
Non. Dans les cabinets de dentistes, par exemple, nous voulons être au premier plan. Quand vous vous faites fraiser les dents, on veut être dans les écouteurs, super fort.
Vous allez sûrement décevoir les fans de rap.
C’est possible, mais qu’est-ce qu’on y peut?
The Mix-Up ne contient pas à proprement parler de titre taillé pour MTV. Vous avez toujours fait des vidéos marquantes: qu’en est-il ce coup-ci?
Nous allons monter un DVD, avec un clip pour chaque chanson. Ça devrait sortir autour de Noël. Nous filmons tout le temps. Des trucs.
Dans votre nouvel album, que reste-t-il du hip hop et du hardcore qui définit votre style?
Nous voulions faire quelque chose de différent. Nous avons fait des disques de rap, des disques avec un peu de ci, un peu de ça… Nous avons commencé à jouer instrumental, et nous nous sommes pris au jeu. Ce n’est pas un album d’adieu, ni un album qui nous définirait: c’est un de nos disques parmi d’autres.
SUITE DE L’INTERVIEW DEMAIN
ALBUM
Beastie Boys, The Mix-Up (Capitol) sortie le 26 juin
Un réalisateur français plonge dans les scènes reggae et dancehall: gros budget pour musiques en cinémascope. Made In Jamaica sort demain sur les écrans français
Le réalisateur français Jérôme Laperrousaz a mérité sa réputation sur les terres de Marley en 1980, lorsqu’il publia un excellent documentaire sur le groupe Third World sélectionné au festival de Cannes, Prisoner In The Street. Cette fois, il orchestre un projet titanesque intitulé Made In Jamaica, avec 4 millions de dollars de budget. Parrainé par Wim Wenders, le film assume l’étiquette de Buena Vista Social Club de la musique jamaïquaine. Le traitement de l’image y est pourtant bien différent, et Made In Jamaica ne s’applique pas seulement à exhumer les vestiges d’un passé brillant. Le casting rassemble les derniers vétérans du reggae roots comme Gregory Isaacs et aussi la nouvelle génération dancehall comme Vybz Kartel ou Bounty Killer. Il sera soutenu par une B.O. en plusieurs disques composée de titres enregistrés spécialement pour l’occasion. Cet ouragan jamaïquain atteint les côtes bretonnes ce mercredi.
Outre le fait de tourner en 35 mm, en quoi Made In Jamaica se distingue-t-il d’un simple documentaire ?
Jérôme Laperrousaz: Nous l’avons tourné comme un film de fiction, ce qui signifie plusieurs prises, des mouvements de caméras répétés, une lumière extrêmement précise… Le reggae est une musique majeure, donc elle implique une qualité esthétique et formelle. Mais du coup, tout devient compliqué: il faut mettre en place la lumière, les cadres, et le reste. J’avais la même volonté esthétique pour la musique, ce qui veut dire des multipistes, sonoriser des endroits pas évidents… Je voulais un son parfait, mais qui garde la fragilité du “live”, la qualité de l’instant.
Quel est l’objectif du film ?
J’ai sélectionné les artistes comme on choisit des acteurs. J’ai travaillé avec mes filles pour choisir tous les titres avant le tournage, car le fil rouge, l’épine dorsale du film, c’est vraiment la musique, surtout les paroles des chansons. Par exemple, j‘ai écouté trente heures avec Toots Hibbert en studio, soit presque toutes ses bandes des vingt dernières années. C’est un perfectionniste comme moi, et finalement, on n’a gardé seulement trois titres. On a passé toute la nuit du nouvel an 2005 à travailler dans son studio.
Quels sont vos pires et meilleurs souvenirs du tournage?
Quand Bunny Rugs a chanté “Slavery Days” devant la plantation, c’était très émouvant. Il y eu aussi des moments difficiles: quand le danseur Bogle s’est fait assassiner trois jour après notre interview, ce fut un choc très éprouvant. La violence rend les choses compliquées. C’est très difficile de tourner en Jamaïque. L’industrie anglo-saxonne refuse d’y mettre les pieds car cela implique trop de risques. On a dû surmonter de vrais problèmes, mais il y a eu aussi et surtout des instants formidables. Chez la majorité des artistes jamaïquains, il y a une telle générosité, une telle force… Quand Bounty s’est mis à chanter sur le bateau, il est devenu impossible à arrêter. Je lui disais de s’économiser entre les prises, mais il a chauffé la foule pendant deux heures entières avec ses chansons.
Le message social est également essentiel…
Ces artistes sont des rebelles militants, chacun à sa façon. Ils militent pour leur cause, ils insistent sur des sujets qui nous gênent comme la pauvreté, le cloisonnement des classes sociales, et les effets secondaires de la colonisation… Voilà pourquoi il me semblait si important de leur donner enfin la parole.
LE FILM
Made In Jamaica, Jérôme Laperrousaz (sortie en salles le 13 juin)
ALBUM
Made In Jamaica, double CD (Harmonia Mundi). Avec Toots Hibbert, Gregory Isaacs, Sly Dunbar & Robbie Shakespeare, Beres Hammond, Bounty Killer, Elephant Man, Vybz Kartel, Lady Saw, Tanya Stephens, Capleton…
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Comment voyez-vous votre parcours, comme une évolution?
Je ne sais pas. Il y a quelque chose de définitif sur les White Stripes, comme une sorte d’idée d’anti-évolution. Nous restons toujours dans notre boîte. J’utilise toujours la même guitare Airline que celle du premier album. Beaucoup de choses nous retiennent, nous n’évoluons donc pas. Parfois, nous sortons de notre boîte et nous faisons un morceau comme “Conquest” ou “Icky Thump”, puis nous y revenons. Nous ne sommes que deux. Il me semble que les gens oublient cela. Ils s’attendent à ce que nous faisions des choses grandioses. Nous ne sommes que deux!
D’une manière générale, le succès des White Stripes est comme un rêve d’enfant qui devient réalité…
Nous disons toujours entre musiciens que la manière dont les White Stripes ont percé illustre la manière dont beaucoup de groupes aimeraient percer. Ecrire des chansons, sortir des 45-tours, enregistrer dans son salon. Et ensuite, un label vous signe pour faire un album. Vous commencez à faire des concerts. Vous progressez, le groupe commence à se faire un nom et ensuite vous triomphez avec un morceau.
Il s’agit d’une sorte de conte de fée rock’n’roll. On ne voit plus trop cela aujourd’hui. Les groupes sont signés à l’issue de leur premier concert et ont déjà un avocat. Nous sommes chanceux d’avoir pu commencer ainsi. Nous fêtons nos dix ans d’existence cette année. Nous avons bâti notre histoire sur des bases solides, en commençant par les soirées open mic au Gold Dollar, avant de faire des premières parties pour des groupes de Détroit, signer sur Italy Records, puis sur Sympathy For The Record Industry.
Avez-vous des projets solo?
Un jour effectivement, j’aimerai faire un album solo, mais cela risque de prendre un peu de temps. Cette année il y a le disque des White Stripes, l’an prochain celui des Raconteurs. Ensuite, je ferai une grande pause. J’essaye de beaucoup travailler en ce moment pour me permettre de faire une grosse pause. Peut-être que l’album solo arrivera à ce moment-là. J’en suis même sûr. J’enregistre toujours des démos sur mon quatre-pistes avec une guitare acoustique.
ALBUM
The White Stripes, Icky Thump (XL Recordings). Sortie le 18 juin
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